Affaire « Terrains nus des ex-FDS » – Le FPM joue sa crédibilité face aux DDC, SOPHIA, AZUREENNE et la FENACCI

C’est un Touré Ahmed Bouah, PDG de SOPHIA  S.A  , à la fois optimiste et prudent qui s’est adressé, le jeudi 30 novembre 2023, aux journalistes lors d’une conférence tenue à la Maison de la Presse sise à Abidjan-Plateau après la séance de travail qu’il a eue avec le Directeur général du Fonds de prévoyance militaire (FPM), le Commissaire Colonel-Major, Oka  Olivier, et ses collaborateurs.  Cette rencontre qui s’est déroulée aux bureaux annexes du FPM sis à Cocody-Angré-Château (Abidjan)  a rassemblée, outre le FPM et les promoteurs, SOPHIA  S.A  et AZUREENNE DE PROMOTION ; les détenteurs des droits coutumiers (DDC), les souscripteurs civils de la FENACCI, les créanciers des promoteurs, les créanciers de la liquidation et les créanciers du projet « Terrains nus ».

«Nous avons eu une réunion ce matin jeudi 30 novembre, ndlr) avec le FPM. Les responsables nous ont annoncé que ce vendredi ou au plus tard, la semaine prochaine, l’argent que le Fonds de prévoyance militaire doit aux différentes parties conformément au protocole sera versé. Le FPM nous a rassurés. Je saisis cette occasion pour remercier le DG du FPM qui s’est montré disposé à notre égard », a affirmé d’entrée le PDG de SOPHIA  S.A, Touré Ahmed Bouah. Avant de dresser la genèse du conflit qui oppose le Fonds de prévoyance militaire aux différents acteurs impliqués dans l’affaire dite des « Terrains nus aux ex-FDS.

« En partenariat avec la société immobilière AZUREENNE DE PROMOTION,  SOPHIA S.A  avait entrepris un projet immobilier de cession de terrains nus au profit des ex- FDS dans les localités d’Anyama-Adjamé  et d’Ebimpé .Ce projet   n’ayant pas pu aboutir à cause de la crise post-électorale de 2010-2011, et pour régler à l’amiable le conflit qui en est résulté, SOPHIA S.A  et AZUREENNE DE PROMOTION ont consenti que les arrêtés de concession définitive sur les terrains ( d’une superficie de 1260 hectares )  soient au nom du FPM  à la demande de l’Etat de Côte d’Ivoire aux fins de faciliter la commercialisation », poursuit Touré Ahmed Bouah.  Le Fonds de prévoyance militaire a donc été chargé de la mise en œuvre du processus de commercialisation de ces terrains pour désintéresser toutes les parties.

Le 2 février 2015, les parties ont convenu d’une grille de répartition des premières ventes au profit des  différents acteurs. Le FPM a versé la somme due aux ex-FDS  d’une valeur de 11 milliards de Fcfa mais a exclu les autres acteurs notamment SOPHIA S.A  et AZUREENNE DE PROMOTION. Ces acteurs ont saisi le tribunal d’Abidjan-Plateau qui a condamné le FPM et les comptes bancaires du Fonds ont été bloqués. Le Garde des sceaux, ministre de la Justice ayant engagé une médiation, un accord a été signé entre les belligérants qui stipule que le FPM informe les différentes parties dès qu’il vend des terrains, qu’il paie en priorité les 5 milliards de Fcfa qu’il doit à SOPHIA S.A  et qu’il procède à « la répartition du produit de la vente à raison de  1/ 3 pour le FPM, 1/3 pour les DDC et 1/ 3 pour les promoteurs ».

Fait curieux, le FPM a passé outre le plan de règlement du conflit édicté par les protocoles du 2 février 2015 et 7 janvier 2021 pour appliquer une autre piste qui lui est propre. Une piste que les acteurs perçoivent comme une politique « du diviser pour mieux régner ». D’autant qu’il priorise le paiement de certains bénéficiaires au détriment d’autres. Le jeudi 30 novembre 2023, les acteurs lésés ont unanimement dénoncé cette attitude et marqué leur étonnement d’avoir appris que le Fonds de prévoyance militaire a vendu des terrains sans qu’ils en soient informés ni qu’ils perçoivent ce qui leur est dû.

Depuis huit mois que le FPM a vendu des terrains et encaissé l’argent, les détenteurs de droits coutumiers (DDC) et les autres acteurs n’ont encore rien perçu, dénoncent-ils. D’où la conférence de presse qu’ils ont organisée pour prendre l’opinion publique à témoin. «Etant l’entité avec laquelle les DDC ont signé un contrat, je suis sous pression. Je les soutiens donc. Il  y a aussi que nous, en tant que SOPHIA, réclamons notre part au FPM », a affirmé Touré Ahmed Bouah. Le porte-parole des DDC des 346 hectares, François Songbra, a abondé dans le même sens en précisant : « Le FPM devrait nous payer ce qui nous restait pour les terrains nus, il ne l’a pas encore fait. Nous interpellons le FPM.  Nous soutenons M. Touré dans les pourparlers avec le Fonds de prévoyance militaire ». Yapo Yapo Mathias, porte-parole des DDC des 541 hectares d’Akoupé-Zeudji , ne dit pas autre chose. « Nous avons signé des protocoles avec M. Touré Ahmed Bouah. Nous rencontrons des difficultés pour jouir des revenus de notre travail. Nous crions haut et fort pour qu’on nous remettre notre argent maintenant », dit-il.

Pour Diarrassouba Vassiriki,  porte-parole des DDC des 162 hectares et 17 hectares d’Anyama-Adjamé, « nous avons  des problèmes avec le FPM. Nous n’avons pas été payés alors que nous avons appris qu’il y a eu des acquéreurs et des ventes ont été faites, malheureusement il n’y a pas eu d’argent pour nous. Nous dénonçons cela ». Mme Sanogo Balakissa, représentant le président de la Fédération nationale des commerçants de Côte d’Ivoire (FENACCI), le maire d’Adjamé, Soumahoro Farikou,  tous les souscripteurs civils sont en phase avec Touré Ahmed Bouah.  Même son de cloche pour Sylla Souleymane, porte-parole des créanciers des promoteurs, qui  a lancé sèchement à l’endroit du FPM : « Nous revendiquons nos droits ! ».  Au Fonds de prévoyance militaire, aucun interlocuteur n’a voulu officiellement nous donner la version de la structure d’Etat. Un officier de l’armée ivoirienne, proche du FPM, nous a confié cependant sous le couvert de l’anonymat que « le processus de règlement définitif du conflit est en cours ». Pour dire vrai, le FPM joue sa crédibilité dans cette affaire aux allures rocambolesques.

Didier Depry

 

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