Saisissant l’occasion de la célébration de la Journée internationale des droits des femmes organisée par les militantes de son parti, le samedi 15 mars 2025, au stade de football du quartier Sogefiha d’Abobo, commune d’Abidjan, l’ancien Premier ministre, Pascal Affi N’Guessan, président du Front populaire ivoirien (FPI), parti d’opposition, a critiqué durement la gouvernance du président de la République, Alassane Ouattara.
« Les 15 ans d’Alassane Ouattara sont un échec », a-t-il soutenu. M. Affi a transformé la Journée internationale des droits des femmes en tribune électorale en dénonçant la gouvernance du président Ouattara qui constitue, à ses yeux, « un échec ». Il a tenu un discours où se mêlent promesses d’émancipation et éloge des traditions, reflet des contradictions d’un pays en quête d’équilibre entre modernité et héritage.
Le candidat Affi en campagne face aux femmes
« L’égalité homme-femme est un signe de civilisation », a affirmé le président du FPI devant une foule majoritairement féminine. Pourtant, la cérémonie s’est ouverte par un hommage aux chefs de village, gardiens d’une tradition parfois hostile aux avancées féminines. Une ambivalence assumée : « Un peuple doit s’accrocher à ses racines pour avancer », justifie-t-il. Pour Aïcha Konaté, militante de l’OFFPI (Organisation des femmes du Front populaire ivoirien), cette dualité est stratégique : « On ne peut ignorer les chefs, mais nous travaillons à les sensibiliser. La vraie tradition, c’est le respect. »
Le chiffre a fait mouche : 27 milliards de FCFA alloués aux femmes, soit 0,18 % du budget national ivoirien. « Comment bâtir l’égalité avec des miettes ? », estime Affi N’Guessan. Contacté, avons-nous appris, le ministère de la Famille, de la Femme et de l’Enfant aurait rétorqué que « les politiques transversales (santé, éducation) bénéficient aussi aux femmes ». Un argument rejeté par des ONG. « Les maternités sous-équipées et les filles déscolarisées montrent que le genre reste un angle mort », déplore Fatou Bamba, de l’une des nombreuses associations présentes à Abobo.
Les femmes seront-elles des électrices à flatter ou des citoyennes à véritablement autonomiser ?
Avec 51 % de l’électorat, les femmes ivoiriennes sont courtisées comme jamais. Le FPI promet des quotas dans les instances et des micro-crédits. Le RHDP, lui, mise sur son bilan économique. « Les routes créent des emplois indirects pour les femmes », défend un cadre du parti au pouvoir. Pourtant, dans les marchés d’Abobo, la réaction est autre. « Mes enfants n’ont pas de travail et l’hôpital est loin. Les ponts ne remplissent pas nos ventres », lance Mariam, vendeuse de poissons.
Face au discours social du candidat du FPI à l’élection présidentielle de 2025, des féministes questionnent son engagement réel. « Parler d’autonomie sans évoquer la réforme du code de la famille, c’est du vent », critique l’avocate Linda Mel. Le code hérité de la colonisation garde des inégalités dans l’héritage ou l’autorité parentale. Affi N’Guessan, pourtant, évite le sujet, préférant vanter un « bonheur familial » traditionnel. La Journée internationale des droits des femmes 2025 aura révélé les lignes de fracture d’une Côte d’Ivoire tiraillée entre ses ambitions de modernité et le poids des conservatismes. Alors que l’élection présidentielle d’octobre 2025 approche, les partis politiques devront trancher : les femmes seront-elles des électrices à flatter ou des citoyennes à véritablement autonomiser ?
Ferdinand N’Guessan
Légende photo : Le président-candidat du FPI, Affi N’Guessan, s’adressant aux femmes de son parti lors de la cérémonie à Abobo.


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