Dans une déclaration datée du 29 avril 2025, le Barreau de Côte d’Ivoire s’est prononcé sur la situation sociopolitique qui prévaut dans le pays, à six mois de l’élection présidentielle du 25 octobre 2025. A travers leur déclaration ci-dessous qu’ils ont baptisée « La paix par le Droit » lue par Me Nicolas Messan Tompieu, porte-parole du Barreau ; les Avocats interpellent tous les acteurs politiques et les appellent à mettre le droit au cœur du règlement de tous les différends et les conflits afin que la paix véritable advienne.
« Le Barreau de Côte d’Ivoire appelle à bâtir une paix durable par le respect du droit en cette période pré-électorale. A l’heure où la Côte d’Ivoire continue de consolider son tissu social et politique, le Barreau de Cote d’Ivoire réaffirme avec conviction que le droit est le fondement incontournable d’une paix véritable et pérenne. Face aux défis persistants de cohésion nationale, nous, Avocats, garants des libertés et défenseurs de l’Etat de droit, portons l’impérieuse responsabilité de promouvoir la Justice comme outil de dialogue, de réconciliation et de stabilité. Depuis 1990, les processus électoraux successifs, en particulier les élections présidentielles ont été marquées par la violence. Que ce soit avant, pendant ou après les scrutins. Il est important de se souvenir que la remise en cause de la nationalité de certains acteurs politiques, du rejet de la candidature de leaders politiques, du boycott actif de 1995 ainsi que de la violence qui a suivi la proclamation des résultats de l’élection présidentielle de 2000, de la grave crise post-électorale de 2010-2011 qui a fait au moins 3000 morts et de la violence après les élections présidentielles de 2020.
« Le droit est le fondement incontournable d’une paix véritable et pérenne »
L’action et les décisions des instances administratives et judiciaires ont été fortement questionnées et certains revirements des acteurs concernés ont pu compromettre le respect effectif des règles légales à des moments décisifs de notre histoire. L’année 2025 est une année électorale avec l’élection présidentielle prévue pour le 25 octobre. Malheureusement, le Barreau de Côte d’Ivoire constate que cette triste et tragique histoire risque de se répéter. Le Barreau de Côte d’Ivoire observe, en effet, que l’établissement de la liste électorale et l’organe chargé de l’organisation des élections sont l’objet de contestation et de polémique. Le Barreau de Côte d’Ivoire constate des arrestations nocturnes de citoyens en violation des dispositions du code de procédure pénal. Le Barreau de Côte d’Ivoire constate que le droit syndical aussi connu sous le nom de liberté syndicale, droit fondamental inscrit dans la Constitution, qui permet aux membres de mener diverses actions syndicales telles que les réunions, manifestations et grèves, semble être menacé.
« Le Barreau de Côte d’Ivoire constate que cette triste et tragique histoire risque de se répéter »
Le Barreau de Côte d’Ivoire constate que les acteurs politiques sont de retour devant les tribunaux. En Côte d’Ivoire où les plaies du passé appellent à la vigilance, le droit doit servir de boussole pour protéger les fondamentaux de tous les citoyens sans distinctions d’origines, de religions ou d’appartenances politiques. Encadrer le débat public par des règles claires empêchant la haine et la violence de s’installer dans les espaces médiatiques ou politiques. Faciliter la réconciliation à travers des mécanismes juridiques apaisés tels que la médiation, l’arbitrage ou le dialogue entre les acteurs politiques.
« La Justice ne doit pas être un théâtre d’ombres où se jouent des luttes de pouvoir »
C’est pourquoi le Barreau de Côte d’Ivoire réaffirme solennellement que l’indépendance de la Justice est une condition sine qua non de l’Etat de droit consacré par la Constitution et les conventions internationales. La déontologie des magistrats exige qu’ils agissent en toute neutralité et indépendance. La séparation des pouvoirs, principe républicain fondamental doit être préservée. La Justice ne doit pas être un théâtre d’ombres où se jouent des luttes de pouvoir. Elle doit demeurer le rempart des libertés et le garant de l’égalité devant la loi. Les exigences de l’Etat de droit commandent que les règles soient appliquées avec rigueur et impartialité. La paix doit se faire par l’égalité de tous devant la loi et l’égale protection de tous par la loi ».
Pour le Conseil de l’Ordre des Avocats de Côte d’Ivoire
Le Bâtonnier
Me Florence Loan-Messan
Légende photo : Une vue du Tribunal de première instance d’Abidjan-Plateau.


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