Ibrahime Coulibaly-Kuibert, président de la CEI : « On nous fait un faux procès »

Trois jours après le démarrage de la révision de la liste électorale 2024, le président de la Commission électorale indépendante (CEI), le magistrat hors hiérarchie, Ibrahime Coulibaly-Kuibert, était face à la presse, mardi 22 octobre dernier, à la Maison de la presse d’Abidjan-Plateau, dans le cadre du Press-club de l’Union nationale des journalistes de Côte d’Ivoire (UNJCI). Il y était pour justement débattre avec les hommes de média du thème : « Mode opératoire de la révision de la liste électorale 2024-2025 ». Laquelle révision a cours, trois semaines durant, précisément du dimanche 21 octobre au dimanche 10 novembre 2024, sur toute l’étendue du territoire national et dans les pays retenus à l’extérieur. Un sujet d’actualité qui déchaîne les passions en Côte d’Ivoire à 12 mois de l’élection présidentielle de 2025. A l’en croire, « la CEI écoute toujours, mais ce n’est pas tout qu’elle accepte ». Mais aussi, il a attesté que « la CEI à qui l’on fait un faux procès est tributaire, dans l’exécution de ses missions, de plusieurs administrations dont le ministère de la Justice ».

Une opération qui déchaine les passions

 D’entrée, l’invité de l’UNJCI, qui avait à ses côtés, outre Jean-Claude Coulibaly (président de l’Union des journalistes), le DG de l’Office national de l’état civil et de l’identification (ONECI), Ago Christian Kodia, et son conseiller spécial, Antoine Adou, a indiqué que l’opération de révision de la liste électorale vise à mettre à jour le corps électoral et que la liste électorale est le premier document permettant à tout citoyen de participer aux différentes élections organisées en Côte d’Ivoire par l’institution qu’il dirige depuis septembre 2019.

« Elle a pour vocation à prendre en compte les changements intervenus dans le corps électoral », a-t-il dit. Et de relever : « Durant trois semaines donc, ceux des Ivoiriens qui en remplissent les conditions peuvent se présenter à nos guichets en Côte d’Ivoire et à l’étranger pour demander : leur inscription sur la liste électorale; l’actualisation de leurs données personnelles, y compris le changement de leur lieu de vote, s’ils sont déjà sur la liste électorale; la radiation des électeurs décédés ou de personnes ayant perdu la qualité d’électeur par décision de l’Autorité compétente. Les conditions pour demander son inscription sur la liste électorale sont les suivantes : être Ivoirien; âgé de dix-huit ans révolus; jouissant de ses droits civils et politiques et n’étant frappé d’aucune incapacité prévue par la loi ».

Le patron de la CEI n’a pas manqué de soutenir qu’en ce qui concerne la condition d’âge, son institution a repoussé le délai de l’âge pour l’enrôlement des nouveaux majeurs au 28 février 2025, soit avant la publication de la liste provisoire. « Ainsi, tous ceux des jeunes qui n’auraient pas 18 ans au moment de la période d’enrôlement, mais qui auront atteint cet âge qui correspond à la majorité civile, le 28 février 2025, pourront solliciter leur inscription sur la liste électorale ». Pour lui, cette mesure vise à ouvrir l’inscription au plus grand nombre possible.

Nouveaux majeurs jusqu’au 28 février 2025

 Pour ces nouvelles inscriptions, il révélera que les pièces requises sont la carte nationale d’identité en cours de validité ou le récépissé d’enrôlement pour l’établissement de la carte nationale d’identité biométrique délivrée par l’ONECI ou le certificat de nationalité ivoirienne. « Je voudrais préciser que la carte nationale d’identité suffit largement. La présentation d’un extrait de naissance, à l’appui de la carte nationale d’identité, est également recevable, mais n’est pas obligatoire », a affirmé le président Coulibaly-Kuibert. Tout en poursuivant : « Le gouvernement a également décidé de faciliter l’obtention du certificat de nationalité en le délivrant gratuitement ».

Pour ce qui concerne les requêtes tenant à la modification des données personnelles, le président de la CEI apprendra qu’il faudra simplement au requérant d’apporter la preuve de cette modification. Par ailleurs, s’intéressant aux demandes de changement de lieu de vote, le magistrat hors hiérarchie va situer la presse : « Ne peuvent y procéder que les électeurs qui attestent d’un changement de domicile ou de résidence ou qui peuvent justifier du paiement de l’impôt dans le nouveau lieu où ils souhaitent être affectés ». Et de préciser deux mesures concernant le changement de lieu de vote pour la présente opération : il ne sera plus nécessaire de produire un certificat ou attestation de résidence pour les changements de lieu de vote à l’intérieur d’une même sous-préfecture ou commune. La requête et la carte d’électeur suffisent; et l’option de changement de lieu de vote en ligne est suspendue.

« Tous les requérants devront donc se présenter physiquement à nos guichets dans les centres d’enrôlement », a-t-il mentionné. Avant d’ajouter que « sur ce point du changement de lieu de vote qui charrie souvent avec des velléités de ce qu’il est convenu d’appeler la « transhumance », l’occasion me paraît appropriée pour rappeler, à tous, les règles qui encadrent l’inscription dans un lieu et les sanctions applicables en cas d’inscription frauduleuse. A cet égard, l’article 9 du Code électoral dispose : « Tout Ivoirien remplissant les conditions pour être électeur peut s’inscrire, au choix, sur la liste électorale de l’une des circonscriptions électorales suivantes : celle dans laquelle il a son domicile; celle dans laquelle il a sa résidence depuis au moins six mois, à la date de démarrage de la révision de la liste électorale; celle au titre de laquelle il figure pour la cinquième fois sans interruption au rôle de l’une des contributions directes; celle de la représentation diplomatique ou consulaire dans laquelle il est immatriculé, s’il se trouve à l’étranger. Quiconque s’inscrit sur la liste électorale d’une circonscription électorale où il n’a ni son domicile ni sa résidence ou dans laquelle il n’est pas inscrit au rôle des contributions ou n’est pas immatriculé est puni d’un emprisonnement de six mois à un an et d’une amende de cinq cent mille à un million de francs CFA. La Commission chargée des élections peut ordonner sa radiation de la liste électorale de la circonscription concernée ».

12.089 lieux de recensement ouverts sur toute l’étendue du territoire national dont 1.022 créés pour l’actuelle opération

Demandant aux journalistes d’en faire le plus large écho afin que nul n’en ignore, « j’ai donné les instructions pour une vigilance plus accrue. Et nous veillerons à l’application de ces dispositions ». Revenant, enfin, sur la question de la radiation des personnes décédées, Ibrahime Coulibaly-Kuibert a noté que « cette année, la CEI a institué une innovation consistant à permettre la radiation des électeurs décédés dès l’étape de l’enrôlement ou de la collecte des données. Il faut, pour ce faire, que l’électeur présente les documents justificatifs au lieu de vote de l’électeur décédé : il s’agit de son acte de décès ou son certificat de décès ou encore du certificat de genre de mort ».

Sur le terrain, pour cette opération, a estimé le président de la CEI, cette institution a créé 1 022 lieux en plus. « Ce sont donc, au total, 12 089 lieux de recensement qui sont ouverts pour accueillir les requérants. Vous trouverez trois (03) agents par lieu de recensement, dont un chef de centre, un agent formulaire et un opérateur tablette. Ils ont été formés pour vous accueillir, vous guider ou vous informer éventuellement et faciliter votre enrôlement », s’est-il réjoui. Afin d’évacuer la critique sur la capacité de la CEI d’enrôlement, il a surtout insisté sur le fait que « nos machines sont configurées pour capter 50 requérants par jour, soit une capacité maximum d’absorption de plus de 13 millions de requérants sur la période des 23 jours projetée, environ trois fois le nombre de potentiels électeurs de 4,5 millions attendus ».

Les lieux de recensement boudés par les populations

Donnant la primeur des premiers chiffres provisoires aux journalistes, M. Coulibaly-Kuibert a annoncé que, sur 75% (en raison des difficultés de connectivité) des lieux de recensement qui ont remonté les chiffres des deux premiers jours, l’on enregistre : 65 876 requérants qui se sont présentés aux guichets de la CEI, dont 30 456 requérants de la catégorie des électeurs sollicitant des modifications de données personnelles ou des changements de lieux de vote, et 35 420 requérants primo électeurs. « Malheureusement, jusqu’à hier, lundi 21 octobre 2024, ce sont 5 798 lieux de recensement ouverts qui n’ont reçu aucun requérant, malgré les promesses d’engorgement », a-t-il déploré.

Convaincu de pouvoir compter sur les journalistes dans la réussite de l’opération de révision de la liste électorale 2024-2025 et du rôle essentiel de la presse dans toute société, parce que « vous informez, vous éduquez, vous sensibilisez le public sur les sujets essentiels de la Nation- et l’élection est un sujet essentiel, voire indispensable, dans la démocratie»-, M. Coulibaly-Kuibert s’est empressé d’interpeller les journalistes « sur une calamité qui mine nos sociétés, et singulièrement les processus électoraux, depuis quelques années » : les fake news, l’infox, l’intox, la désinformation, la désinformation électorale. « Certes, le phénomène n’est pas spécifique à la Côte d’Ivoire. Il n’en demeure pas moins qu’il s’agit d’un fléau à combattre farouchement. C’est pourquoi j’en appelle à votre responsabilité d’hommes et de femmes de l’information. Il n’est pas acceptable que certains d’entre vous se livrent à cette pratique nuisible au processus électoral et donc à la cohésion nationale et à la paix sociale. Je vous invite à demeurer le baromètre de l’information. Quand la toile s’enflamme, les citoyens doivent pouvoir se réfugier chez vous pour se rassurer. Je sais, nous le savons tous, nombre de nos médias sont adossés à des opinions politiques. Il n’est pas interdit de prendre parti. En revanche, c’est peu dire qu’il n’est pas moralement bon d’être de mauvaise foi. Je souhaite que vos informations soient justes et équilibrées. Quitte à chacun de faire ses commentaires, ses analyses ou ses interprétations. Venez à nous, la Commission électorale indépendante reste ouverte », a-t-il souhaité.

Le DG de l’ONECI s’est aussi exprimé sur le mode opératoire d’acquisition de la nouvelle carte nationalité d’identité et des difficultés rencontrées sur le terrain.Avant, le président de l’UNJCI, Jean-Claude Coulibally, plantant le décor de cette cérémonie, fera savoir qu’il ne peut avoir d’élection transparente sans révision de la liste électorale. D’où l’enjeu de cette opération et la promesse que les journalistes vont s’y impliquer par la meilleure des communications et médiatisations autour de cette révision dans accompagnement de la CEI pour la réussite de cette initiative.

Marcellin Boguy

Légende photo

 M.  Ibrahime Coulibaly-Kuibert, président de la Commission électorale indépendante (CEI), lors du Press-club de l’Union nationale des journalistes de Côte d’Ivoire (UNJCI).

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