Afrique de l’Ouest – Pourquoi l’AES doit se réconcilier avec la Côte d’Ivoire

Le Burkina Faso, le Niger et le Mali, les trois pays, membres  de l’Alliance des Etats du Sahel (AES) doivent-ils sceller une réconciliation avec la Côte d’Ivoire ? Cette question appelle une réponse affirmative pour plusieurs raisons qui militent en faveur d’une paix dans la sous-région ouest africaine en proie à des crises multiformes dont celle liée à la menace terroriste.

L’Alliance des États du Sahel (AES) est une confédération créée en septembre 2023 (officialisée en juillet 2024) regroupant le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Née après des ruptures avec la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), cette organisation vise à assurer une défense collective contre le terrorisme, à promouvoir une intégration économique et à affirmer la souveraineté de ses membres. C’est ainsi que se présente la carte d’identité politique et diplomatique de l’AES. Une carte d’identité qui dévoile de bonnes intentions  mais qui bute sur une maxime importante de vie selon laquelle « nul ne peut vivre en autarcie ». Surtout en Afrique, de façon globale, et en Afrique de l’Ouest, en particulier, une zone qui fait face  à une menace terroriste et djihadiste de grande ampleur qui vise tous les pays.

La preuve récente est l’attaque,  dans la nuit du 28 au 29 janvier 2026, contre la base militaire aérienne 101 située sur le site de l’aéroport de Niamey (Niger). Une attaque revendiquée par l’organisation terroriste Etat islamique dans le Sahel. Une revendication qui a confondu le chef du pouvoir militaire à la tête du Niger, le général  Abdourahamane Tchiani qui avait accusé, à tort, la Côte d’Ivoire, le Benin et la France d’être derrière cette attaque. Au Mali, les attaques terroristes se poursuivent et visent à priver la capitale Bamako, de tout. De carburant et de nourriture. Visiblement, l’objectif des terroristes est de faire s’écrouler le régime militaire de transition du général Assimi Goîta. Même son de cloche au Burkina Faso où les attaques terroristes et djihadistes  répétitifs ont répandu l’insécurité à travers tout le pays. Au point où des milliers de populations ont fui les attaques terroristes pour se réfugiés majoritairement dans le nord de la Côte d’Ivoire.

Les accusations infondées du général Tchiani contre la Côte d’Ivoire, le Bénin et la France

 Le 13 mars 2016, la ville balnéaire de Grand-Bassam, à quelques encablures d’Abidjan, capitale économique ivoirienne, a été l’objet d’une attaque terroriste et djihadiste qui a fait 19 morts. Depuis ce drame, la Côte d’Ivoire a pris des mesures sécuritaires et socioéconomiques idoines pour éviter d’autres attaques. Parce qu’ils font face au péril terroriste et djihadiste comme la Côte d’Ivoire, les pays de l’AES devraient unir leurs forces avec celles du pouvoir du président Alassane Ouattara pour combattre efficacement ensemble le terrorisme. « Seul, on va vite mais ensemble, on va plus loin », dit l’adage. C’est en mutualisant leurs efforts que les pays de l’Afrique de l’Ouest pourront juguler grandement les menaces terroristes. D’où l’intérêt de a réconciliation entre Yamoussoukro, Ouagadougou, Bamako et Niamey.

La réconciliation entre la Côte d’Ivoire et les pays de l’AES s’impose également au regard des liens d’amitié et de fraternité historiques entre ces quatre pays. Des liens qui ont été forgé par les pères fondateurs que sont Félix Houphouët-Boigny (Côte d’Ivoire),  Hamani Diori (Niger), Modibo Kéita (Mali) et Maurice Yaméogo  (Haute Volta devenue Burkina Faso). Des liens diplomatiques et fraternels qui ont abouti, par exemple, à la naissance en 1959, d’une organisation de solidarité sous-régionale appelée Le Conseil de l’Entente. Qui comprend la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso, le Niger, le Benin et le Togo.

Des liens que le président de la République actuel  de Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara, s’efforce de sauvegarder et de renforcer.  Ses jeunes frères et homologues chefs d’Etat du Burkina Faso (Capitaine Ibrahim Traoré), du Mali (Général Assimi Goîta) et du Niger (Général Abdourahamane Tchiani) doivent également s’inscrire dans cette logique. Contrairement à ce que les fausses rumeurs colportées au sein des populations de l’AES racontent,  c’est le président Ouattara qui a défendu la cause des pays de l’AES afin qu’ils ne soient pas exposés aux sanctions  économiques drastiques dans le cadre de la CEDEAO. Pour arriver à la réconciliation tant espérée, il faut combattre les rumeurs et les fausses informations d’où qu’elles viennent.

Haro sur les fake news !

Autre raison fondamentale de la nécessaire réconciliation entre les pays de l’AES et la Côte d’Ivoire, ce sont les millions de ressortissants burkinabé, maliens et nigériens qui vivent en Côte d’Ivoire où ils jouissent de l’hospitalité du pays dirigé par le président Alassane Ouattara. Pays d’hospitalité et de fraternité, la Côte d’Ivoire est de très loin la nation la plus ouverte et la plus accueillante de l’Afrique de l’Ouest. Déstabiliser les pays de l’AES équivaudrait pour la Côte d’Ivoire de se tirer une balle dans le pied et de se faire hara-kiri. D’autant que Ouagadougou, Bamako et Niamey déstabilisés,  ce serait voir affluer beaucoup de populations de l’AS vers la Côte d’Ivoire. Et les autorités ivoiriennes s’en trouveraient débordées.

Le respect des ainés constitue une des valeurs cardinales du bon fonctionnement de la société africaine, qu’elle soit traditionnelle comme moderne. Le président de la République de Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara, étant l’aîné, il apparaît primordial que ses  frères cadets et même ses fis, pour certains d’entre eux, les chefs d’Etat du Burkina Faso, du Mali et du Niger, aient une attitude de respect à son égard. Qu’ils mettent de l’eau dans leur gnamakoudji (boisson ouest-africaine non alcoolisée faite de gingembre, ndlr) de la colère et des récriminations. Colère et récriminations qui peuvent être surmontées par tous au nom des millions des populations des quatre pays.

Un dossier réalisé par Didier Depry

Légende photo : Les chefs d’Etat des pays de l’AES. E gauce à droite : les généraux Assimi Goita (Mali), Abdourahamane Tchiani (Niger) et le capitane  Ibrahim Traoré (Burkina Faso).

 

 

 

 

 

 

 

 

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