La mission effectuée, le samedi 10 mai 2025, dans le village de N’Gbasso, dans la sous-préfecture de Kouakro, par des éléments de la Brigade spéciale de surveillance et d’intervention (Bssi) des Eaux et Forêts basée à Noé, a occasionné des échauffourées entre jeunes et agents. Bilan provisoire : un mort, un véhicule d’intervention des Eaux et Forêts incendié, des bureaux totalement saccagés. Que s’est-il passé pour que des agents venus en mission à N’Gbasso soient pris à partie par des jeunes gens révoltés ?
Selon plusieurs sources jointes sur place, une mission conduite par des éléments de la Bssi s’est rendue, le samedi 10 mai, à N’Gbasso, dans le but d’interpeller un orpailleur clandestin. Ne l’ayant pas trouvé sur place, les agents décident d’embarquer son épouse, certainement pour convaincre l’homme à se rendre. Des jeunes gens du village s’opposent à cette initiative estimant que la dame n’y est pour rien. Une altercation s’ensuit. Très vite, le ton va monter entre les jeunes et les agents des Eaux et Forêts. Des échauffourées éclatent. La foule devient de plus en plus compacte. La tension est vive. Les voies sont aussitôt barricadées pour empêcher les agents d’embarquer la dame. Ceux-ci sont envahis et débordés. Pour se tirer d’affaire, l’un d’eux libère un coup de feu pour disperser la foule révoltée. Malheureusement, un innocent, conducteur de taxi-moto (un tricycle), est atteint par balle. Il rend l’âme. Il n’en fallait pas plus pour que la situation dégénère. L’un des véhicules d’intervention de type 4X4 des agents des Eaux et Forêts est incendié. Ils réussissent à quitter les lieux en trombe pour échapper au lynchage.
Des jeunes de N’Gbasso et de Kouakro, en furie, mettent le cap sur Affiénou où se trouve un bureau local des Eaux et Forêts. Tout le matériel de bureau est saccagé, des vitres brisées et une motopompe emportée. L’officier des Eaux et Forêts qui assurait le service prend la fuite. Il est exfiltré plus tard par des éléments de l’escadron de gendarmerie mobile d’Aboisso dépêchés sur les lieux. Le patron de cette unité, chef d’escadron Ouattara Ibrahim, se rend sur les lieux pour conduire l’opération de maintien d’ordre. Ses éléments sont lapidés par des jeunes gens qui ne décolèrent pas. Les gendarmes font usage de gaz lacrymogène pour disperser la foule.
Le secrétaire général 1 de préfecture d’Aboisso, Honoré Gueu Guié, la sous-préfète de Maféré, Maimouna Koné Koko, assurant l’intérim de sa collègue de Kouakro, et le commandant de compagnie de la gendarmerie, chef d’escadron Gnonplegou, se rendent à N’Gbasso pour appeler au calme. Le corps du jeune homme, Jean Luc Katié Ehouan, la vingtaine, est transféré à la morgue de l’hôpital général de Maféré après constatation faite par la gendarmerie. Le calme est revenu plus tard après l’intervention de la gendarmerie.
Sam K.D
Correspondant régional
Légende photo : Un site d’exploitation de l’orpaillage clandestin (Archives).
Encadré
Des agents des Eaux et Forêts condamnent les actes de leurs frères d’armes de la BSSI
Selon des officiers des Eaux et Forêts ainsi qu’un adjudant-chef de police les agents en mission ont manqué de tact et de diplomatie et ont fait preuve de manque de professionnalisme. « Aucun texte de loi ne dit qu’en lieu et place d’un individu à interpeller, il faut mettre aux arrêts son époux ou son épouse. La responsabilité est individuelle. La dame n’étant pas complice de son époux, pourquoi l’interpelle-t-on ? Vous interpellez la pauvre dame. Les populations s’y opposent. Vous devez la laisser tranquillement et rentrer. En pareilles circonstances, il faut agir avec la collaboration du chef de village et du président des jeunes. Les agents ont manqué de professionnalisme », confient nos interlocuteurs.
A en croire un officier des Eaux et Forêts, la Bssi est une unité directement rattachée au cabinet du ministre des Eaux et Forêts, qui agit sur le terrain « sans tenir compte des autres services des Eaux et Forêts ». « Cette unité a été créée sous le ministre Louis Dacoury-Tabley. Elle était appelée Unité spéciale d’intervention (Usi) avant de devenir Bssi. Le patron de cette Brigade n’a pas de compte à rendre aux directeurs régionaux ou chefs de cantonnement. En ce qui concerne la lutte contre l’orpaillage clandestin, il y a une unité mixte composée de la gendarmerie et des autres Forces. Pourquoi la Bssi en fait sa mission personnelle? Il y a souvent du zèle chez nos collègues dans l’exercice de leurs fonctions. Et c’est dommage ». Des agents des Eaux et Forêts joints par téléphone souhaitent la dissolution de la Bssi ou une redéfinition de ses missions, afin d’éviter, disent-ils, ce genre d’incidents.
S.K.D


Laissez une réponse