Monnaie ECO en 2027  –  Le pari risqué d’une CEDEAO à deux vitesses

Reporté depuis 2015, l’Eco a déjà connu tant d’échéances manquées que son nom seul suscite désormais autant de scepticisme que d’espoir. En officialisant, lors du sommet du lundi le 19 juillet 2026, une nouvelle date pour 2027, les chefs d’État de la CEDEAO ne prennent pas seulement un risque calendaire. Ils engagent la crédibilité même de l’institution régionale, en actant un changement de méthode aussi important que la date elle-même.
Fini le principe du « big bang » monétaire où les quinze pays membres devaient basculer ensemble et au même instant vers la monnaie unique. Désormais, seuls les États jugés prêts, ceux qui remplissent les critères de convergence macroéconomique, entreront dans l’union au démarrage. Les autres, franc CFA, naira, cedi ou dalasi encore en poche, rejoindront le mouvement plus tard, à leur rythme.

Un aveu d’échec habillé en stratégie ?

Ce basculement vers une intégration « à plusieurs vitesses » peut se lire de deux façons. La première, optimiste, y voit une preuve de pragmatisme après des années de reports liés au non-respect des critères de convergence par la quasi-totalité des pays membres. La CEDEAO choisirait enfin une voie réaliste plutôt que de s’accrocher à un objectif inatteignable dans son ensemble.
La seconde lecture, plus sévère, y voit un aveu implicite d’échec. Si l’union ne peut se faire qu’en morcelant le projet initial, c’est que l’intégration économique ouest-africaine, censée être le socle de toute monnaie commune, n’a pas progressé au rythme annoncé depuis la création du projet Eco. Une monnaie unique qui ne concernerait, dans un premier temps, qu’une poignée de pays interroge sur sa capacité réelle à peser face au dollar, à l’euro ou même au franc CFA qu’elle est censée remplacer.

Le risque d’une CEDEAO à deux blocs

Le principal danger de cette approche progressive n’est pas seulement économique, il est aussi politique. En créant de facto deux catégories de pays, ceux qui adoptent l’Eco et ceux qui restent sur leur monnaie nationale, la CEDEAO prend le risque d’accentuer les divergences plutôt que de les réduire. Les pays non éligibles pourraient se sentir relégués au second rang d’un projet censé les inclure tous, alors même que plusieurs d’entre eux, notamment les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) déjà sortis de la CEDEAO, ont pris leurs distances avec l’organisation.
Reste une question. Une Union monétaire à plusieurs vitesses règle-t-elle vraiment le problème de souveraineté monétaire ou ne fait-elle pas que reporter, pour certains pays seulement, la question du contrôle de leur politique monétaire ? Pour les partisans de la réforme, l’essentiel est d’enclencher enfin un processus concret, quitte à l’élargir progressivement. Pour ses détracteurs, un Eco à la carte ne serait qu’un franc CFA de plus, sous un autre nom, pour les pays qui n’auraient pas les moyens d’en sortir vraiment. Le récent sommet de la CEDEAO n’a donc pas mis fin au débat sur l’Eco. Il l’a simplement déplacé de la question du « quand ? » à celle, plus délicate, de « pour qui ? ».

Une analyse de Pascal Amari
Légende photo : Le Franc CFA devrait céder, à partir de 2027, la place progressivement à l’Eco, la nouvelle monnaie sous-régionale ouest-africaine.

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