Côte d’Ivoire / Affaire des 87 douaniers  –  Les exigences de rigueur face aux dérives accusatoires

La récente une consacrée à l’affaire dite des « 87 douaniers recalés » a relancé le débat public, en mettant directement en cause le Directeur général des Douanes ivoiriennes. Présenté comme l’architecte d’un supposé contournement de la loi n°2019-871 sur les sanctions administratives, celui-ci se retrouve exposé à des accusations graves, formulées sans que sa version des faits n’ait été visiblement sollicitée. Une démarche qui soulève, au-delà du fond du dossier, une question essentielle : celle du respect des règles élémentaires du journalisme.

En effet, l’absence de contradictoire constitue une faille majeure. On ne saurait sérieusement incriminer un haut responsable public sans lui donner la parole. Sans cette exigence minimale, l’exercice cesse d’être une enquête pour devenir une prise de position. On ne peut pas mettre en cause un responsable de l’État sans lui offrir la possibilité de répondre ; sans contradictoire, il ne s’agit plus d’information, mais d’une opinion orientée.

Au-delà de cette carence, l’argumentaire développé repose sur des raccourcis qui fragilisent sa crédibilité. L’article établit un lien direct entre les décisions administratives contestées et la responsabilité personnelle du Directeur général. Or, dans toute administration structurée, les actes disciplinaires s’inscrivent dans un cadre procédural précis, impliquant plusieurs niveaux de validation. Une décision administrative n’est jamais l’acte isolé d’un homme ; elle relève d’un mécanisme encadré par des textes et des procédures. Confondre la fonction avec une responsabilité individuelle revient à méconnaître le fonctionnement même de l’État.

Entre approximations juridiques et dramatisation du propos

L’accusation de « contournement » de la loi n°2019-871 est, à cet égard, particulièrement révélatrice. Une telle affirmation exige une démonstration juridique rigoureuse : identification des dispositions violées, analyse des actes administratifs en cause et confrontation avec le droit applicable. Or, aucun de ces éléments n’est clairement établi. En droit, on ne conclut pas à une violation sur la base d’impressions ; il faut des faits, des textes et une démonstration solide. À défaut, l’accusation relève davantage de l’insinuation que de l’investigation.

À cela s’ajoute une tendance à la dramatisation, perceptible dans l’usage de termes tels que « sanctions cruelles », « morts » ou encore « dette d’un milliard de FCFA ». Si ces éléments méritent, le cas échéant, une analyse approfondie, leur exposition sans contextualisation ni vérification indépendante contribue à orienter l’émotion du lecteur. L’émotion ne remplace pas la preuve ; plus les accusations sont graves, plus l’exigence de rigueur doit être élevée.

Présomption de régularité et responsabilité institutionnelle

Dans un État de droit, toute décision administrative est présumée régulière tant qu’elle n’a pas été invalidée par une autorité compétente. À ce jour, aucune décision de justice ni aucune conclusion officielle n’établit une faute personnelle du Directeur général des Douanes dans ce dossier. Ce ne sont ni les rumeurs ni les titres sensationnalistes qui jugent, mais les institutions habilitées à dire le droit.

Dès lors, attribuer de manière péremptoire une responsabilité individuelle dans une affaire aussi complexe relève d’une précipitation préjudiciable à la qualité du débat public. Le rôle du journaliste n’est pas de se substituer au juge, mais d’informer avec exactitude, prudence et équilibre.

En définitive, l’analyse attentive de cette publication révèle moins une enquête aboutie qu’une construction discutable, où l’intensité des accusations contraste avec la faiblesse des démonstrations. La crédibilité d’une information ne tient pas à la force des mots, mais à la solidité des preuves qui la fondent. À l’heure où la confiance envers les médias constitue un enjeu majeur, il importe de rappeler que seule la rigueur peut préserver l’honneur des institutions comme celui des hommes qui les incarnent.

Erick Bayala

Légende photo :  Le Directeur Général des Douanes de Côte d’Ivoire, le général Da Pierre Aphonse. (Archives).

 

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