Ouverte le jeudi 6 novembre dernier à la galerie d’art Houkami Guyzagn sise à Abidjan-Cocody, l’exposition collective « Les Maîtres de demain »- hommage à l’audace, à la persévérance et à la flamme créatrice- tire à sa fin, fermant ses portes le samedi 22 novembre 2025. Entre-temps, battant son plein, les œuvres sur les cimaises de l’antre de Thierry Dia, à la salle Mathilde Moreau et à la Terre promise spécifiquement, plongent le public dans l’univers artistique d’Abibatou Yaye Kéita.(Mali), Brignon Mimi Wilfried et Angélus Gamble de la Côte d’Ivoire. Cette nouvelle génération de créateurs illuminre le futur de l’art africain.
Qui sont ces « maîtres de demain » ?
Brignon Miimii Wilfried, après un parcours académique riche, obtient un Master 2 en peinture à l’École supérieure des Arts plastiques d’Architecture et de Design (ESAPAD) à Abidjan. Son parcours artistique débute après l’obtention du baccalauréat en 2016. Initialement orienté vers la communication et les ressources humaines, il choisit très vite de suivre sa véritable passion en intégrant l’École nationale des Beaux-Arts d’Abidjan.
Fils du critique d’art Auguste Errol Mimi, il développe une pratique singulière mêlant peinture, collage et recyclage. Ceci dans l’idée de redonner une seconde vie à un objet utilitaire qu’est l’affiche publicitaire, ou le papier journal. Artiste contemporain ivoiro-italien, Angelus Gamble, après des études en Italie, dans la région du Vénéto, où il a étudié le graphisme et la communication, parcourt le monde avec un cœur vaillant.
Ses influences incluant des artistes tels que Georges Condo, Francis Bacon. Gamble se concentre principalement sur son histoire personnelle et ses pensées intérieures, explorant des thèmes tels que l’amour, la passion et le chaos à travers son art, dévoilant un récit mélancolique. Avec des traits bruts et colorés évoquant une liberté d’expression créative, Angelus explore avec autrui son vécu dans un univers onirique à travers des scènes qui fleurissent dans son imaginaire.
Ayant choisi de se tourner vers la peinture pour surmonter sa dépression, Gamble se permet d’explorer ses émotions et ses pensées les plus profondes, l’aidant ainsi à faire face aux défis de sa vie. Visiblement, la peinture est devenue un moyen important pour lui de s’exprimer et de se reconnecter avec lui-même en mettant en scène son alter ego dans un univers fantastique.
« Mon approche étant basée sur la préservation des origines, j’interpelle également les femmes victimes de vitiligo, qui est une maladie qui se caractérise par l’apparition des taches blanches sur la peau, à ne pas céder à la dépigmentation volontaire dans un but réparateur », retient la native de Bamako au Mali, Abibatou Yaye Kéita. Fille d’un décorateur et calligraphe de métier, aux côtés duquel depuis enfant elle prit goût à faire des dessins et de la peinture à l’aide des pochoirs. Malgré un chemin au lycée qui semblait l’emmener tout droit vers une carrière de médecin, c’est finalement l’amour pour les arts plastiques qui l’emportera et elle sera admise en 2017 au concours d’entrée du Conservatoire des arts et métiers multimédia de Bamako d’où elle sort en 2020 avec une licence en arts plastique.
Membre fondatrice du collectif Sanou’Art, Yaye gagne ses premiers sous en coiffure. C’est ce talent en coiffure qu’elle va traduire en peinture pour créer des œuvres qui séduisent aussi bien par la matière en elle-même que par l’esthétique. Son travail plastique s’inspire de la richesse culturelle non seulement de son pays, mais aussi celle de tout le continent africain, à travers la coiffure traditionnelle, socle des us et coutumes.
Retour sur le vernissage de l’exposition « Les Maîtres de demain »
Dans sa mission d’aider, de positionner et de transmettre le flambeau, déjà en 2006 et 2007, la galerie Houkami Guyzagn posait un pari audacieux, celui de l’intuition : reconnaître dans la jeune garde des artistes prometteurs les « Maîtres de Demain ». Amakan, Soro Pehouet, Isidore Koff faisant partie de cette génération, étaient présents, le jeudi 6 novembre 2025, pour transmettre et témoigner de l’opportunité que leur avait offerte la galerie pour être aujourd’hui des artistes qui comptent dans le paysage de l’art contemporain en Côte d’Ivoire, voire au-delà.
Les exposants du jour ont, chacun à son tour, parlé de leur démarche artistique, des messages qu’ils véhiculent à travers leurs œuvres et de leurs attentes. Mais surtout de la préparation de cette exposition collective qui met en lumière, dans la continuité du concept les « Maîtres de demain », le trio Abibatou Yaye, Brignon Mimi et Angélus Gamble. Ce n’est pas juste une vitrine, mais un acte de prescription critique, une passation de flambeau, une consécration de parcours qui s’annoncent majeurs.
Il est important de relever que l’ex-directrice de l’Ecole nationale des Beaux-Arts d’Abidjan, Mathilde Moreau, a tenu, ce jeudi-là, à rendre hommage au critique Mimi Errol pour son don de soi et son implication à la structuration, la promotion et la vulgarisation des arts plastiques en Côte d’Ivoire.
Marcellin Boguy
Légende photo : Le plasticien Brignon Mimi (à l’extrême gauche) posant avec Mathilde Moreau, Lordiane Dia (directrice de la galerie Houkami Guyzagn) et son père, le critique d’art Mimi Errol.


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