En exil depuis 2019 -Les visites « courageuses » de Soro aux régimes de Niamey et Ouagadougou

En exil depuis 2019 consécutivement à la dégradation profonde de ses relations avec le président de la République de Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara, l’ancien président de l’Assemblée nationale ivoirienne et ex-Premier ministre, Guillaume Soro , a annoncé officiellement, le dimanche 12 novembre 2023, qu’il met fin à son exil.

Va-t-il rentrer incessamment en Côte d’Ivoire ? Rien ne paraît sûr d’autant qu’il est condamné par contumace par la Justice ivoirienne à la prison à perpétuité pour « tentative d’atteinte à l’autorité de l’Etat et à l’intégrité du territoire national ». En clair, Guillaume Soro qui fait l’objet d’un mandat d’arrêt international, depuis le 23 décembre 2019, est accusé de vouloir renverser le président Alassane Ouattara.

Bien que les autorités ivoiriennes, comme l’affirmait récemment le ministre de la sécurité intérieure, le général Diomandé Vagondo, ne sont pas opposées au retour de Guillaume Soro, c’est peu probable que M. Soro, selon des sources concordantes proches de son mouvement politique, Générations et peuples solidaires (GPS), rentre maintenant à Abidjan.

Mais visiblement l’ancien président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire et ex-Premier ministre se rapproche d’Abidjan. Après avoir déposé ses valises à Niamey (Niger) où le lundi 13 novembre 2023, il a été reçu en audience par le président de la transition, le général de division Abdourahmane Tchiani entouré de deux de ses ministres les plus importants, le général Salifou Mody, ministre de la Défense et le général Mohamed Toumba, ministre de l’Intérieur, Guillaume Soro a effectué une visite à Ouagadougou, capitale du Burkina Faso. Il a été reçu en audience, le mardi 21 novembre 2023, par le président de la transition au Faso, le capitaine Ibrahim Traoré.

Dans un communiqué, la présidence du Burkina Faso mentionne ceci à propos de cette visite : « Guillaume Soro a déclaré que « c’est tellement saisissant de voir que je peux fouler, à nouveau, le sol du Burkina Faso, grâce à un gouvernement militaire, là où, les gouvernements prétendument démocratiquement élus ont refusé de reconnaître le droit du citoyen que je suis, du ouest-africain que je suis ». C’est pour cela, qu’il adresse ses mots de gratitude à l’endroit du peuple burkinabè ».

 Le communiqué du GPS signé du journaliste Touré Moussa, responsable de la communication de la formation politique, abonde dans le même sens en précisant que « M. Soro tient à exprimer sa profonde gratitude envers le peuple burkinabé, pour son hospitalité et sa gentillesse légendaires, qui continue d’incarner admirablement les valeurs d’intégrité et de dignité, fidèle en cela à sa réputation de terre d’asile pour tous les opprimés ».

Et le communiqué d’ajouter : « M. Soro réaffirme son soutien plein et entier à la lutte héroïque du peuple burkinabé pour le rétablissement de la sécurité sur l’ensemble de son territoire et affirme sa disponibilité à contribuer au renforcement des liens d’amitié et de fraternité entre les peuples du Burkina Faso et de la Côte d’Ivoire ».

 Cette visite de Guillaume Soro à Ouagadougou apparaît à la fois « courageuse » et sujette à plusieurs interrogations, à l’instar de celle effectuée à Niamey, d’autant que les régimes militaires du Burkina Faso et du Niger sont au ban de la communauté internationale. Ils sont frappés d’ostracisme au sein de la CEDEAO et l’Union africaine (UA). Par ailleurs, les relations bilatérales actuelles entre Abidjan et Ouagadougou ne sont pas reluisantes. En saluant la posture du général Tchiani et du capitaine Traoré, Guillaume Soro, ancien leader du puissant syndicat estudiantin ivoirien, la FESCI, démontre aux yeux de la communauté internationale qu’il demeure un révolutionnaire qu’il n’a jamais cessé d’être. Comment ce message de l’ancienne 2e et 3e personnalité de l’Etat de Côte d’Ivoire, pays important de l’espace CEDEAO, sera-t-il perçu par la communauté internationale ? L’avenir nous situera.

Didier Depry    

 

 

 

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