Souveraineté numérique : Ce que le mot veut vraiment dire

Actuel Directeur Général de Kaydan Technology, le pôle technologie du Groupe Kaydan, M. Didier Kla, l’une des figures emblématiques du numérique en Côte d’Ivoire et en Afrique, était le Directeur Général d’Orange Cloud et Cyber Solutions d’Orange Côte d’Ivoire. Dans cette tribune spécialisée ci-dessous, il parle de la souveraineté numérique, ses implications et les conditions de son émergence pour tout pays y compris la Côte d’Ivoire. Un avis d’expert fort instructif.

Déconstruire les malentendus pour construire une vision claire Quand j’entends parler de « souveraineté numérique », je vois deux réactions opposées. Un enthousiasme parfois idéologique, déconnecté des réalités techniques ou un scepticisme qui considère le sujet comme utopique. Ces deux visions passent à côté de l’essentiel. La souveraineté numérique est mal comprise parce qu’elle recouvre plusieurs réalités distinctes avec des enjeux, des temporalités et des acteurs différents. En tant que dirigeant d’une entreprise technologique en Côte d’Ivoire, j’ai appris une chose : confondre ces dimensions conduit à de mauvaises décisions stratégiques.

Voici le cadre que j’utilise.

1 – La souveraineté des données

Trois questions fondamentales :

  • Où sont stockées mes données stratégiques ?
  • Qui peut y accéder ?
  • Selon quelles règles sont-elles traitées ?

Pour beaucoup d’organisations africaines, les réponses restent partielles. Et certains cadres juridiques internationaux soulèvent des questions réelles sur la maîtrise effective des données, y compris lorsqu’elles sont hébergées localement.

2 – La souveraineté des infrastructures

Sans infrastructures maîtrisées, tout le reste demeure fragile. Réseaux fibre, data centers locaux, points d’échange Internet : ce sont les fondations. De nombreux États africains, dont la Côte d’Ivoire, investissent dans ce renforcement mais le chemin reste long.

3 – Technologie, régulation et économie

Trois dimensions souvent négligées :

  1. Technologique: maîtriser les technologies critiques (cloud, IA, cybersécurité), même sans les produire entièrement.
  2. Réglementaire: définir et faire appliquer les règles du numérique sur son propre territoire.
  3. Économique: capter une part réelle de la valeur créée par l’économie numérique. Aujourd’hui, cette valeur reste fortement concentrée entre les mains de quelques grandes plateformes mondiales.

Un point commun à toutes ces dimensions

Elles ne se décrètent pas, elles se construisent dans le temps et elles nécessitent des acteurs locaux solides. Sans champions nationaux et régionaux, les politiques publiques, aussi ambitieuses soient-elles, peinent à produire leurs effets.

Ce qu’il faut retenir

  • La souveraineté numérique s’analyse à travers 5 dimensions : données, infrastructures, technologie, régulation, économie
  • Chaque dimension a ses propres leviers et temporalités
  • La création de valeur numérique reste fortement déséquilibrée à l’échelle mondiale
  • Sans acteurs locaux forts, la souveraineté reste théorique.

La souveraineté numérique n’est pas un état à atteindre. C’est un processus de construction continue dimension par dimension, décision par décision.

 

Légende photo : M. Didier Kla, Directeur Général de Kaydan Technology (Archves).

 

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