Ambitions pour la Côte d’Ivoire – Charles Blé Goudé mise sur une rupture institutionnelle

A la Maison de la presse d’Abidjan sise dans la commune du Plateau, Charles Blé Goudé a présenté, ce mercredi  28 janvier 2026, un projet politique qui pourrait bouleverser l’architecture institutionnelle ivoirienne, affirment les militants de son parti.  Face aux journalistes, le président du Congrès panafricain pour la justice et l’égalité des peuples (COJEP) ne s’est pas contenté d’énumérer des promesses sociales, il a détaillé comment il compte les financer.

La proposition la plus audacieuse concerne la suppression de plusieurs institutions de la République. Le Sénat, la vice-présidence, les ministres-gouverneurs. Autant de structures que Blé Goudé juge « non essentielles » et qu’il entend abolir pour libérer des ressources budgétaires considérables, s’il parvient au pouvoir. Cette approche radicale tranche avec les discours politiques habituels en Côte d’Ivoire, où l’élargissement de l’appareil d’État constitue souvent la norme.

L’ancien leader estudiantin et ex-patron des jeunes patriotes sous l’ancien chef d’Etat, Laurent Gbagbo, assume pleinement cette rupture. Pour lui, « la dispersion institutionnelle » actuelle empêche l’État de se concentrer sur « les priorités vitales des Ivoiriens ». En redirigeant les budgets de ces institutions vers l’éducation et la santé, il  dit  qu’il pourra ainsi concrétiser ses engagements sans creuser davantage le déficit public.

La proposition audacieuse de Blé Goudé

Cette stratégie de gouvernance minimaliste pose néanmoins plusieurs questions. La suppression du Sénat, par exemple, nécessiterait une réforme constitutionnelle majeure, un processus complexe dans le contexte politique ivoirien. De même, l’abolition de la vice-présidence toucherait directement à l’équilibre des pouvoirs tel qu’établi par la Constitution de la 3ème République en vigueur depuis 2016..

Sur le terrain économique, Blé Goudé propose également des mesures qui pourraient heurter certains intérêts établis. Sa volonté de faire basculer l’économie informelle vers le secteur formel, bien qu’économiquement justifiable, affecterait des millions de petits commerçants habitués à évoluer en marge du système fiscal. La baisse progressive de la fiscalité annoncée simultanément soulève la question de l’équilibre budgétaire. Comment réduire les recettes fiscales tout en augmentant massivement les dépenses sociales ?

Les questions que posent les réformes de Blé Goudé

 Le leader du COJEP répond indirectement à cette objection par sa promesse de « tolérance zéro » contre la corruption. La création d’une brigade spéciale anticorruption et la digitalisation des services publics visent à récupérer les sommes détournées. Mais l’expérience africaine montre que la lutte contre la corruption exige bien plus que des structures nouvelles. Elle nécessite une volonté politique constante et une indépendance réelle de la justice.

L’aspect le plus contraignant du programme concerne peut-être l’éducation civique obligatoire pour les jeunes de 16 à 25 ans. Conditionner l’accès à la Fonction publique à la participation à un «programme d’immersion patriotique » pourrait être perçu comme une forme d’embrigadement, même si l’intention affichée vise à forger cet « Ivoirien nouveau » tant vanté.

Une forme d’embrigadement ?

 Charles Blé Goudé se présente ainsi en réformateur radical plutôt qu’en gestionnaire prudent. Son pari, convaincre les Ivoiriens qu’un État plus léger peut être plus efficace, et que les économies réalisées sur le fonctionnement institutionnel compenseront largement les investissements sociaux promis. Reste à savoir si cet équilibre financier tiendra à l’épreuve des chiffres détaillés, que le COJEP devra tôt ou tard publier pour crédibiliser cette vision. Pour le moment, ces chiffres sont inconnus.

Robert Krassault

ciurbaine@yahoo.fr

Légende photo : Charles Blé Goudé lors de sa conférence à la Maison de la presse à Abidjan-Plateau.

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