Le social-démocrate n’imaginait probablement pas les répercussions politiques pour la candidate française à la présidentielle lorsqu’il a déclenché l’affaire des assistants parlementaires du FN.
Au Parlement européen à Strasbourg, personne n’aurait imaginé qu’une décision administrative prise par Martin Schulz en mars 2015 déclencherait une avalanche judiciaire qui, dix ans plus tard, bouleverserait le paysage politique français. L’ancien président du Parlement européen, cet Allemand méticuleux originaire de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, aura été, sans peut-être le vouloir complètement, l’instigateur d’une procédure qui vient de transformer radicalement l’échiquier politique français. Marine Le Pen, inéligible pour cinq ans, peut faire une croix sur sa quatrième candidature à la présidentielle de 2027. Un séisme politique ! Contacté par Le Point, Martin Schulz ne souhaite pas commenter la décision de justice française.
Le remboursement de 340 000 euros d’indemnités
Tout commence par un courrier anonyme envoyé en 2015 à l’Olaf, l’office antifraude européen. Il est alors question de l’élue RN Catherine Griset, cheffe de cabinet de Marine Le Pen au siège du FN et de son garde du corps, Thierry Légier. Martin Schulz reçoit ce courrier, transmet à l’Olaf le 9 mars après avoir constaté que vingt des vingt-quatre assistants parlementaires des eurodéputés FN figurent aussi dans l’organigramme du parti à Paris. Rien n’arrête l’Olaf. La mécanique est en route. Comme un « effet papillon » européen qui, d’un battement d’ailes à Bruxelles, provoque une tornade à Paris.
À l’époque, Marine Le Pen essaie d’intimider Martin Schulz en prétendant que les eurodéputés allemands du SPD (la famille politique de Schulz) usent du même procédé. Elle prétend saisir la justice et n’en fera rien. L’Allemand réclame, au nom du Parlement européen, le remboursement de 340 000 euros d’indemnités à Marine Le Pen indûment versés à ses deux assistants fictifs. Et le prélèvement s’effectue sur les indemnités parlementaires de l’élue FN.
Martin Schulz est un personnage central dans ces années-là. D’abord, parce qu’il est allemand au Parlement européen, qui est la chasse gardée de l’influence allemande. Il a l’estime de la chancelière Merkel (CDU-CSU) qui, dès lors, négocie directement avec Martin Schulz les compromis européens entre le grand parti européen de centre droit, le PPE, et le parti de centre gauche (S & D).
Un homme au style direct
Rien ne prédestinait ce fils de policier allemand à devenir l’homme qui allait indirectement bouleverser la politique française. Martin Schulz a connu un début de vie chaotique : renvoyé de son lycée catholique, sans baccalauréat, footballeur contrarié par une blessure au genou, puis alcoolique à 20 ans. « J’étais le jeune homme le plus déjanté de toute l’Allemagne… Le pire, c’était d’avoir chaque jour le sentiment d’avoir échoué », confiait-il au magazine allemand Bunte.
Après avoir vaincu sa dépendance à l’alcool avec l’aide de son frère, ce passionné de littérature s’est reconstruit en devenant libraire à Würselen, sa ville natale, à la frontière belgo-néerlandaise. C’est là qu’il a fait ses premières armes en politique, devenant, à 31 ans, le plus jeune maire de Rhénanie-du-Nord-Westphalie. Autodidacte polyglotte parlant cinq langues, dont le français, cet homme sans diplôme universitaire a ensuite gravi tous les échelons européens jusqu’à la présidence du Parlement de Strasbourg.
À Strasbourg, Martin Schulz laisse le souvenir d’un homme au style direct. Son franc-parler l’a rendu célèbre lors de plusieurs confrontations mémorables, notamment face à Silvio Berlusconi qui, en 2003, le compara à un « kapo » de camp de concentration, provoquant un incident diplomatique majeur entre l’Allemagne et l’Italie. Avec Marine Le Pen, les rapports sont rugueux. D’un côté, un Allemand fédéraliste, qui a appelé en décembre 2017 à un nouveau traité constitutionnel pour les « États-Unis d’Europe » ; de l’autre, la responsable politique française connue pour sa critique des institutions européennes et son aversion marquée et constante pour la Commission européenne.
Schulz bute sur Merkel, Le Pen échoue face à Macron
En 2016, alors que le Front national gagne en influence en France, Martin Schulz connaît, lui aussi, son moment politique en Allemagne. Désigné candidat du SPD pour affronter Angela Merkel aux élections fédérales de 2017, il ne peut rien faire contre la chancelière sortante qui l’emporte avec 13 points d’avance (32,93 % contre 20,51 %). Mais la CDU-CSU comme le SPD subissent un recul du fait de la percée du parti d’extrême droite, AfD, qui entre au Bundestag (12,64 %).
Dans la foulée, Martin Schulz doit renoncer à la présidence du SPD en février 2018, avant de quitter définitivement la politique active en 2021 pour prendre la tête de la Fondation Friedrich-Ebert. Marine Le Pen, de son côté, parvient à se qualifier au deuxième tour de la présidentielle, en 2017, mais subit une lourde défaite au second tour face à Emmanuel Macron (66,1 % contre 33,9 %). Pendant ce temps, en France, la procédure judiciaire qui avait débuté sous l’impulsion de Schulz continuait son chemin. Le Parlement européen s’est porté partie civile. Il va désormais pouvoir récupérer les sommes déboursées pour l’entretien du FN-RN.
Source : Le Point
Légende photo : Martin Schulz, ancien président du Parlement européen, a déclenché, en mars 2015, une avalanche judiciaire qui, dix ans plus tard, est en train de bouleverser le paysage politique français.


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