Côte d’Ivoire – Les 12 km de calvaire qui plombent les activités de l’Institut Raoul Follereau

Profitant d’un séjour à Adzopé, capitale de la région de La Mé, dans le sud-Est de la Côte d’Ivoire, nous avons effectué, début juillet, une visite à l’Institut Raoul Follereau de Côte d’Ivoire (IRFCI), situé à douze (12) kilomètres de la ville. Le moins qu’on puisse écrire, c’est que l’état très dégradé de la piste qui mène à cet Etablissement Public Hospitalier National (EPHN), le seul spécialisé dans la prise en charge de la lèpre, de l’ulcère de Buruli et des autres Maladies Tropicales Négligées à manifestation cutanée (MTNc), plombe aujourd’hui ses activités.

En effet, malgré le rôle stratégique qu’il joue dans la pyramide sanitaire ivoirienne, l’établissement sanitaire demeure difficile d’accès en raison de l’état de dégradation avancée de la voie. La piste d’accès, tout comme la voie principale à l’intérieur du centre, est aujourd’hui dans un état de dégradation très alarmant. Elles sont, toutes deux, jalonnées d’ornières profondes et de bourbiers en saison des pluies rendant la circulation périlleuse pour les patients, pour ceux qui les accompagnent et pour le personnel de santé. Pour parcourir la douzaine de kilomètres, nous avons mis plus de trente (30) minutes en véhicule de tourisme (voiture personnelle).

Un véritable parcours du combattant

En saison sèche, avons-nous appris, la piste d’accès est recouverte d’une épaisse couche de poussière qui s’accroche aux vêtements des usagers, leur donnant l’allure de puisatier. Chaque trajet est une véritable épreuve, un parcours du combattant qui rallonge les délais d’accès aux soins et compromet parfois les évacuations sanitaires. Les conséquences sont particulièrement lourdes pour les populations les plus vulnérables. Femmes enceintes, enfants malades, personnes âgées et personnes atteintes de maladies chroniques doivent parcourir ces 12 kilomètres dans des conditions éprouvantes avant de pouvoir bénéficier d’une prise en charge dans le centre.

Du coup, cette réalité soulève deux questions essentielles : comment un établissement aussi stratégique peut-il remplir pleinement sa mission, lorsque l’état de sa voie d’accès constitue lui-même un frein à son efficacité ? Pourquoi cet établissement de niveau tertiaire dans la pyramide sanitaire peut-il encore être aussi inaccessible en 2026 avec autant de projets routiers programmés et réalisés depuis 2011 ? Nous avons vu, malgré ce parcours périlleux au quotidien, des équipes de l’IRFCI pleinement mobilisées pour offrir des soins spécialisés de qualité. L’accès aux soins n’est-il pas un droit fondamental qui ne saurait être compromis par l’état des voies d’accès ?

Un bitumage urgent de la voie s’impose

La réhabilitation de cette piste constitue un véritable enjeu de santé publique, d’équité territoriale et de justice sociale. Vivement que les autorités compétentes, ainsi que les partenaires techniques et financiers, prennent les dispositions nécessaires pour une lourde réhabilitation de ladite voie dans les meilleurs délais, à défaut de bitumage. Cela permettrait, à coup sûr de prévenir un éventuel drame et de faire bénéficier pleinement les populations de l’expertise reconnue, tant au niveau national qu’international, de cet établissement sanitaire baptisé en 1971 Institut Raoul Follereau d’Adzopé.

En tout état de cause, réhabiliter ces 12 kilomètres de piste, ce n’est pas seulement améliorer une infrastructure routière. Mais, c’est aussi permettre à des milliers de patients d’accéder aux soins dans des conditions dignes, sécurisées et équitables, tout en donnant à l’IRFCI les moyens d’accomplir pleinement sa mission au service des populations.

Sam K.D
De retour d’Adzopé

Légende photo : Une vue de l’impraticable piste qui mène au centre de santé (Ph : SKD)

Légende photo de la Une du site : L’entrée principale de l’Institut Raoul Follereau de Côte d’Ivoire (IRFCI) (Ph : SKD)

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