Dossier / SISAMBE  –  Quand le vécu personnel devient un combat national

Paroles fortes, vérités crues et révélations. À l’approche de la 1ère édition du Salon international de la Santé mentale et du Bien-être (SISEMBE), prévue les 6 et 7 novembre 2026 au Sofitel Abidjan Hôtel Ivoire, Dr. Cissé Savané Massandjé brise l’un des plus grands tabous sociaux de notre époque.

La dépression n’épargne personne : le témoignage choc d’une professionnelle de santé

Pharmacienne de formation, titulaire d’un Master 2 en Économie des systèmes de santé, autrice de six ouvrages, propriétaire d’une officine à Marcory, mariée et mère de famille épanouie, Dr. Cissé Savané Massandjé présentait toutes les réussites sociales et matérielles extérieures. Pourtant, derrière les apparences, elle a traversé dix longues années de dépression profonde.
Le point de départ de ce cauchemar réside dans la maladie de sa sœur aînée. Incapable d’accepter cette souffrance et se sentant impuissante en tant que professionnelle de santé, Dr. Cissé développe une peur panique obsessionnelle : la crainte permanente de voir un autre proche tomber malade ou mourir. Cette peur mal gérée l’a menée vers des idéations suicidaires répétées.
« Bien que professionnelle de santé, j’ai été surprise par la dépression. Je n’ai pas vu la dépression venir… Je me couchais tous les soirs avec l’envie de mourir, malgré toutes les grâces de Dieu dans ma vie : un époux en or, des enfants merveilleux, une réussite financière… Dans ce tableau-là, qui peut imaginer qu’au volant de sa grosse voiture, la dame va mal ? », fait savoir Dr. Cissé Savané Massandjé.
Le déclic et la résilience : « Courir après la vie »

Pendant une décennie, elle a arboré un sourire de façade, dissimulant son mal-être à son entourage. Le déclic s’est produit en suivant une émission télévisée abordant la gestion des sentiments négatifs. Réalisant qu’elle était prisonnière de sa propre peur, elle prend la décision ferme d’inverser sa posture mentale : remplacer la peur par l’espoir, la gratitude et la projection dans des projets d’avenir.
« Pendant plus de 10 ans, je suis restée dans la peur. Décider de penser à autre chose, commencer à avoir des projets, espérer, croire en la vie…, tout cela a stoppé ma course après la mort. J’ai compris qu’il fallait désormais courir après la vie. Ma dépression a donné vie au SISEMBE », poursuit-elle.
Cette renaissance s’est traduite par une incroyable énergie créatrice : l’écriture de six livres en une seule année, la fondation de l’institution Vision Diamant et la création du SESEMBE.

Redéfinir la santé mentale : sortir du mythe de la « folie »
Pour Dr. Cissé Savané Massandjé, l’un des plus grands obstacles en Afrique subsaharienne est la stigmatisation : la santé mentale est à tort associée uniquement à la folie ou au dénuement.
Une définition accessible : la santé mentale ne se résume pas aux pathologies psychiatriques lourdes. Elle concerne la qualité de nos pensées quotidiennes (optimisme vs négativité), le ressenti émotionnel (peur, culpabilité, haine, rancœur) et la qualité de nos relations interpersonnelles (bienveillance vs agressivité/colère).
Les signes d’alerte du quotidien : le stress chronique, l’incapacité à lâcher prise, la déstabilisation au moindre imprévu, la perte de sommeil et la perte d’appétit sont des signaux tangibles d’atteinte à la santé mentale. Les conséquences physiques : ignorer ces signaux expose directement aux accidents vasculaires cérébraux (AVC) et au surmenage mortel.

Le SISEMBE 2026 : le grand rendez-vous du Sofitel Abidjan Hôtel Ivoire

Organisé sous le thème « Ensemble, levons le tabou sur la santé mentale », le SISEMBE se tiendra les 6 et 7 novembre 2026.
Une inclusivité totale : le salon vise à rassembler sur une même plateforme les praticiens, spécialistes et l’ensemble des couches sociales (cadres d’entreprise, autorités, commerçantes du marché gouro, chauffeurs de taxi, étudiants).
Des outils pratiques et interactifs :
Conférences et panels d’identification des signes de détresse psychologique.
Ateliers pratiques sur le lâcher-prise, le pardon et la gratitude.
Cercles de parole et espace bien-être.
Consultations et échanges gratuits avec des psychologues et des coachs certifiés.
Exercices de libération émotionnelle (écriture et destruction symbolique des peines ou « goumins »).
Un plaidoyer institutionnel et managérial : le salon débouchera sur un plaidoyer officiel pour pousser les dirigeants d’entreprises à intégrer la santé mentale dans leur gestion du capital humain, afin de réduire l’absentéisme et d’améliorer la performance et l’épanouissement des salariés.

Cri d’alarme : la détresse des jeunes et le fossé générationnel

En marge du salon, Dr. Cissé mène des caravanes de sensibilisation gratuites dans les établissements scolaires et les entreprises. Ses constatations sur le terrain en milieu scolaire sont particulièrement alarmantes : « Dans des établissements, je me rends compte que des enfants vont mal. De 12 à 13 ans, on me parle de suicide. Qu’est-ce qui se passe ? Il y a un fossé générationnel entre nous et nos enfants. Ce que nous, on acceptait, nos enfants ne l’acceptent plus. Ils ont tellement d’influences des réseaux sociaux, de l’IA et autres qu’ils ne sont pas alignés avec notre manière de voir ».
Face à ce constat, la commissaire générale lance un appel aux soutiens multiformes afin d’étendre la sensibilisation auprès des familles, des écoles et des institutions.

Marcellin Boguy
Légende photo : Dr. Cissé Savané Massandjé, initiatrice du SISEMBE 2026.

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