Exposition « Là-bas… » à La Rotonde des arts – Deux artistes et leur double traversée artistique entre mémoire et identité

La galerie La Rotonde des arts contemporains d’Abidjan, abrite, depuis le jeudi 17 juillet 2025, l’exposition intitulée « Là-bas…». Cette dernière réunit deux artistes-plasticiens africains de renom : Zana Soro, artiste ivoiro-canadien, et Daouda Traoré, artiste malien.

Au cours du vernissage, jeudi dernier, Pr. Yacouba Konaté, directeur de la galerie et commissaire de l’exposition, n’a pas manqué de réaffirmer, en sa qualité d’hôte, sa vision; celle d’encourager et accompagner les artistes émergents ou en pleine affirmation. Ainsi aura-t-il à souhaiter au beau monde qui a effectué le déplacement : « J’espère que leurs œuvres vous feront ressentir cette énergie propre à la culture. Ces jeunes artistes portent des valeurs, de l’énergie… et c’est notre responsabilité de ne pas les abandonner, ni de les désespérer ». Puis d’inviter le public présent à la découverte des 35 toiles exposées des deux artistes.

Daouda Traoré : comment donner vie à l’oubli

 Les fresques de Daouda Traoré se situent au confluent de l’art figuratif et du réalisme (quête du réel, une représentation brute de la vie quotidienne et l’exploration de thèmes sociétaux). Le recyclage et la récupération de matériaux divers — textiles, objets métalliques, plastiques — révèlent une grande diversité d’inspiration créative, tout en conservant l’âme africaine : ce génie créateur enraciné dans les mémoires, les influences existentielles et socioculturelles.

Daouda Traoré, lauréat de Ségou’Art 2024, présente 11 œuvres à cette exposition. Lesquelles sont nourries par une pratique singulière de la récupération. « Redonner vie à des objets abandonnés — tissus usés, sacs plastiques, boîtes de conserve, morceaux de zinc, bois… Pour moi, récupérer, c’est créer. Aujourd’hui, tout a été dit ou peint. Innover, c’est assembler différemment », fait-il savoir.

Enseignant d’arts plastiques au Lycée public de Sikasso (Mali),  diplômé d’un master en arts plastiques au Conservatoire des Arts et Métiers Multimédia Balla Fasséké Kouyaté, le plasticien malien ancre sa démarche dans l’art figuratif, qu’il considère comme inhérent à l’héritage artistique africain. « L’art africain est profondément figuratif, enraciné dans ses statuettes, ses masques, ses marionnettes. L’abstrait n’est pas dans notre essence, même si elle mérite respect », estime-t-il.

Par ailleurs, l’une des particularités marquantes de son travail est l’usage de ce qu’il appelle des « poésies illisibles », nées de la crise malienne. Dans cette veine, il affirme : « Depuis le début de la crise au Mali, je ne comprenais pas pourquoi aucune solution ne se dégageait, malgré les discours politiques et médiatiques. On entendait de belles paroles, mais il n’y avait pas de faits. Ces illusions verbales, je les ai traduites en ‘’poésies illisibles’’ : c’est beau à l’oreille, mais il n’y a pas de faits ». Pour traduire un message, son œuvre associe bois, contreplaqué, zinc, fils de fer, clous, plastique, tissus (wax, laine). Message qui est : la valeur réside souvent dans ce que l’on rejette. Un engagement artistique et social qui vise à réconcilier esthétique et mémoire collective.

Zana Soro : assumer la double identité comme matière créative

 Face aux 11 œuvres de Daouda Traoré, Zana Soro propose, lui, 24 pièces exclusivement picturales, mêlant éléments sculptés, tissus traditionnels africains, motifs graphiques modernes et matériaux recyclés. Zana Soro, installé au Canada depuis maintenant 13 ans (2012), explore, dans son travail, le dialogue culturel entre ses racines africaines et sa culture d’accueil. « Mes œuvres traduisent un cheminement : l’immigration comme idée, projet, voyage et intégration. En tant qu’immigrant, je vis une quête d’identité double. Je m’adresse aux nouvelles générations pour leur rappeler de ne jamais perdre leur culture d’origine », retient l’Ivoiro-Canadien.

Zana Soro, diplômé de l’Ecole des Beaux-Arts d’Abidjan et ancien enseignant d’arts plastiques dans son pays d’origine, revendique une approche interculturelle de l’art. A l’en croire, «l’immigration est un voyage intérieur et artistique. Tu peux changer de pays sans changer d’âme ».

Il assemble, sur toile, bois, tissu ou bâche, des matériaux évoquant aussi bien les produits artisanaux africains que les symboles des valeurs durables canadiennes : feuilles biodégradables, miel local, etc. Un geste de réconciliation et d’enrichissement mutuel entre Nord et Sud. « Les Canadiens apprécient cette rencontre culturelle. Pour eux, la diversité ne se limite pas aux personnes, mais s’exprime aussi dans l’art. Ils découvrent la culture ivoirienne avec intérêt, et je suis fier d’y contribuer », s’enorgueillit l’artiste.  L’exposition « Là-bas… »  court du 17 juillet au 5 août 2025 à La Rotonde des arts contemporains.

Marcellin Boguy 

 Légende photo : Le Pr. Yacouba Konaté, directeur de la galerie et commissaire de l’exposition, entouré des artistes-plasticiens  Zana Soro et Daouda Traoré.

 

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