Des partis de l’opposition ivoirienne, hormis le plus important et ayant un groupe parlementaire à l’Assemblée nationale, le PDCI-RDA, se sont réunis au siège du PPA-CI, la formation politique de l’ancien chef d’Etat Laurent Gbagbo, à Abidan-Cocody-Rviéra Palmeraie pour tenter d’unir leurs voix afin de peser dans le débat sur la mise en place d’un nouvel organe électoral qui remplacera la Commission électorale indépendante (CEI) dissoute.
FPI, MGC, COJEP, des présences qui cachent mal des crises
Etaient présents à cette rencontre du 1er septembre 2026, le PPA-CI, évidemment, qui accueillait tous les autres partis, le FPI de l’ancien Premier ministre Pascal Affi N’Guessan, longtemps en « guerre » avec Gbagbo et son camp, avant que leurs relations passent de la vive tension à l’apaisement de fraiches dates ; le MGC de l’ancienne Première dame, Simone Ehivet Gbagbo, dont la présence au siège du PPA-CI constitue en soi , un événement au regard de l’animosité mordante dont elle fait face dans le microcosme politique pro-Laurent et Nadiani Bamba Gbagbo depuis son divorce avec son ancien président de la République d’époux ; le COJEP de Charles Blé Goudé dont le président absent s’est fait représenter. Mais la présence du COJEP au siège du PPA-CI sonne, en quelque sorte, comme la présence du Premier ministre d’Iran à la Maison Blanche à Washington, aux Etats-Unis d’Amérique, dans un contexte de tension exacerbée. Pour les pro-Gbagbo, Charles Blé Goudé est aujourd’hui, rien d’autre qu’un paria. Le journaliste et maire de Tiassalé, Assalé Tiémoko et son parti, l’ADCI, ont pris part également à cette réunion. A l’instar d’autres formations politiques de la coalition CAP-CI présidée par Pascal Affi N’Guessan.
PDCI-RDA et PPA-CI, l’impossible alliance
La réunion de ces partis de l’opposition ivoirienne qui s’est tenue, le 1er septembre 2026, au siège du PPA-CI, a eu lieu sans la participation du PDCI-RDA. A-t-il été invité ? Motus et bouche cousue. Mais si le PDCI-RDA de Tidjane Thiam avait été invité, serait-il venu ? On peut en douter aisément vu la récente «guerre » ouverte entre les deux formations politiques à travers les sorties musclées de l’ex-député Augustin Yohou Dia Houphouët, ex-député de Yopougon et cadre du PDCI-RDA, et de l’ancien ministre Sébastien Dano Djédjé, vice-président du PPA-CI. Au centre de la « guerre », des accusations de trahison, d’ingratitude et d’inefficacité, de part et d’autre.
Même si dans un communiqué officiel, le Secrétaire exécutif en chef du PDCI-RDA, Yapo Calice, a tenté de calmer le jeu en insinuant en creux que l’ex-député Dia Houphouët ne parlait pas au nom du PDCI-RDA, en vérité, cette « guerre » apparue au grand jour constitue une nouvelle étape de la preuve de l’alliance impossible entre le camp Gbagbo et le PDCI-RDA. Selon des sources proches du PDCI-RDA, l’ancien parti unique n’aurait pas apprécié sous Bédié, l’attitude de Laurent Gbagbo et de son camp en 2020 face au « boycott actif » de l’élection présidentielle d’octobre. Et accuse le PPA-CI d’avoir contribué, avons-nous appris, à saboter le Conseil national de transition (CNT) lancé en novembre 2020 par Henri Konan Bédié. Depuis cette date, soutiennent nos sources, le PDCI-RDA ne fait plus confiance au PPA-CI qu’il accuse même d’ingratitude. « Le président Bédié s’est rendu à Bruxelles pour soutenir le président Gbagbo quand il a été libéré, c’était le signe qu’il fallait unir nos forces pour combattre le régime RHDP. Mais quand le temps est arrivé, Gbagbo et ses hommes nous ont abandonnés pour agir en solitaires et aider en quelque sorte le régime Ouattara à se maintenir », nous confie un cadre du PDCI-RDA, pro-Thiam.
Le CNT de 2020 est passé par là
Réagissant à ces accusations, un militant du PPA-CI, qui a préféré également garder l’anonymat, affirme sec : « Nous n’avons pas de compte à rendre au PDCI-RDA sur nos positions face aux situations politiques qui prévalent. Ni hier ni aujourd’hui ».
L’alliance politique et peut-être stratégique entre le PDCI-RDA et le PPA-CI que voulaient certaines personnes autour de Bédié, à l’époque (elles étaient largement minoritaires) n’a jamais pu se faire jusqu’au décès brusque du deuxième président du PDCI-RDA, le 1er août 2023. Sous Tidjane Thiam qui prône l’émergence d’une nouvelle génération de dirigeants à la tête de la Côte d’Ivoire, une alliance avec le PPA-CI n’est visiblement pas à l’ordre du jour. D’ailleurs, en 2020, Thiam n’aurait même pas soutenu le CNT de Bédié, nous confie une source informée. Qui ajoute qu’il aurait demandé à certains responsables de l’opposition impliqués, à l’époque, dans cette aventure de s’en écarter pour ne pas donner du tonus à la vieille garde de dirigeants de Côte d’Ivoire. Vraie ou fausse, cette confidence à nous faite permet de comprendre le froid perdurant entre le PDCI-RDA et le PPA-CI. Un froid qui rend toute alliance impossible. Entre le parti d’Houphouët-Boigny et celui de son farouche opposant.
Un dossier réalisé par Didier Depry
Légende photo : Les responsables et représentants de partis de l’opposition ivoirienne, sans le PDCI-RDA, posant lors de leur rencontre au siège du PPA-CI à Abidjan-Cocody.


Laissez une réponse