Arts plastiques / Vernissage de l’exposition « Shadow Dancer » à Houkami Guyzagn – Le peintre-designer Serge Gossé revient sur le devant de la scène, sept ans après

L’artiste peintre-designer Serge Gossé marque son retour sur le devant de la scène à la galerie Houkami Guyzagn sis à Abidjan-Cocody avec son exposition intitulée « Shadow Dancer » riche de 32 toiles. Des toiles qui illuminent la salle Mathilde Moreau et la Terre promise.

7 années après sa dernière exposition solo, Serge Gosse a présenté, dans la soirée du jeudi 25 septembre dernier, au cours de son vernissage, son travail entamé depuis la période de la Covid-19. Rencontre marquée, outre par la présence de SEM John Marshall, ambassadeur du Royaume Uni, de la Grande-Bretagne et de l’Irlande du Nord à Abidjan, par celle de nombreux collectionneurs, amateurs d’art, artistes-plasticiens, d’amis de l’art, d’étudiants et de journalistes… qui n’ont pas voulu se faire conter l’évènement.

« A travers cette exposition, j’ai voulu raconter autre chose; J’ai toujours travaillé la femme. Mais j’ai découvert de nouvelles techniques avec ma proximité avec l’environnement de la ville de Grand-Bassam. J’y habite. Et l’environnement est assez coloré. Mon esprit était ouvert à de nouvelles expériences, à de nouvelles techniques. Ce fait a été pour moi une maturation un peu longue, mais qui, quand même, plaît au public », a-t-il indiqué.

A l’en croire, cette exposition est un dialogue avec la matière. « J’ai découvert cette technique de façon un peu hasardeuse. J’ai un espace cérémonial à Bassam où des gens ont fait de l’accrochage. Ils ont fait de la décoration à partir de papiers colorés. Tout a été abandonné après dans cet espace. Un matin, j’ai remarqué qu’il y avait, sur le gazon, un tas de détritus, mais assez colorés. Je n’y ai pas vu quelque chose d’assez répugnant. J’y ai vu une palette. Et je me suis demandé comment redonner vie à cette matière-là qui, pour moi, dégageait une certaine clarté et qu’il fallait recycler. Il fallait donc donner une seconde chance à cette matière. Et c’est ce que j’ai fait », a affirmé l’exposant. Qui retient : « Nous sommes dans la continuité du Vohou Vohou. Je suis un pur produit de l’Ecole des Beaux-Arts d’Abidjan. J’ai eu pour enseignants Oliko, Mathilde Moreau. Donc le Vohou Vohou est une seconde nature. Je me suis approprié cette technique depuis lors. J’ai essayé de la réécrire à ma façon ».

Avec ses 25 années de peinture, 3 expositions personnelles aujourd’hui dont celle en date et une bonne vingtaine d’expositions collectives, Serge Gossé a appris, jeudi dernier, que « les toiles les plus anciennes datent de 4 ans. J’ai commencé pendant la période de la Covid-19 où on était un peu à bout  de matière, un peu comme les peintres de la Seconde Guerre mondiale. J’ai essayé de trouver mes couleurs dans les matières, dans les papiers. Parce qu’on n’avait pas de boutique ouverte. J’ai alors essayé de recréer ma propre palette avec ce que j’avais sous la main. C’était, par exemple, le petit tailleur du quartier qui m’offrait une palette à partir de ses rejets, de ses découpes. Je me suis donc amusé et c’est après devenu une passion pour moi. Je me suis alors petit à petit détaché de la peinture traditionnelle ». Et d’ajouter : « J’ai appelé mon exposition Shadow Dancer. Shadow Dancer, ce sont des ombres qui dansent. Parce que, dans chaque tableau, il y a toujours une scène un peu effacée qui est presque invisible, mais qui est visible en réalité. Pour moi, le sens du tableau vient du non-dit de cette toile. Et les silhouettes qui sont dans les fonds des tableaux sont là où commence l’histoire du tableau » 

 « Avec Serge Gossé, pas de perspective illusoire »

Avant, le commissaire général Mimi Errol, émérite critique d’art, dans sa présentation de l’artiste et de son exposition, avancera que « le plus important à retenir dans le travail de Serge Gossé, c’est la femme ; la femme est au cœur de son travail. Femme amoureuse, mère, aimante, amante, toutes les catégories de ce que la femme peut représenter dans la société. Et, pour la mettre en valeur, Serge Gossé la met toujours au cœur d’un plan. Avec tous les attributs qu’on lui donne : porteuse, amante, amie, femme battante, femme qui apporte à une société tout ce qu’il faut comme valeurs pour que cette société humaine avance. Donc, dans le travail de Gossé, vous allez avoir un espace saturé de colorations, parce que c’est quand même comme une distraction d’un arc-en-ciel où on trouve toutes les couleurs possibles de gaieté et de joie. Ainsi, pour mettre la femme dans son premier plan, il subordonne la perspective illusoire, la femme est au premier plan; elle est projetée, elle est dans son action, souvent dans ses mouvements qui vont jusqu’à l’abstration de son travail. Mais Gossé est toujours un figuratif, mais c’est dans l’émotion. Le rapport qu’une femme peut avoir avec tout ce qu’elle a comme valeurs et qu’elle a comme couleurs à donner à l’humanité. Je pense que ça devient une espèce de feu d’artifice, d’arc-en-ciel qui donne toute cette couleur à Gossé et qui s’exprime au premier plan de son travail. Pas de perspective illusoire. Pas de fortiori. La femme est là dans toutes les activités. Ce sont les femmes qui se lèvent le matin pour puiser l’eau, préparer le petit déjeuner des enfants, qui vont tout faire pour que la famille fonctionne. Et donc cette deuxième exposition de Gossé permet à Houkami Guyzagn de réaliser du Gossé :  la couleur, la gaieté, la joie, l’arc-en-ciel, mais, au-delà de tout, la femme. La femme symbolede famille. La femme symbole de la protection. Et la femme à protéger ».

Le journaliste-critique d’art Christian Guéhi n’a pas dit autre chose. « Il y a l’authenticité des couleurs. Un mélange de couleurs chaudes, de couleurs froides, de couleurs neutres pour mettre en relief un certain caractère. Un caractère joyeux, un caractère mélancolique. Donc tous les mouvements de la femme. Que ce soit à la maison, au travail, c’est toujours des mouvements, c’est toujours des mouvements. Et ces mots peuvent être caractérisés. Vous voyez que tous ces mouvements doivent être rythmés. On sent des mouvements de danse par moments lents, par moments rapides ou mélancoliques. On en ressent une certaine joie, mais aussi une certaine tristesse. Notre artiste tend à mettre en relief tout cela », est-il convaincu. Ouverte le 25 septembre, l’exposition de Serge Gossé court jusqu’au 11 octobre 2025 à la galerie Houkami Guyzagn.

Marcellin Boguy

 Légende photo : L’artiste peintre-designer Serge Gossé (à gauche) présente son exposition solo « Shadow Dancer » en ce moment à la Galerie Houkami Guyzagn.

 

 

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