Election présidentielle 2025 et avenir politique  –  Gbagbo lâche subtilement ses partisans-manifestants et annonce une décision grave pour le PPA-CI

«Je démissionnerai bientôt de la présidence du parti. Je prendrai du temps, pour moi-même, pour ma petite famille. Il y a des moments où il faut savoir arrêter certaines choses ». Ces propos sont de l’ancien président de la République, Laurent Gbagbo, président du Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI).Il les a tenus lors de l’interview qu’il a accordée au journaliste franco-camerounais Alain Foka de la télévision AFO Média et diffusée ce mercredi 22 octobre 2025.

Laurent Gbagbo annonce dans cette interview, sa décision de quitter la tête de sa formation politique mais également la scène politique ivoirienne. Il ne pourra plus se présenter à l’élection présidentielle de 2030 à l’âge de 85 ans. Agé de 80 ans en 2025 et candidat non retenu à la présidentielle d’octobre 2025 parce que condamné à 20 ans de prison par la Justice ivoirienne dans l’affaire dite du casse de la BCEAO, M. Gbagbo constitue avec feu M. Bédié, l’un des trois barons de la vie politique ivoirienne que la suppression de la limite d’âge à 75 ans dans la nouvelle Constitution de la 3e République votée en 2016 sous l’actuel président de la République, Alassane Ouattara, arrangeait y compris les autres. Ni Gbagbo ni Bédié n’avaient condamné cette disposition constitutionnelle. Henri Konan Bédié aurait même été candidat du PDCI-RDA à la présidentielle du 25 octobre 2025, s‘il ‘était pas mort.

Départ de Gbagbo et incertitude au PPACI

 Le départ définitif annoncée de Gbagbo de la tête du PPA-CI et sa renonciation à toute ambition présidentielle désormais  engendrera indubitablement deux situations à conséquences pénibles pour ses partisans. D’une part, ce sera la mort du « Gbagbo ou rien (GOR) », loin d’un slogan, ces trois mots sont devenus une raison d’existence politique pour la très large majorité des partisans de Gbagbo. Laurent Gbagbo parti, beaucoup d’entre eux s’en iront avec lui. D’autant que, et c’est cela, d’autre part, le PPA-CI vivra plus ouvertement la guerre de succession qui était jusque-là latente entre anciens du FPI et nouveaux pro-Gbagbo qui sont en vérité des pro-Nadiany Bamba Gbagbo.

S’agissant de l’élection présidentielle d’octobre 2025 qu’il avait perçue comme l‘ultime occasion pour lui de revenir  au pouvoir dans un schéma PDCI/PPA-CI comme en 2010, le schéma RDR/PDCI avait permis à Alassane Ouattara d’accéder à la magistrature suprême, Laurent Gbagbo n’a pas changé d’un iota sa position : il s’oppose à un deuxième mandat de la 3è République du président de la République , Alassane Ouattara. A 80 ans, n’étant plus physiquement le Gbagbo des années 90 de braises, il se garde de pousser loin le bouchon. Le consensuel Premier ministre Hamed Bakayoko n’étant plus de ce monde, qui sera le médiateur rassurant entre Ouattara et Gbagbo en cas de nouveau conflit ouvert entre ces deux personnalités ?

Le « oui mais » de Gbagbo

 D’où, à notre analyse, cette posture de « oui mais » de Laurent Gbagbo concernant ses partisans qui manifestent depuis quelques jours dans certaines localités du pays alors que des dizaines d’autres sont dans les liens de la détention. «  Ceux qui sont dans  la rue, je les soutiens. Ça il ne faut même pas qu’il y ait l’ombre d’un doute. Ceux qui manifestent conte ce braquage électoral, je les soutiens », soutient d’entrée Laurent Gbagbo, lors de l’interview télé. Avant de nuancer ses propos en ces termes : « Non, mais ceux qui descendent dans la rue pour protester contre cette manière d’envisager des élections, je les soutiens. Je suis avec eux ». Il répondait ainsi à la question-précision suggérée par le journaliste Alain Foka : « Mais vous ne les appelez pas, ils sont dans la rue ? »

Avec la non-candidature définitive de Laurent Gbagbo à l‘élection présidentielle et le dernier mandat d’Alassane Ouattara à la tête du pays, s’il est élu, le samedi 25 octobre 2025 ; l’année 2030 sonnera comme celle d’une page tournée afin qu’émerge une nouvelle génération de dirigeants pour la Cote d’Ivoire.

Didier Depry

Légende photo : L’ancien chef d’Etat ivoirien, Laurent Gbagbo, président du PPA-CI, lors de l’interview.

 

 

 

 

 

 

 

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