A quelques jours de la fin du dépôt des candidatures aux élections législatives prévu pour, le mercredi 12 novembre 2025, le Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI), la formation politique de l’ancien chef de l’Etat, Laurent Gbagbo, est en crise profonde. Le jeudi 6 novembre, lors du Comité central de son parti, le président Gbagbo a décidé du boycott des élections législatives par le PPA-CI. Une décision qui divise profondément ledit parti. Entre survie politique et stratégie parlementaire, les révélations dévoilent les fractures d’un PPA-CI à la croisée des chemins.
Les élections législatives ivoiriennes qui se tiendront, le 27 décembre 2025, cristallisent les tensions au sein du PPA-CI. « (…) le Comité Central a décidé, en toute responsabilité de ne pas participer aux prochaines élections législatives au moins pour deux raisons essentielles : les conditions d’élections crédibles ne sont pas réunies, l’environnement sociopolitique délétère ne s’y prête pas (répression, persécutions, harcèlement judiciaire) », a mentionné le communiqué officiel du Comité central du PPA-CI daté du 6 novembre 2025.En clair, le parti politique de l’ancien président de la République, Laurent Gbagbo, ne prendra pas part aux élections législatives. Ce boycott divise profondément les cadres et militants de ce parti dont certains veulent aller aux élections. A commencer par les 18 députés du groupe parlementaire du PPA-CI qui souhaitent, avons-nous appris, être dans les starting-blocks pour leur réélection.
Un cadre du PPA-CI, qui a requis l’anonymat, a accepté de lever le voile, pour nous, sur cette controverse interne, cette crise qui pourrait indexer l’avenir de la formation politique. «Sans députés, le parti se retrouvera dans la rue », lâche d’emblée notre source. Cette phrase résume l’angoisse d’une génération de militants qui, après avoir passé 35 ans de lutte aux côtés de Laurent Gbagbo, redoute la marginalisation politique définitive. Pour cet autre cadre du PPA-CI qui a aussi requis l’anonymat, le choix est binaire pour leur formation politique. Il s’agit, soit d’investir les institutions de la République pour poursuivre le combat d’opposants ou de vivre une mort politique à petit feu.
Dispute autour du communiqué du Comité central du PPA-CI
Notre source conteste d’abord la version officielle d’un boycott assumé. « Le communiqué évoquant un boycott ne traduit pas fidèlement les décisions du Comité central », affirme-t-il, soulignant des dysfonctionnements dans la communication interne dudit parti. Cette révélation ouvre une fenêtre sur les luttes d’influence qui agitent le PPA-CI où plusieurs lignes s’affrontent sur la stratégie électorale.
L’argument central de ce cadre du PPA-CI repose sur une lecture institutionnelle de la situation ivoirienne. « Si l’Exécutif est mal acquis, cela justifie encore plus la nécessité d’un Parlement fort pour s’opposer à ses dérives », explique-t-il.
Les armes constitutionnelles
Le cadre du PPA-CI déploie une argumentation juridique précise. Il énumère les pouvoirs coercitifs dont dispose l’Assemblée nationale. Autorisation de déclaration de guerre. Composition de la Haute Cour de Justice. Mise en accusation présidentielle pour haute trahison. « Dans le contexte actuel, une Opposition ne peut se priver de ces leviers », insiste-t-il.
Cette vision s’inscrit dans une stratégie d’alliance avec d’autres forces d’opposition, notamment le PDCI-RDA. L’objectif, constituer un bloc parlementaire capable de faire contrepoids au pouvoir du président de la République, Alassane Ouattara. Un pari audacieux dans un paysage politique ivoirien traditionnellement fragmenté.
L’angoisse de l’après Gbagbo
Mais derrière ces différentes considérations transparaît une inquiétude plus profonde. Celle de la succession de Laurent Gbagbo. « Si le Président Gbagbo refuse aux cadres de participer aux législatives, cela nous laissera dans la rue », confie notre source. Cette phrase révèle les craintes des cadres et militants du PPA-CI relativement à leur avenir politique. Des cadres qui refusent de voir leurs sacrifices aboutir à une marginalisation. « Ce serait un coma politique voire une mort politique », renchérit un autre cadre du PPA-CI sous le couvert de l’anonymat..
Le parti de Gbagbo se trouve ainsi à un carrefour existentiel. A trois jours du 12 novembre 2025, une décision déterminera si cette formation politique reste un acteur de la vie politique ivoirienne ou s’il rejoindra le cimetière des mouvements d’opposition condamnés à l’impuissance. De leurs côtés, des cadres et militants du PPACI qui s’opposent au boycott des législatives envisageraient de quitter le parti de Laurent Gbagbo pour adhérer à d’autres formations politiques engagées dans les élections législatives.
Robert Krasssault
Légende photo : L’ancien chef d’Etat, Laurent Gbagbo, président du PPA-CI, lors de la réunion du Comité central de son parti, le jeudi 6 novembre 2025.


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