14 galeries prennent part, du 23 au 26 avril 2025, à la deuxième édition d’Abidjan Art Week dont la Nuit des galeries (tournée au pas de course dans toutes ces galeries) est très attendue. A l’occasion, chacune des galeries cooptées aura à présenter sa propre exposition.
En prélude à cet événement d’envergure, la direction de la galerie Houkami Guyzagn sise à Abidjan-Cocody a lancé, vendredi 11 avril dernier, l’exposition qu’elle présente dans ce cadre : « L’histoire continue… ». Une exposition de transmission qui rend hommage aux maîtres du mouvement Vohou Vohou que sont Youssouf Bath (1ère génération), Théodore Koukougnon (2ème génération) et Mathilde Moreau (3ème génération). Mais qui met aussi en avant dans une sorte de conversation avec leurs aînés, 3 jeunes plasticiens qui ont récemment exposé à Houkami Guyzagn : Gnohité, Alia 1er et Isidore Koffi dont le travail s’inspire de celui de leurs illustres devanciers.
Au cours de cette conférence de presse, le critique d’art Mimi Errol a présenté les enjeux de l’exposition hôte d’Abidjan Art Week 2025. En retenant que l’on aura 2 générations d’artistes plasticiens sur les tableaux et en revenant sur l’histoire du mouvement artistique Vohou Vohou. « Les Vohou Vohou sont des gens qui ont vraiment essaimé. Ils ont démontré que quand on se met ensemble, qu’on appartient à un groupe, on arrive à essaimer. Pour avoir osé se mettre en ensemble, les Vohou Vohou sont entrés dans notre histoire. Ils se sont mis ensemble pour regarder dans la même direction. Dans le monde, l’histoire retient que tous les artistes qui se sont mis ensemble ont toujours essaimé. Aujourd’hui, à travers l’exposition « L’histoire continue… », la galerie Houkami Guyzagn veut revenir sur l’histoire des maîtres du Vohou Vohou, relater leur parcours atypique. Dire aussi aux jeunes artistes que se mettre ensemble est toujours porteur, bénéfique dans la création », a-t-il fait savoir.
Tout en admettant que le Vohou Vohou a donné la Nation ivoirienne. « Ça a donné une spécificité à la culture ivoirienne. C’est pourquoi ce mouvement ne disparaîtra jamais. Il a une vision, une spécificité. C’était l’introspection sur la société africaine, le regard sur soi-même. Cette espèce de sursaut d’orgueil des Vohou Vohou doit être marquée en lettres d’or. Il y avait un besoin d’identité. Le Vohou Vohou est issu du grand mouvement d’authenticité, de quête de soi, de son identité qui s’est exprimé dans le monde dans la mode, la musique, les arts plastiques », est convaincu Mimi Errol.
Thierry Dia, fondateur du centre d’art Houkami Guyzagn, lui, dira que « l’engouement est terrible depuis qu’on a annoncé leur exposition à la galerie. Tout le monde est intéressé ». Et de préciser : « Pour nous, avec Abidjan Art Week, il est aussi question de montrer d’où on est partis pour arriver où nous sommes aujourd’hui. L’idée est, en outre, de mettre en avant la transmission. Il ne faut pas perdre cette transmission. Vous êtes encore en activité. Nous vous mettons alors ensemble pour que ces jeunes-là vous accompagnent. Ils ont exposé ici. Leurs œuvres seront exposées à votre exposition. Pour la galerie, c’est une occasion unique de vous rendre hommage et amener les jeunes artistes à comprendre qu’il leur faut s’approcher des anciens pour avoir une maturité. Car ils font beaucoup d’erreurs dans leurs toiles. C’est l’occasion de montrer des œuvres de facture. C’est ce que nous voulons que ces jeunes-lâ retiennent à travers cette exposition-hommage. Au total, cette exposition est une célébration de la transmission ».
Retour vers le passé
Youssouf Bath reviendra aux origines du Vohou Vohou avec les 3 personnages qui ont impacté le mouvement à ses débuts dont Serge Hélénon et Jacques Yankel. Théodore Koukougnon soutiendra qu’il faut la culture de quelqu’un pour parler d’un tableau. « Il faut avoir les moyens pour pouvoir déchiffrer ce qu’il y a dans le tableau. Raison pour laquelle ont été créées les écoles des Beaux-Arts », a-t-il relevé. Quant à Mathilde Moreau, « heureuse d’être au milieu de mes aînés qui ont tracé un chemin », elle reconnaîtra que ces derniers ont eu du cran. « Ils étaient au début. C’est ce qui nous a permis de croire. Et pour y arriver, il fallait des devanciers. Ils ont tracé un chemin. Ça a été difficile. Ils ont même été la risée de tous. Mais ils ont cru », a-t-elle affirmé. Puis d’indiquer que le Vohou Vohou est une peinture abstraite, mais ouverte. « Elle n’est pas figée. Il faut aller au-delà du tableau. Ça a été un combat. Je peux aujourd’hui dire que le Vohou Vohou est le dénominateur commun de la peinture ivoirienne. Après avoir passé 17 années à la tête de l’Ecole des Beaux-Arts d’Abidjan, je peux l’affirmer. Tous les étudiants s’en inspirent. Et on le ressent dans leurs tableaux. Je suis issue du Vohou Vohou ». L’exposition « L’histoire continue… » aura lieu du jeudi 17 avril au samedi 3 mai 2025. Et le vernissage est pour ce jeudi, à 19h.
Marcellin Boguy
Légende photo : Les trois maîtres du vohou vohou, les artistes-peintres Youssouf Bath, Mathilde Moreau et Théodore Koukougnon (de gauche à droite) ainsi que le critique d’art, Mimi Errol (à l’extrême droite) lors de la conférence de presse.


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