Dans un entretien sans détour, Mimi Errol, critique d’art et commissaire d’expositions chez Houkami Guyzagn, livre un regard intimiste et analytique sur le travail du plasticien ivoirien Martial Moulo. Entre timidité maladive et explosion chromatique, le portrait d’un artiste authentique se dessine. Pour Mimi Errol, la peinture de Martial Moulo est indissociable de sa psychologie. Là où l’homme se mure dans le silence, la toile prend le relais avec une force insoupçonnée. « Moulo est un peintre que l’art a sauvé. Très timide et peu disert, il projette ce handicap dans sa peinture : sa toile devient son espace de parole et d’expression », décrypte le critique.
Cette introversion, loin d’être un frein, devient le moteur d’un langage propre, forgé dans l’ombre des maîtres. Le critique résume cette singularité avec une formule percutante : « Si Martial Moulo voulait être un poète, il ne serait pas le Baudelaire de Côte d’Ivoire ». Autrement dit, son génie ne réside pas dans le lyrisme verbal, mais dans une vérité plastique brute : « Ce qui aurait pu être un handicap dans la vie courante se transforme en force et se déchaîne positivement sur la toile ».
Les défis d’une trajectoire internationale
Si le talent de Moulo est indéniable, sa trajectoire fait face aux réalités structurelles du marché de l’art ivoirien. Le critique identifie deux axes majeurs pour dynamiser sa carrière : la régularité et l’encadrement professionnel. Notamment le rythme des expositions : l’artiste doit occuper l’espace plus souvent. Et le besoin de « staff » : pour s’imposer dans les biennales internationales, il lui faut des galeristes capables de comprendre sa psychologie et de défendre sa vision face aux dérives commerciales. Mimi Errol rappelle ainsi le rôle crucial des intermédiaires culturels face aux collectionneurs : « La valeur d’une œuvre réside dans son authenticité et sa vérité, pas dans le bavardage marketing ».
Le miroir de la nouvelle scène ivoirienne
En fin de compte, Martial Moulo incarne cette nouvelle garde picturale ivoirienne, complexe et profondément humaine, recherchée par les grands mécènes. Car pour le commissaire d’exposition, l’art véritable dépasse la simple quête du « joli ». Il s’agit d’une quête intellectuelle commune entre l’acheteur et le créateur, portée par une certitude absolue : « Toute œuvre est un autoportrait de son créateur ».
Marcellin Boguy


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