De plus en plus de pays africains veulent tirer le bon parti de leurs ressources naturelles qui sont longtemps exploitées par les pays occidentaux sans aucun grand bénéfice pour les populations africaines. La prise de conscience semble venir des pays de la Confédération du Sahel (AES). Au Mali, alors que le cours de l’or ne cesse d’augmenter, les dirigeants exigent que les contrats soient renégociés. Au Burkina Faso, le code minier a fait l’objet d’une révision surprise. Enfin, au Niger, des permis d’exploitation de mines d’uranium ont été suspendus.
Les douze jours passés en détention, à Bamako, par le PDG de la société australienne Resolute Mining sonnent comme un avertissement pour les groupes miniers étrangers opérant au Mali et dans tout le Sahel. Le Britannique Terence Holohan et deux autres employés de la compagnie Resolute, qui exploite la mine d’or de Syama, dans le sud du Mali, ont été libérés mercredi 20 novembre 2024 après la conclusion d’un accord prévoyant le versement de 160 millions de dollars au gouvernement malien pour solder un différend financier. Fin septembre, plusieurs hauts cadres maliens de la major-canadienne Barrick Gold, également en litige avec les autorités du pays, avaient eux aussi séjourné plusieurs jours en prison.
Comme on peut le constater, des pays africains ont décidé de prendre résolument en main le destin de leur pays en matière de ressources naturelles. Fini désormais le pillage auquel se livraient les pays occidentaux ! Ces épisodes illustrent clairement la détermination de la junte au pouvoir à Bamako de tirer un meilleur profit des revenus de l’industrie minière. En 2023, le président de la transition, le général Assimi Goïta, a introduit une réforme du code minier permettant à l’Etat de prendre jusqu’à 30 % des parts dans les nouveaux projets et réduisant les avantages fiscaux des entreprises étrangères.
Le gouvernement exige que les contrats existants soient renégociés, quelles que soient les conventions passées avec les administrations précédentes. Une revendication exprimée sur fond de hausse continue des cours de l’or, dont le Mali est le troisième producteur africain et qui constitue 75 % de ses recettes d’exportation.
Au Niger, le général au pouvoir, Abdourahamane Tiani, est passé à l’acte. Conséquence du divorce entre Niamey et Paris, la société français de l’uranium Orano s’est vu arrachée le permis d’exploitation d’un des plus grands gisements d’uranium au monde, Imouraren. Le groupe français, qui a annoncé, fin octobre 2024, suspendre la production de sa filiale nigérienne, n’est cependant pas le seul ciblé. La junte nigérienne a aussi retiré au groupe canadien GoviEx son permis d’exploitation d’un important gisement d’uranium, près d’Arlit.
Dans les autres pays africains, le contexte apparaît aussi favorable à une recomposition progressive du paysage des investisseurs. Les entreprises occidentales ne devraient plus avoir le monopole des ressources naturelles africaines, elles feront désormais face à la concurrence et ce sont les pays africains qui décideront en toute souveraineté.
Par exemple, ce ne sont pas les juntes sahéliennes qui seules à remettre en cause les règles de fonctionnement jugées déséquilibrées. Au Sénégal, le président Bassirou Diomaye Faye a lancé en avril 2024, au lendemain de sa prestation de serment, un audit du secteur minier et pétrogazier. Un exercice qui, à l’en croire, pourrait conduire à une renégociation de certains contrats afin qu’ils bénéficient davantage aux populations sénégalaises. En Côte d’Ivoire également, le gouvernement a annoncé vouloir réformer son code minier. L’enjeu est d’augmenter les revenus et la valeur locale du secteur alors que ses nombreuses ressources (or, manganèse, lithium…) suscitent un intérêt accru des investisseurs.
Une contribution d’Adama Kéita
Citoyen malien vivant en Europe
Légende photo : L’uranium du Niger était longtemps exploité par les compagnies occidentales sans que le pays en tire un grand bénéfice.


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