« On ne parle même pas d’élections d’abord (…) Il faut que les gens oublient la question de la démocratie, la démocratie, ce n’est pas pour nous (…) La démocratie tue (…) ». Ces propos sont d’un militaire. D’emblée, cela ne devrait pas étonner parce que peu d’épaules galonnées ont d’égards pour la démocratie lorsqu’ils accèdent au pouvoir par effraction, par un coup d’Etat.
Mais ici, ces propos nous apparaissent ahurissants parce qu’ils proviennent d’un jeune adulte de 38 ans qui devrait incarner l’espoir et le renouveau pour son pays. Il a fait l’Université et a vécu en tant que jeune écolier, puisqu’il est né en 1988, le mouvement du multipartisme en Afrique et dans son pays, le Burkina Faso, dans les années 90. Un jeune adulte, que nous estimons, conscient de l’aspiration inconditionnelle des peuples africains et du Burkina Faso pour la liberté d’expression et la liberté tout court. Ainsi que pour des élections transparentes et la démocratie.
Ce jeune adulte de 38ans…
Mais contre toute attente, ce jeune adulte, Capitaine de l’armée Burkinabé nommé Ibrahim Traoré, devenu chef de la transition militaire au Burkina Faso après un coup d’Etat, le 30 septembre 2022, se pose sans modération et de façon abjecte comme l’assassin de la démocratie dans son pays. Il l’a d’ailleurs revendiqué haut et fort en 2025, en affirmant stoïque : « Nous ne sommes pas dans une démocratie ».Evidemment les élections présidentielles qui devraient se tenir en juillet 2024 pour mettre un terme à la transition n’ont jamais eu lieu. Et n’auront assurément pas lieu d’autant que face aux médias triés sur le volet auxquels il a accordé, le 2 avril 2026, une interview exclusive, il a affirmé aux Burkinabé qu’ils doivent tirer un trait sur l’organisation des élections. Qu’il ne faut même pas parler d’élections.
L’argument fallacieux brandi par le jeune « dictateur »assumé du Burkina Faso, c’est la question sécuritaire. Un véritable faux prétexte qui cache très mal, le régime dictatorial qui se met progressivement en place à Ouagadougou. Dissolution de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) et des partis politiques, suppression de la liberté d’expression et de la liberté de presse, arrestations et incarcérations de leaders d’opinion, enrôlement forcé pour certains d’entre eux dans l’armée, violations des droits de l’homme etc.
L’argument fallacieux de la sécurité
Le Burkina Faso est en danger et il faut s’en inquiéter. Ce pays, qui avait renoué avec les élections démocratiques et transparentes à travers l’arrivée au pouvoir du président Roch Marc Christian Kaboré, élu en 2015 et réélu en 2020, après des régimes militaires rudes de Thomas Sankara et Blaise Comparé portés par la propagande, est retombé dans la fiente dictatoriale.
A l’instar des autres pays de l’AES, à savoir le Mali et le Niger, le Burkina Faso s’isole de plus en plus. Alors que d’autres régimes militaires initiaux comme la Guinée du général Mamadi Doumbouya et le Gabon du général Brice Clotaire Oligui N’Guema ont fait leur mue pour se vêtir d’habits de crédibilité, les pays de l’AES restent droits dans leurs bottes de confiscation des libertés. Le Capitaine Ibrahim Traoré a même vanté les mérites de feu Mouammar Kadhafi, le dictateur libyen mort en 2011. Comme quoi les attaques terroristes qui se sont accrues en dépit des promesses sans lendemain du Capitaine Ibrahim Traoré ne sont pas la seule réalité dont le peuple burkinabé devrait s’inquiéter.
Par Didier Depry
Légende photo : Le Capitaine Ibrahim Traoré, chef d’Etat, chef de la transition au Burkina Faso (Archives).


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