Grâce à sa palette (sa préférence aux couleurs chaudes) et sa démarche artistique, le plasticien Alberto, à l’état civil Alberic Kouassi, humanise le Dipri. Des scènes de cette fête annuelle traditionnelle du peuple Abidji, au sud de la Côte d’Ivoire, servent de prétexte au discours de l’artiste dans l’exposition individuelle actuelle qu’il propose au grand public, aux collectionneurs, mécènes et étudiants, du 8 mai au 8 juin 2025, à la galerie Kynome sise à Abidjan-Cocody-II-Plateaux les Vallons.
Baptisée à dessein « Au-delà du visible », cette exposition mettant en avant une vingtaine de toiles du peintre conçues uniquement pour cette rencontre picturale est « une exposition qui célèbre le continent, qui parle de la mémoire, qui traite de la spiritualité africaine à travers ses valeurs, ses rites, ses traditions, ses costumes. Et surtout c’est une façon pour moi de magnifier le continent », estime Alberto. Qui ajoute : « Alors quand je parle de valeurs, je fais allusion aux notions de famille, de partage, de solidarité, de fraternité; des valeurs qui ont toujours régi de façon harmonieuse la société africaine. Et j’exprime tout cela à travers le graffiti qui est un mouvement artistique né aux États-Unis dans les années 60 et dont l’objectif est de s’exprimer sur une surface murale. Pourquoi le mur ? Parce que le mur s’adresse au plus grand nombre vu sa situation géographique. Le mur est généralement dans le milieu urbain et donc il ne trie pas en fait les personnes qui peuvent l’apprécier. Et le fait d’utiliser un mouvement contemporain pour exprimer un sujet qui parle de l’Afrique et de son histoire est une façon de créer un pont entre la modernité et le côté héritage culturel du continent africain. C’est donc une façon pour moi d’inviter les uns et les autres à se reconnecter avec la culture africaine, à la voir de façon positive et surtout à construire avec elle le continent ».
A la soirée VIP de cette exposition, le 7 mai dernier, un jour avant le vernissage ouvert au grand public, du beau monde a effectué le déplacement pour apprécier les toiles d’Alberto, mais aussi pour le soutenir. C’est le cas de l’ex-directrice de l’Ecole des Beaux-Arts, la plasticienne Mathilde Moreau. Tombée en admiration devant la qualité des toiles d’Alberto, elle confessera : « Les scènes du Dipri sont généralement violentes. Mais, ici, Alberto a réussi le tour de force de les rendre acceptables avec un ton paisible. L’artiste a une maîtrise de la couleur qui impacte cet état de fait. C’est vraiment extraordinaire. Il arrive à adoucir sa palette et dans le même temps le Dipri. Alors chapeau bas à lui ! ».
Alberto reconnaît qu’il ne parle pas exclusivement du Dipri. « Je ne parle pas ici particulièrement du Dipri. C’est pour cela justement que le thème de mon exposition est intéressant. Au-delà du visible, au-delà de ce qu’on voit. Moi, j’ai capturé des scènes du Dipri pour exprimer des valeurs qui sont universelles, pas que liées au Dipri. Et quand on regarde bien les titres de mes œuvres, on retrouve des intitulés comme « Tranquillise-toi », comme « Respect » et « Impact ». Donc vous voyez que ce sont des valeurs que l’on retrouve partout. Mais comme en tant qu’artiste, il me faut un point de repère pour pouvoir faire mes créations, je me suis donc intéressé à cet événement culturel cher au peuple Abidji », a-t-il fait savoir.
Concernant sa palette, Alberto retient qu’il opte pour les couleurs chaudes, parce que justement le graffiti, le mouvement dont il s’inspire, « est un mouvement qui exalte la couleur, qui prône l’utilisation des couleurs chaudes pour pouvoir s’exprimer. Et bien évidemment, si vous vous inspirez d’un mouvement qui fait l’apologie de la couleur, il est fort probable que vous également, vous puissiez utiliser beaucoup de couleurs pour pouvoir faire vos travaux ». Les tableaux de cette exposition, la 5è du genre depuis l’ouverture de la galerie Kynome de Raymond Achy, ont été réalisés uniquement pour cette rencontre que prépare Alberto depuis maintenant deux années.
Marcellin Boguy
Légende photo ; Les toiles du plasticien Alberto sont sur les cimaises, du 8 mai au 8 juin 2025, à la galerie Kynome sise à Abidjan-Cocody-II-Plateaux les Vallons.


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