80 ans après sa naissance  –  PDCI-RDA : De la gloire à la croisée des chemins

« Ici en Côte d’Ivoire, chez vous, le RHDP, le parti au pouvoir, contrôle quasiment seul la vie politique. Je constate qu’il a en face de lui, une opposition très faible et désunie. Les principaux partis de l‘opposition, le PDCI-RDA et le PPA-CI, sont ébranlés. Si la situation perdure, je pense qu’il ne serait pas surprenant que le RHDP reste au pouvoir pendant de très longues années ».

Celui qui nous a récemment tenu ces propos, est un diplomate d’une puissance occidentale en poste à Abidjan. Observateur indépendant, non partisan et objectif de la vie politique ivoirienne, ce diplomate occidental n’a jamais porté de gants pour nous donner son opinion sur la situation politique en Côte d’Ivoire. D’où le plaisir que nous  avons à échanger avec lui.

 

« Je constate que le RHDP a en face de lui, une opposition très faible et désunie »

 

Et il a raison. L’opposition ivoirienne est très faible face à un parti au pouvoir, droit dans ses bottes. Le PDCI-RDA, première formation de l’opposition ivoirienne, parti qui célèbre ses 80 ans d’existence, depuis ce 9 avril 2026,  présente un sombre visage. Après sa glorieuse épopée sous Félix Houphouët-Boigny et sa parenthèse mi-figue mi-raisin sous Henri Konan Bédié, le PDCI-RDA vit  sa  réalité poussive enrobée d’un leadership désastreux sous Tidjane Thiam. Depuis le décès subit d’Henri Konan Bédié, le 1er août 2013, le vieux parti politique de Côte d’Ivoire a sombré dans les méandres de la division et des tensions de leadership.

Si de son vivant Félix Houphouët-Boigny avait choisi Henri Konan Bédié pour lui succéder à la tête du pays et du PDCI-RDA, de son vivant Bédié n’a pas choisi Tidjane Thiam pour prendre la tête de la formation politique au cas où il quitterait ce monde. Peut-être que ceci explique cela au sein du PDCI-RDA. « On ne pensait pas que le président Bédié nous quitterait sitôt même s’il était âgé et lui-même ne le pensait pas, je présume. Voilà sans doute pourquoi la question de sa succession n’était pas à l’ordre du jour », nous a confié un cadre du PDCI-RDA sous le couvert de l’anonymat. Qui reconnait que le « désordre » au sein de son parti est lié à cette situation.

 

« On ne pensait pas que le président Bédié nous quitterait sitôt »

 

Conséquences. Le PDCI-RDA est fortement divisé avec des clans qui se regardent en chiens de faïence. Les résultats électoraux connaissent une chute drastique et vertigineuse qui traduit un désamour progressif des électeurs pour ce parti. A l’Assemblée nationale, le PDCI-RDA qui disposait de 146 députés en 1996 sous Bédié, se retrouve avec 32 députés en 2025 sous Tidjane Thiam.

Fait également marquant, le président du PDCI-RDA, Tidjane Thiam, a quitté le pays, dans des conditions bien curieuses, depuis plusieurs années. Officiellement, il serait hors du pays pour mener des missions au profit du PDCI-RDA mais aussi ses activités professionnelles. Officieusement, nous a confié un cadre dudit parti,  Tidjane Thiam serait contraint à l’exil puisque « sa vie est menacée par le pouvoir et il pourrait se faire arrêter dans les conditions actuelles », précise notre interlocuteur. Cette position officieuse est devenue aujourd’hui officielle.

Face à ces accusations, le gouvernement ivoirien a réagi par son porte-parole, le ministre de la communication et de l’économie numérique, Amadou Coulibaly. « Les droits politiques de M. Tidjane Thiam sont garantis. Il est le président du PDCI-RDA. Il exerce ce rôle, cette fonction, sans aucune entrave. Il est libre d’aller et de venir », a-t-il soutenu.

Et un autre cadre du RHDP, qui a préféré garder l’anonymat, de renchérir : « Pourquoi devons-nous arrêter Tidjane Thiam ? Il n’y a jamais été question d’arrêter M. Thiam. Le PDCI-RDA et son président se font peur pour rien. Et puis pour un parti dont on voudrait arrêter le président, pourquoi le secrétaire exécutif de notre parti, Cissé Bacongo, devrait-il prendre part à la célébration des 80 ans du PDCI-RDA accompagné d’une forte délégation ? Tout ce qui se raconte est archifaux ».

A noter que c’est par vidéoconférence depuis son lieu d’« exil »  que le président du PDCI-RDA  s’est adressé aux militants à l’occasion du 80ème anniversaire du parti qu’il dirige. Jamais, en temps de paix sociale nationale, le PDCI-RDA n’a vécu une telle situation.

Comme quoi, le PDCI-RDA né le 9 avril 1946 à 18h au terme de la réunion constitutive ayant rassemblé 34 personnes au restaurant « L’Etoile du Sud » à Abidjan-Treichville devra, 80 ans plus tard, faire son séreux mea culpa, se regarder dans une glace, pour tirer les leçons de sa débâcle en cours, depuis la mort du  2ème président, de son histoire, Henri Konan Bédié.

Par Didier Depry

Légende photo : Le résident du PCI-RDA, Tidjane Thiam, s’adressant aux cadres et militants de son parti à travers une vidéo depuis l’Occident.

 

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