Relations Mali-Algérie  – L’opposant malien Ismaël Sacko parle d’une déculottée de Bamako face à Alger

Dans la tribune ci-dessous qu’il a produite, le 27 août 2026, et qu’il a intitulée « A Alger, genou à terre, Assimi Goita, chef de la junte militaire, ravale son béret et baisse sa culotte devant Teboune », le président de la formation politique de l’opposition malienne, le Parti social-démocrate (PSDA), Ismaël Sacko, contraint à l’exil depuis plusieurs années, porte un regard fort critique sur les conditions du dégel des relations tendues entre le Mali et l’Algérie. Il parle de l’audience que le président algérien Abdelmadjib Tebboune a accordée au Premier ministre malien, le général Abdoulaye Maiga.

Le Mali sous Modibo Kéita à Ibrahim Boubacar Kéita, s’est distingué par une diplomatie d’ouverture liant l’intérêt des populations à une présence sur la scène internationale avec comme point cardinal, le respect de la parole donnée.

Il n’est plus besoin de rappeler que la géographie des territoires et la coexistence d’une population Amazighe de part et d’autre de nos frontières font de l’Algerie, un voisin particulier. Le Mali partage ce type de lien avec la Mauritanie, le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire.

À cela s’ajoute, le poids et le rôle de l’Algerie dans les différents processus de paix avec la partie septentrionale malienne.

Prendre en compte la profondeur des liens communautaires dans le septentrion est tout aussi, un élément de taille qui impacte sur un certain nombre de décisions politiques en cas de crise es-frontière ou diplomatique.

Dividende immédiate de la visite du Premier ministre malien et délégation

Nous devons saluer le réchauffement de la diplomatie Mali- Algérie. Cette sage décision sera une bouffée d’oxygène pour les populations du Nord du Mali.

Ce que le Mali gagne c’est aussi le désenclavement des axes routiers de ce grand espace Nord du Mali-Sud algérien qui alimente nos régions en denrées alimentaires et en hydrocarbures.

La fin de la rupture diplomatique éhontée permettrait également la reprise des bourses pour nos étudiants et fort possiblement, la coopération militaire.

La confiance : la clé de voûte

Si le regain diplomatique est à mettre au compte de l’intérêt général de nos deux pays, toutefois, l’arbre ne doit pas cacher la forêt.

Il convient d’analyser les causes profondes qui ont engendré la crise et cela nous oblige à sortir de l’émotion ou de l’auto satisfecit.

Six facteurs ont contribué à briser la confiance :

1. Au nom d’une prétendue souveraineté, la junte malienne a décidé de sortir de l’accord de 2015, signé à Bamako, sans concertation avec les parties prenantes.
2. ⁠Les autorités de Bamako, ont signé en 2023, un contrat opaque et sulfureux avec les mercenaires Wagner pro-russes afin d’ouvrir les hostilités avec les groupes armés du Nord du Mali. Ces mercenaires ont massacré des fils du pays qui s’étaient déjà rangés derrière l’Etat bien que l’application de l’accord de 2015, n’a jamais été du goût des parties signataires.

3. ⁠La décision immature de la junte de Bamako, d’agresser Kidal, une région où flottait le drapeau malien. À l’époque, les putschistes maliens travaillaient à prolonger leur règne et imposer un régime répressif qui a fini par montrer ses limites.

4. ⁠L’accusation malienne traitant l’Algerie d’Etat terroriste et de parrain du FLA.

5. ⁠La mauvaise lecture faite par les Assimites de l’hospitalité réservée à l’imam Mahmoud Dicko par le pouvoir algérien.

6. ⁠La destruction du drone malien par les algériens et l’escalade verbale à La Tribune des nations unies. Les mots, le ton et les postures va-t-en-guerre ont été d’une hostilité inouïe comme jamais deux pays africains, frères et voisins ne s’en sont jamais livrés.

Le peuple a soif de vérité

Le peuple malien a besoin de connaître la vérité et le traitement afférent à chacun des six points de discorde susmentionnés.

Kidal, le goulot d’étranglement des Assimites

Kidal a-t-elle été libérée ?

Finalement, tout porte à croire que c’est Assimi Goita, l’ancien otage du MNLA, devenu général et président de la transition malienne qui aura consacré un statut particulier à Kidal.

L’histoire nous enseigne que l’accord signé à Bamako en 2015 entre l’Etat malien et les groupes armés de la CMA et alliés, sous la présidence de feu IBK a consacré l’unité nationale.

Le processus de décentralisation était bien en marche et avait pour objectif de rapprocher les populations des décisions politiques.

Crimes imprescriptibles

L’histoire nous enseigne qu’en 2020, des officiers ayant échoué sur le théâtre des opérations ont lâchement retourné les armes contre leur bienfaiteur et contre les institutions qu’ils étaient censés protéger.

Août 2026, nous dit qu’Assimi Goita qui avait juré de faire payer à l’Algerie, la destruction de son drone au point d’introduire une requête au conseil de sécurité des Nations Unies et à la Cour de justice internationale, est contraint d’avaler son béret devant Teboune, le président algérien.

En avril 2026, Kidal est repris par le FLA, Assimi Goita promet aux maliens de le reprendre de force.

Mais en août 2026, en quête de sursis, il baisse « sa culotte » depuis le coup de fil qu’il a passé à son homologue algérien .

Nous retenons qu’en plus de Poutine qui téléguide la « marionnette » Assimi Goita, il faudrait compter désormais sur la peur bleue que Teboune de l’Algerie afflige au chef de la junte malienne.

La chute libre des Assimites

L’attaque meurtrière du 25 avril 2026 a coûté la vie au ministre de la défense, feu général Sadio Camara chez lui dans le sanctuaire le plus sécurisé du Mali.

Cet échec militaire est à l’origine de la désorientation du chef des putschistes maliens qui a perdu ses repères.

Que retient-on de la composition de la délégation malienne à Alger ?

L’absence du ministre délégué à la défense est un handicap qui pourrait déduire que les questions sécuritaires à ce stade des discussions avec Alger ne constituent pas une priorité côté algérien.

Si la paix a été prônée par le chef du gouvernement malien à Alger, l’absence du ministre de la réconciliation met en évidence un manque de coordination et montre que l’initiative n’est pas malienne.

En analysant en profondeur l’audience que le président Teboune a accordée à ses hôtes du jour, deux faits majeurs méritent d’être relevés, à savoir :

1. Le salut militaire que le Premier ministre malien a fait à l’endroit du président algérien. Bien que général de division, Abdoulaye Maïga occupe une fonction civile et il est en mission au nom de l’Etat malien. Il rencontrait un président civil. Point besoin d’un salut militaire, qui est la preuve matérielle de subordination et d’une soumission de facto. Son salut militaire est à l’opposé de l’image du crieur public qui savait s’illustrer à la Tribune des Nations Unies par ses invectives.

2. ⁠La posture : la gêne se lisait à travers leur posture. Devant Teboune, le Premier ministre malien s’est fait petit.

3. La teneur et le contenu du compte rendu de cette audience a fait apparaître la fragilité malienne.

Le sort de Goita scellé

Le souverain de la Fédération de Russie, Vladimir Pouine, avait misé sur le leadership d’Assimi Goita présenté comme l’homme fort du Sahel central. Mais,

1. Le massacre et la déculottée de Tinzawaten qui a décimé toute une colonne de mercenaires de Wagner pro-russes en 2024;

2. Le blocus d’hydrocarbures au tour des grandes villes et de la capitale Bamako, Kayes, Kati, Sikasso et Nioro du Sahel en fin 2025- début 2026 ;

3. L’attaque de Kati, le 25 avril 2026, qui a causé :
a. La mort du général feu Sadio Camara, ministre de La Défense,
b. La perte de la ville de Kidal qui passe aux mains du FLA;
c. La bataille de 6 jours à ANEFIS
d. Le massacre d’une centaine de militaires maliens à Tabrichat en juillet dernier,

Sont autant d’événements qui ont disqualifié le « Kalif » de Poutine au Sahel central.

L’échec sécuritaire et diplomatique de même qu’économique du chef de la transition malienne n’est donc plus à démontrer.

Assimi Goita a déçu les maliens, il a humilié le Mali et ses parrains. Son sort est bien scellé. Les conditions de son éviction se mettent en place.

Nouvel Accord

Au regard du développement des événements qui ont sacré la libération d’un certain nombre de prisonniers politiques courant juillet – août 2026, d’otages, d’étrangers au Sahel, et la médiatisation du réchauffement diplomatique Bamako- Alger, montrent que l’éventualité d’un nouvel accord entre les belligérants de la crise malienne profile à l’horizon.

La question liée au sort de l’accord de 2015 signé à Bamako avec la caution et l’accompagnement de la communauté africaine et internationale mérite d’être posée.

Pour rafraîchir les mémoires, en 2015, le chef de fil de l’opposition malienne, feu Soumaila Cissé et ses alliés dont feu Tieblen Dramé étaient montés au créneau pour que les maliens soient informés du processus en cours.

En 2015, la presse nationale a pleinement joué sa partition.

Par contre, dans les débats récurrents, des analystes font état d’absence de résultats de l’accord de 2015.

Oui, les résultats obtenus n’ont pas été à hauteur des souhaits mais, cet accord de 2015 avait permis l’arrêt des massacres et d’effusion de sang entre les groupes armés et les FAMAS.

De 2015 à 2020, Kidal est restée sous l’égide de la République unifiée et les axes routiers étaient praticables. Et le drapeau malien flottait sur l’ensemble du territoire national.

La faiblesse de l’accord de 2015 résidait, entre autres, au niveau du désarmement des groupes armés. Un désarmement qui n’a pas été optimal faute de mesures de confiance de part et d’autre.

La signature d’un nouvel accord en 2026-2027, dans le contexte actuel est une aubaine pour la nation malienne en quête de paix et d’unité nationale. Sera-t-elle inclusive? Un souhait ardent.

Dans le camouflet que la junte de Bamako nous présente, le24 août 2026, nul ne fait allusion au JNIM qui dicte pourtant les règles du terrain.

Cet autre acteur qu’est le JNIM doit être associé au processus pour donner toute la crédibilité indispensable à la paix des braves et à une convergence de vue afin de bâtir l’unité nationale tant voulue.

La paix, un espoir permis

La paix est possible. C’est un processus qui n’a jamais été matérialisé en six ans de gouvernance des Assimites.

Pour sortir des chantiers battus, le Mali a besoin de se réconcilier d’abord à l’interne avec tous ses fils et filles.

Il incombe donc que le pouvoir militaire de Bamako aille vers :

1. La libération de l’ensemble des détenus politiques et d’opinion ;
2. ⁠Désigner un médiateur national et régional voire africain pour convenir des mesures de confiances.
3. ⁠Créer les conditions du retour des exilés politiques;
4. ⁠Que les jeunes et les femmes s’approprient le processus de paix et de réconciliation ;
5. ⁠Obtenir la démission d’Assimi Goita et ses institutions.
6. ⁠Ouvrir une transition civile inclusive et consensuelle.

Des élections en vue

Le retour à l’ordre constitutionnel est un impératif qui doit allier dialogue, réconciliation, paix et mesures de confiance.

Six ans, plus qu’un mandat présidentiel illégitime sans l’aval du peuple mérite d’être corrigé, car la souveraineté n’appartient qu’au peuple, qui légitime un pouvoir élu.

La transition civile se chargera de rétablir les libertés et la démocratie.

Conclusion

L’Algérie est un acteur clé de la géopolitique de notre espace sahélien.

Toutefois, le retour du Mali dans les bras de l’Algerie ne garantit pas le maintien et la continuité du pouvoir actuel agonisant.

Il est vrai que l’Algerie se repositionne au cœur du Sahel tant sur les questions sécuritaires qu’au niveau des hydrocarbures et du gaz (Mali et Niger).

Le Mali gagnerait également à maintenir de bonnes relations avec la Mauritanie, la Côte d’Ivoire et le Maroc.

La stabilité de notre région Ouest africaine est indispensable et cela nécessite de pacifier le Sahel central (Mali, Burkina Faso et Niger).

Par ailleurs, il est évident que la parole d’Assimi Goita ne porte plus. Ses actes lui ont apporté un discrédit.

Mieux, les indices et indicateurs s’accordent que le sort du général d’armée Assimi Goita est scellé.

Ismaël Sacko

Ingénieur Agronome

Président du PSDA

Membre de l’opposition politique du Mali

Légende photo : Le président algérien Abdelmadjib Tebboune lors de l’audience qu’il a accordée au Premier ministre malien, le général Abdoulaye Maiga (en blanc).

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