« Laurent Gbagbo et Ahoua Don Mello se sont embarqués dans un jeu de dupes au PPA-CI. Cela a produit le résultat que nous connaissons aujourd’hui. Donc c’est un riz couché (une expression dans l’argot ivoirien qui signifie qu’il s’agit d’une vieille querelle, ndlr) ».
L’artiste-chanteur et musicien Noël Dourey, ambassadeur du RHDP et membre du Bureau Politique (B.P) du Rassemblement des Houphouétistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP), parti au pouvoir en Côte d’Ivoire, dit ses vérités sur la crise au PPA-CI, la formation politique de l’ancien chef d’Etat, Laurent Gbagbo.
Il se prononce également sur la décision prise par les autorités burkinabé de stopper l’exportation de bétail en Côte d’Ivoire, une décision qui pénalise durement les éleveurs de moutons et de bœufs du Burkina Faso dont la Côte d’Ivoire constitue leur plus gros client. Noël Dourey parle également de la liste des 26 joueurs retenus par le coach Emerse Faé pour le Mondial de football. Ci-dessous l’intégralité des propos de Noël Dourey diffusés sur les réseaux sociaux à travers une vidéo de 24mn.
« Aujourd’hui, nous avons quelques points d’actualité et je pense qu’il faut qu’on partage ensemble mon point de vue. Que vous aillez, vous aussi, dans vos commentaires que je sens de plus en plus constructifs, des avis. Qu’ils se marient les uns et les autres.
Le PPA-CI a tenu son premier congrès ordinaire avec le président Laurent Gbagbo qui a été réélu à la tête de ce parti. Quel est votre avis ?
Disons, c’est une des activités normales d’un parti politique de faire un congrès. Le PPA-CI l’a fait, ce n’est pas nouveau. C’est même une chose pour montrer la vitalité de ce parti qui a été pendant une décennie, avec ses dirigeants, un des pires cauchemars que la Côte d’Ivoire ait connu. Alors, ce que je retiens à l’issue de ce congrès, ce sont les sanctions qui ont frappé ceux qui n’ont pas voulu la politique de la chaise vide. Parce que c’est cela. C’est-à-dire le chef a parlé, personne ne va et il y a quelques intrépides qui ont estimé que le parti politique se construisait avec des acquis. Avec des représentations nationales. Soit en termes de députés ou en termes de maires et de conseils régionaux.
Donc ils ont suspendu ces cadres qui ont décidé, pas d’aller à l’encontre de ce que leur président, le président Gbagbo, a dit mais qui ont décidé de faire ce qui était bon pour leur parti. Parce qu’un homme ne peut pas seul avoir l’intelligence de diriger un parti comme le PPA-CI sans s’en référer à d’autres personnes. J’ai vu qu’il avait des conseillers mais finalement je me rends compte aujourd’hui que ces conseillers sont plutôt conseillés par celui qu’ils étaient censés conseiller. Donc voilà un peu la nuance autour de cette manière de fonctionner.
Alors je vais voir le profil de ceux qui ont été sanctionnés ou radiés. En tout cas, il y a un cas que je connais bien, c’est celui de monsieur Ahoua Don Mello. Je le vois, je l’écoute, je lis ce qu’il écrit. Je me rends compte qu’il est constant dans sa démarche. Il ne s’est pas déclaré anti-français pour, par derrière, donner des contrats juteux aux entreprises françaises, ni sortir 2 milliards de FCFA de nos caisses pour les donner à un quelconque président parce qu’on les lui aurait demandés. Il est resté constant dans sa démarche d’homme de Gauche. La Gauche a des valeurs et en tant qu’être humain, il fait autant que faire se peut pour les respecter. Et dans la Gauche, il n’y a pas de culte de la personnalité. C’est dans le totalitarisme, qu’on peut s’imaginer que quelqu’un s’accapare tout, qu’il prenne tout et qu’il ne laisse rien aux autres. C’est-à-dire après moi, c’est le déluge.
Pourquoi je parle d’Ahoua Don Mello ? Je me souviens qu’au premier congrès du Front populaire ivoirien (FPI) en 1990, Ahoua Don Mello avait été élu président du Comité de Contrôle du FPI. Cela voulait dire de manière claire que monsieur Laurent Gbagbo qui était le Secrétaire général du FPI, à l’époque, devait voir ses activités contrôlées par Ahoua Don Mello. Donc son rôle étai de contrôler l’action du Secrétariat général. Ils ont dit non. Mais comment arriver à contourner une résolution du congrès qui s’était tenu au parc des sports d’Abidjan-Treichville.
Il fallait que le laboratoire se mette en place pour créer des artifices tendant à discréditer Ahoua Don Mello. Une célèbre fatwa a été lancée contre lui. Il est parti avec d’autres militants dont Bamba Maurice pour créer le mouvement Renaissance. Parce qu’il ne se sentait ni en sécurité ni à l’aise au FPI.
Donc c’est la méthode où aucune autre voix n’était admise. Dans le socialisme qui promeut la pluralité d’opinions, la pluralité d’expressions, il était persona non grata. Il est revenu parce que c’est un technicien, c’est quelqu’un qui est un haut cadre qui sort de l’école d’excellence de Yamoussoukro. Il avait mis en place un système pour les élections présidentielles d’octobre 2000 pour participer à la campagne de Gbagbo. Laurent Gbagbo devenu président de la République l’a donc nommé Directeur général du BNETD. Mais les rancunes ne s’effacent pas en une journée. Et Ahoua Don Mello le sait, Gbagbo le sait également, ils se sont embarqués dans un jeu de dupes au PPA-CI. Cela a produit le résultat que nous connaissons aujourd’hui. Donc c’est un riz couché (une expression dans l’argot ivoirien qui signifie qu’il s’agit d’une vieille querelle, ndlr) .
Pour les autres, je ne les juge pas. Le jeune Stéphane Kipré, il est élu député. Au lieu d’être une joie pour le PPA-CI, on estime qu’il n’aurait pas dû être député. C ‘est-à-dire que Gbagbo Laurent, lui seul, a été député puis président de la République, il bénéficie de rentes viagères. Il a tout. Et le jeune Stéphane Kipré, je ne sais même pas s’il a 50 ans. Lui, il ne doit rien faire, il doit attendre que Gbagbo lui dise : vas-y ! J’avoue que si les jeunes doivent avoir ce genre de dirigeants qui veulent les voir créer d’autres agoras et « Sorbonne » , je crois que ces jeunes qui se battent pour eux –mêmes, pour leur avenir, pour l’avenir de leurs enfants et leurs femmes, il faut les encourager. Mais avec monsieur Gbagbo, on n’encourage pas ça.
Et donc voilà le congrès. Gbagbo état à la maison, il avait déjà dit que ça ne l’intéressait plus. Et ils sont allés le chercher (une vidéo dans laquelle l’un des vice-présidents du PPA-CI, Koné Katinan justifie, le non-départ de Gbagbo est diffusée, ndlr). Mes frères, je ris jusqu’à l’infini. Je ris seulement. Monsieur Katinan, lui-même, avait dit que c’était une forfaiture que le RHDP aille chercher monsieur Alassane Ouattara qui, lui, a fait ses preuves, qui, lui, méritait vraiment que nous, militants du RHDP, allions le chercher. Parce qu’on s’est dit qu’il ne pouvait pas nous laisser en si bon chemin. Mais eux, ils sont allés chercher le président Gbagbo, c’est pourquoi maintenant. C’est pourquoi.
Récemment nous avons vu une vidéo de ressortissants Burkinabé qui tentaient d’entrer de façon frauduleuse en Côte d’Ivoire dans des camions de transport de bétail. Votre avis à ce sujet.
J’espère que c’est une ancienne vidéo. Parce que si c’est une nouvelle vidéo ou même une vidéo récente, on va dire : si le ridicule pouvait tuer. C’est vrai que nous voyons qu’avec IB Cacao, il y en a qui ne réfléchissent pas beaucoup. Mais les voir cohabiter avec les moutons pendant des jours et des jours, ça dénote de l’état d’esprit qui existe au Burkina Faso. Soit ils en ont marre, ils ne peuvent pas parler, ils sont fatigués mais ne peuvent pas parler, ils fuient. Donc IB Cacao, ils le fuient. Ils s’en foutent de la manière dont ils doivent le fuir même si c’est pour rentrer dans le ventre des moutons, ils sont prêts. C’est la désespérance. Ils sont désespérés.
C’est le lieu de rappeler que les Burkinabé, nos frères, n’ont pas à subir tout ça. Un être humain doit être traité avec dignité Ce Burkina Faso que je vois depuis environ cinq ans n’est pas à l’image des Burkinabé travaillant dans les grandes institutions, les grands centres de recherche, des économistes chevronnés, des grands écrivains, des hommes de science, de grands hommes politiques etc. Alors, ce qu’on propose aux Burkinabé pour les maintenir dans cette espace de mirage n’est rien par rapport à la douleur, aux frustrations, par rapport au chaos qu’ils vivent. C‘est dommage !
Dans le cadre du commerce, la Côte d’Ivoire est un client privilégié pour les éleveurs de bétail du Burkina Faso. Mais qui croyait prendre est pris lui-même parce qu’aujourd’hui la Côte d’Ivoire, amie de tous, ennemie de personne, a diversifié ses importations au niveau du bétail. Ce sont les intérêts des peuples qui sont importants. Si vous estimez que c’est faire du mal à la Côte d’Ivoire en interdisant vos populations de venir vendre leur bétail, il y a d’autres peuples qui vont se dire que c’est une aubaine. Ils vont écouler leur marchandise qui va être payée rubis sur ongles parce que la Côte d’Ivoire est un pays solvable qui paie sans compter pour les populations ivoiriennes.
Il faut assurer le bien-être de ses populations. Et c’est cela que la Côte d’Ivoire du président Alassane Ouattara fait. Je voudrais donc dire à IB Cacao qu’il a tapé poteau (dans l’argot ivoirien, cela signifie qu’il a échoué, ndlr). On ne veut plus des moutons, de bétail. On voit qu’ils veulent utiliser des pistes etc., les moutons, on en veut plus. C’est une décision du gouvernement de la République du Burkina Faso, nous, on respecte cette décision. Eux-mêmes qu’ils respectent la décision qu’ils ont prise. Nous allons passer une Tabaski tranquille.
On connait la liste des joueurs qui vont défendre les couleurs de la Côte d’Ivoire au Mondial de football de 2026. Votre avis sur cette liste ?
C’est vrai que j’aime le football mais j’avoue que je n’en suis pas un analyste. Je n’ai aucun commentaire particulier à faire. C’est celui qui vit au quotidien avec les joueurs qui sait qui ils sont. Donc personnellement, tout ce que je peux souhaiter, c’est que la Côte d’Ivoire aille le plus loin possible dans cette compétition. Nous en avons les arguments. Parce qu’il y a des noms que j’ai entendues qui font les Unes des tabloïds au plan mondial, donc je pense qu’on devrait leur faire confiance. Ils nous ont démontré à la CAN 2023 leur sentiment de grandeur. Il est important pour nous de les accompagner par nos prières. Si on peut être sur place, c’est important. Pour ma part, nous avons beaucoup de choses à leur donner, ce sont nos bénédictions. Que Dieu accompagne Emerse Faé et son groupe, et que les joueurs aient cette détermination de défendre le drapeau national Orange-Blanc-Vert.
Propos retranscrits par Ferdinand N’Guessan
Légende photo : L’artiste-chanteur et musicien Noël Dourey, ambassadeur du RHDP et membre du Bureau Politique (B.P) du RHDP. (Archives)


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