La filière café-cacao en Côte d’Ivoire s’englue davantage dans la tourmente. Avec ce nouveau rebondissement qui n’honore nullement ses acteurs.
En effet, le rebondissement en question porte sur une assignation en référé aux fins de chargement de cacao dit scellé. Et vise le Conseil café-cacao, pris en la personne de M. Koné Brahima Yves, Directeur général de cet outil de régulation de la filière susmentionnée. Cette assignation par-devant le tribunal civil d’Abidjan-Plateau est une requête de la Centrale syndicale agricole de Côte d’Ivoire (CESA-CI), sise à Abidjan-Cocody et représentée par M. Seydou Kiébré, de nationalité ivoirienne.
La requête de ce dernier fait élection de domicile au cabinet de Me Martial Gahoua, avocat à la Cour d’Appel d’Abidjan. L’assignation en référé ordinaire est conduite par Me Abou Agah Edmond, commissaire de justice près le tribunal de première instance et la Cour d’Appel d’Abidjan plateau. Le Conseil café-cacao par le biais de Mlle Kasse Absa, juriste, a reçu copie de l’exploit de ce commissaire de justice et l’a visé le jeudi 11 juin 2026 à 9h 51mn dans la commune du Plateau à l’immeuble CAISTAB abritant le siège social du Conseil café-cacao.
L’État de Côte d’Ivoire avait décaissé 291 milliards de FCFA
S’agissant du bien-fondé de l’action judiciaire, l’exploit d’huissier note que le régulateur, le Conseil café-cacao a mis un système de traçabilité pour acheter le produit avec la carte de planteur. Que partant, le cacao devrait être acheté d’office. Qu’en effet, l’on recharge un système TPE qui génère un code qui est suivi qui est suivi par le régulateur depuis la direction. Autre détail, le cacao est tracé de sortie qu’il ne peut guère avoir de surproduction. En clair, l’action en justice écrit que le Conseil café-cacao a créé un blocage artificiel pour ne pas changer la production des différentes coopératives. Cette situation de crise, on s’en souvient, avait amené l’État de Côte d’Ivoire à décaisser 291 milliards de FCFA à destination du régulateur de la filière café-cacao et au profit des paysans.
Seulement voilà. La crise s’enlise. Et la requérante de solliciter Mme le président du tribunal civil d’Abidjan-Plateau aux fins d’ordonner le chargement du produit des coopératives affiliées à la Centrale syndicale agricole de Côte d’Ivoire (CESA-CI), sous astreinte comminatoire d’un milliard de FCFA par jour de retard sur minute et avant enregistrement, vu l’extrême urgence due à la précarité qui frappe de plein fouet les coopérateurs et le risque d’avarie de leurs produits qui sont toujours sous leur bras en dépit financement / subvention du gouvernement ivoirien.
Ce à quoi devait servir l’argent
La colossale somme d’argent en question octroyée au Conseil café-cacao, selon le gouvernement, devrait subventionner le rachat du cacao invendu de la principale traite 2025-2026, au prix bord Champ de 2800fcfa/ kg. Les coopératives à la base de la saisine du tribunal civil affirment détenir à ce jour 5149, 57 tonnes de cacao toujours impayées dans leurs magasins. Alors que selon les usages en matière de commercialisation du cacao, le régulateur a l’obligation de chargement du produit des différentes coopératives. Des sources proches du dossier indiquaient que l’audience de cette affaire devrait s’ouvrir le 16 juillet dernier, mais en définitive, la date du 23 juillet 2026 a été retenue à la demande de la partie défenderesse.
Motus et bouche cousue au Conseil café-cacao
Jointe hier par téléphone pour savoir si la date de ce jeudi 23 juillet est maintenue, une source de la direction de communication du Conseil café-cacao, a répondu : « Je ne suis pas habilitée à parler de ça ! Si vous voulez, écrivez un courrier au Conseil café-cacao, où je vous envoie une adresse de la personne habilitée à vous parler ». Mais nous avons attendu l’adresse en question, toute la journée, en vain. Même l’avocat du régulateur que nous avons joint, pour avoir les détails sur la date de l’audience en référé ordinaire prévue pour ce 23 juillet 2026, selon des sources proches de la partie demanderesse, avait promis nous revenir pour nous communiquer un contact pour nous entretenir au sujet de notre préoccupation, mais, hélas, ce dernier n’a plus donné signe de vie.
La situation de crise aiguë que connait le secteur des matières premières agricoles, met entre deux feux le Conseil Café-cacao et son directeur général, Koné Brahima Yves. Puisque ce dernier est aussi confronté à une plainte des coopératives de café-cacao dans une affaire de présumé détournement de 15 milliards de FCFA, devant le pôle pénal économique et financier (PPEF), toujours à la suite d’une plainte dont la même requérante est à l’origine. A ce niveau, l’affaire devrait être examinée en chambre, hier, 22 juillet 2026.
Par Tavares Odenigbo
Légende photo : Le cacao dans une usine en Côte d’Ivoire.


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