L’IMPARTIAL – « Amie de tous, ennemi(e) de personne » – Par Yao Noël

Le Président Félix Houphouët-Boigny qui aimait les belles paroles et formules n’appréciait pas moins les mots et expressions de sagesse.  Ainsi, disait-il urbi et orbi, « la Côte d’Ivoire veut être l’amie de tous et l’ennemi (e) de personne ». C’était une façon pour lui de proclamer l’ouverture du pays avec l’extérieur, toutes idéologies, toutes postures géographiques, politiques et diplomatiques confondues.

Cet ancrage et ce positionnement ont été suivis et poursuivis par tous ses successeurs à la tête de l’Etat ivoirien. Et justement, la semaine dernière, le Président Alassane Ouattara recevait, en toute fraternité, en toute hospitalité le jeune et nouveau Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko avec qui il ne partage ni l’âge ni forcément les mêmes ressorts diplomatiques ou idéologiques au sommet de l’Etat.  Mais le chef de L’Etat ivoirien dont l’expérience est maintenant établie, n’a posé ni préalables, ni conditions pour recevoir chaleureusement le bouillant quadragénaire venu du  « PAYS DE LA TERANGA » (hospitalité en langue wolof du Sénégal).

En politique, tout comme en diplomatie, le réalisme que d’aucuns ont, depuis, nommé la « REAL POLITIK », l’intérêt ou plus exactement les intérêts priment et passent avant tout. La fameuse et célèbre phrase du Général français De Gaulle est fort pertinente et juste : « Les États n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts ». Outre les péripéties, les ressentiments, les différences d’âge, de perception, les affinités, relations individuelles de part et d’autres etc., la Côte d’Ivoire et le Sénégal existent en tant qu’entités étatiques avec des exigences ou intérêts propres et spécifiques. Dont Acte.

Du côté de Dakar, avec l’euphorie du nouveau pouvoir issu du PASTEF, la fougue de la jeunesse des dirigeants actuels, le pragmatisme et les réalités de la gestion de l’Etat prendront très vite, si ce n’est déjà fait, le pas sur les incantations démagogiques et les rêveries par trop idéalistes et populistes.  En face, il y a l’expérience des situations concrètes de la conduite des affaires d’un État qui amène à plus de mesure, circonspection, de patience et de compréhension envers des partenaires plus jeunes et moins expérimentés.  N’a-t-on pas coutume de dire « si jeunesse savait, si vieillesse pouvait ? »

Tel est, en résumé, l’état actuel des relations entre les nouveaux dirigeants du « Sénégal nouveau » et leurs interlocuteurs d’Abidjan rompus depuis belle lurette aux arcanes de l’État et de la gestion moderne d’un pays qui ne l’est pas moins. En définitive et en conclusion, en un mot comme en cent, à l’instar des relations d’individu à individu, il n’est point nécessaire de « s’embrasser sur la bouche », encore moins, être des sosies ou des jumeaux pour pouvoir « relationner » et cheminer ensemble.

Comme dans un couple, chaque partenaire y arrive ou y entre avec son éducation de base, son histoire familiale, son caractère et son tempérament. Seuls l’intérêt supérieur de la famille, l’intérêt et l’avenir des enfants font et feront le reste.  Après le départ du pouvoir du Président Macky Sall à Dakar, la pure vérité et réalité est que le Sénégal et la Côte d’Ivoire n’ont pas cessé d’exister. Il en sera toujours ainsi dans les relations entre États. « Les hommes passent, les États demeurent ». Voilà là où en sont aujourd’hui la Côte d’Ivoire et le Sénégal, deux poids lourds et moteurs, ne l’oublions pas, de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), un peu à l’image de l’Allemagne et de la France pour l’Union européenne (UE).

 

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