Crise au PDCI-RDA – Maurice Kakou Guikahué : Non-dits et conséquences d’une démission

Le Parti démocratique de Côte d’Ivoire – Rassemblement démocratique africain (PDCI-RDA) traverse une nouvelle zone de turbulence. Au lendemain d’un congrès extraordinaire controversé tenu, le 14 mai 2025, le professeur Maurice Kakou Guikahué, figure emblématique de ce parti, a présenté sa démission de son poste de Conseiller politique auprès du président du PDCI-RDA, une charge qu’il assumait depuis seulement quatre mois.

Dans sa lettre de démission rendue publique, l’ancien Secrétaire exécutif en chef du  dénonce « des décisions majeures régulièrement prises au sein du Parti » sans qu’il ne soit « associé, consulté ou informé », évoquant notamment « la démission du Président du Parti » qu’il aurait découverte « dans la presse comme tout militant de base ». Le professeur Guikahué affirme que son « cursus politique et l’enseignement reçu au PDCI-RDA » ne lui permettent pas de « s’accommoder avec les méthodes actuelles de gouvernance », pointant du doigt « la tenue du 9ème congrès extraordinaire du 14 mai 2025, sans président ni bureau du congrès ».

 Un congrès sans président ni bureau

 Cette démission fracassante intervient dans un contexte politique particulièrement tendu pour le plus ancien parti de Côte d’Ivoire, fondé en 1946 par Félix Houphouët-Boigny, premier président de la République de Côte d’Ivoire. Après le décès d’Henri Konan Bédié, le 1er août 2023, qui présidait le parti depuis 1994, le PDCI-RDA peine à maintenir son unité et à définir une nouvelle direction claire. Le PDCI-RDA paraît aujourd’hui incapable de surmonter ses contradictions internes sans la figure tutélaire d’Henri Konan Bédié. Cette crise met en lumière les défis de succession dans les formations politiques africaines historiquement dominées par des personnalités charismatiques. Le vide laissé par la disparition de ces figures révèle souvent des faiblesses structurelles et des luttes de pouvoir latentes.

Malgré sa démission de son poste de conseiller, Maurice Kakou Guikahué a tenu à préciser qu’il demeurait « un militant convaincu du PDCI-RDA » et qu’il continuerait à participer « aux combats pour sa survie », qualifiant ledit parti d’ « âme de la Côte d’Ivoire ». Cette précision laisse présager de nouvelles tensions au sein de la formation politique fondée par feu Félix Houphouët-Boigny.

Faiblesses structurelles et luttes de pouvoir  à nu

 L’enjeu pour le PDCI-RDA est désormais de réinventer son modèle de gouvernance pour survivre à l’ère post-Bédié. La façon dont ce parti gérera cette transition sera déterminante pour son avenir. Dans un contexte sous-régional marqué par la fragilité des institutions démocratiques, l’évolution de cette crise interne au PDCI-RDA sera scrutée avec attention par les observateurs politiques. Elle pourrait constituer un cas d’école sur la capacité des partis politiques historiques africains à se renouveler et à transcender le leadership personnalisé qui a caractérisé leur fondation et leur évolution. La démission de Maurice Kakou Guikahué marque ainsi un nouveau chapitre dans l’histoire mouvementée du plus ancien parti politique de Côte d’Ivoire, dont l’issue reste aujourd’hui incertaine.

Robert Krassault

ciurbaine@yahoo.fr

Légende photo : Le nouveau président du PDCI-RDA, Tidjane Thiam, et son ancien conseiller politique, Maurice Kakou Guikahué.

 

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