Coopération Afrique-France  –  Des mots chaleureux, un soulagement limité : l’initiative financière de Macron pour l’Afrique sous la loupe

Le président français Emmanuel Macron a fait un jogging avec la star kényane du marathon Eliud Kipchoge, s’est entretenu avec des étudiants locaux et a annoncé 27 milliards de dollars de nouveaux investissements lors d’un sommet franco-africain à Nairobi cette semaine. Toutefois, ses engagements à soutenir les économies africaines lourdement endettées et à promouvoir une réforme du système financier international — notamment via un mécanisme de garantie contre les premières pertes — sont jugés insuffisants par les analystes, qui estiment que des mesures telles que l’allégement de la dette et le report des paiements seraient nécessaires.

« La France aurait pu prendre un large éventail de nouveaux engagements susceptibles de contribuer à faire évoluer l’architecture financière internationale », a déclaré Hannah Ryder, du cabinet de conseil Development Reimagined, spécialisé sur l’Afrique. « Ceux qu’elle a retenus, même s’ils sont crédibles… se contenteront de préserver l’architecture actuelle. »

La garantie de première perte est un mécanisme par lequel une partie absorbe les pertes initiales d’un investissement, dans le but de rendre les projets plus attrayants pour les investisseurs privés. Ce mécanisme de garantie des risques s’inscrit dans une démarche plus large visant à mobiliser des capitaux privés, alors que les gouvernements des pays riches réorientent leurs dépenses du financement du développement vers la défense et d’autres priorités nationales.

« Nous devons améliorer le fonctionnement du système international de financement du développement et veiller à ce qu’il soit mieux coordonné et moins complexe pour les pays bénéficiaires », a déclaré mercredi à Paris un responsable du ministère français des Finances. Les États et les institutions financières internationales peuvent garantir les prêts contractés par les pays les plus pauvres ou en développement pour financer des projets.

 Appels à l’allègement de la dette

Des dirigeants africains, tels que le Kenyan William Ruto — qui a coprésidé le sommet avec Emmanuel Macron —, ont plaidé pour une révision des méthodes d’évaluation du risque de crédit afin de réduire les coûts d’emprunt, arguant que le risque associé à l’Afrique est surestimé. Les principales agences de notation ont rejeté ces critiques.

Parmi les autres propositions africaines figure l’allègement de la dette des pays les plus pauvres, tandis qu’un groupe d’experts africains, réuni l’an dernier à l’initiative de l’Afrique du Sud, a exhorté les pays riches et les institutions financières internationales à mettre en place un mécanisme de refinancement de la dette. M. Macron, qui assure la présidence du G7, a invité M. Ruto au sommet du groupe le mois prochain ; les mécanismes de garantie des risques y seront abordés.  Les militants estiment que cela ne suffira pas.

« La France doit user de son influence politique considérable sur les questions de dette souveraine internationale pour appeler à l’annulation de la dette des pays du Sud qui en font la demande », ont déclaré six organisations de la société civile, dont l’African Forum and Network on Debt and Development (Afrodad) et Oxfam France, dans un communiqué conjoint.

Paris a présenté ce sommet — le premier organisé dans un pays non francophone — comme le signe d’un engagement renouvelé envers l’Afrique, après des tensions avec certaines anciennes colonies d’Afrique de l’Ouest. Plus de 30 dirigeants africains y ont pris part, aux côtés de chefs d’entreprise africains et français. « Alors que la France cherche à se présenter comme un partenaire plus égalitaire et respectueux, ce sommet reflète également une volonté plus large, de la part de l’ancienne puissance coloniale, de conserver une influence économique et politique sur le continent », a déclaré Jervin Naidoo, analyste politique chez Oxford Economics.

Source : Reuters

Légende photo : Le président de la République française, Emmanuel Macron.

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