L’artiste-chanteur et musicien Noël Dourey, membre du Bureau Politique (B.P) du Rassemblement des Houphouétistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP), parti au pouvoir en Côte d’Ivoire, lance un appel à la vigilance aux jeunes du pays après à la signature, le jeudi 19 juin 2025, d’un accord de « bataille politique commune » entre les deux partis leaders de l’opposition ivoirienne, le PDCI-RDA et le PPA-CI. Il a également adressé des messages personnels à l’ancien chef de l’Etat, Laurent Gbagbo, président du PPA-CI ainsi qu’à Tidjane Thiam, président du PDCI-RDA. Ci-dessous l’intégralité des propos de Noël Dourey diffusés, ce vendredi 20 juin 2025, sur les réseaux sociaux à travers une vidéo de 23 mn.
« ADO, notre boussole ! ADO, un coup K.O! (il présente un tee-shirt à l’effigie du président de la République, président du RHDP). Donc votre problème, c’est de vous mettre ensemble pour prendre le pouvoir. C’est ça votre ambition ? Parce que depuis la nuit des temps, on nous apprend que le pouvoir ne se donne pas, on l’arrache. Et en fait quand on était ensemble, c’est pour arracher le pouvoir à ADO. C’est ça votre ambition ? Ce ne sont pas par les urnes. Mais vous donnez des exemples, Mali, Niger et Burkina Faso. C’est ainsi que vous voulez prendre le pouvoir. Vous ne l’aurez pas. Aujourd’hui, la Côte d’Ivoire est un pays qui séduit par ses performances et son comportement. La Côte d’Ivoire ne sera pas un pays en guerre. Alassane Ouattara est un homme exceptionnel et il faut le lui reconnaître. Si ce n’était pas Alassane Ouattara, vous avez des pays qui ont fait la guerre avant nous, où en sont-ils aujourd’hui ? Ils ne peuvent même pas décoller.
La Côte d’Ivoire aspire à être un modèle pour tous les autres pays de la sous-région. La Côte d’Ivoire est un pays où on parle de croissance, de développement. Vous-là, vous ne pouvez même pas trouver quelqu’un qui va nous faire revenir en arrière. Ce n’est pas possible. La seule voie qui s’offre à vous, c’est la voie des urnes. Mais comme vous n’avez pas de papiers, vous êtes des sans-papiers, comme vous êtes des briseurs de foyer, des briseurs de banque, ça vous rattrape toujours. Vous ne pouvez pas prendre part à la compétition. Vous en tant qu’individus, vous ne pouvez pas. Mais vos partis politiques, qui ont des représentants au sein de la Commission électorale indépendante (CEI), qui ont des représentants à l’Assemblée nationale, des représentants à la tête des mairies, à la tête des régions, peuvent se présenter. Mais c’est la faute à personne si vous n’avez pas renouveler votre personnel politique. Vous avez peur. C’est avec fébrilité que vous n’arrivez même pas à désigner quelqu’un pour vous succéder, pour vous remplacer. Vous qui dites aimer la Côte d’Ivoire. Alors moi, je vous dire pourquoi personne ne va vous suivre.
« La Côte d’Ivoire ne sera pas un pays en guerre(…) La seule voie qui s’offre à vous, c’est la voie des urnes »
Je vais commencer d’abord par le plus âgé d’entre vous. Grand frère Laurent, tu ne peux pas être un exemple de cohésion. Ce n’est pas possible. Dans ta famille, la femme avec laquelle tu as passé toutes les années de braises, je dis bien toutes les années de braises ; devant le monde entier, puisque la scène de ton arrivée au pays (le 17 juin 2021, ndlr) a été filmée et retransmise à travers le monde entier ; tu l’as gbê (chassé en nouchi, l’argot ivoirien, ndlr) comme le diraient les jeunes gens. C’est une humiliation. Mais comme c’est une femme forte, elle a été certes blessée mais avec le sourire a accepté. Tu étais chrétien évangélique, tu as quitté pour devenir aujourd’hui chrétien catholique. Il n’y a pas de cohérence au niveau de tes choix. Personne ne va t’écouter. Grand frère, tu as dit et tu as annoncé que tu vas te bagarrer. Je ne sais pas pourquoi. Quel est l’acte qui peut te pousser à vouloir te bagarrer ? Quel cet acte ? On t’a versé ce à quoi tu avais droit, on te met dans les conditions d’un ancien chef d’Etat. La Justice dit simplement que tu ne peux pas participer à la compétition, ce qui est vrai.
Alors vouloir être président ou vouloir être candidat à l’élection présidentielle, c’est cela qui fait que tu veux faire la bagarre et tu veux que tout le monde t’accompagne pour faire la bagarre ? Grand frère, où tu es là, tu peux faire la bagarre ? Tu peux ? A un moment donné, il faut se dire : « Mon temps est passé ». Même si le temps passé ne revient plus. Ce n’est pas avec toi que le temps passé va revenir. Le temps est passé. Tu es à l’abri du besoin. Tu as tes rentes, tu as ceci, tu as cela. Dis-moi, tu te bats pour qui ? Pour ton orgueil ? Pour un affront peut-être qui t’a été fait que tu veux laver ? Dans le sang ? Non, grand ! Tu vaux mieux que ça. Tu vaux beaucoup mieux que ça. Il faut sortir de là. Il faut vraiment sortir de là. Moi-même, qui suis ton jeune frère, je ne vais pas te laisser aller te bagarrer. Parce que pour la Côte d’Ivoire et pour Gagnoa particulièrement, tu représentes un symbole. Un Bété a été président de la République à travers toi. Pour ça là, je ne vais pas te laisser aller te bagarrer.
« Non, grand frère ! Tu vaux mieux que ça. Tu vaux beaucoup mieux que ça. Il faut sortir de là »
Tu vois et je vais terminer sur ça ; on a appris, il y a quelques années (dans les années 1990, ndlr) que tu avais fait un grave accident de la circulation, je crois que c’était vers N’Douci ou Tiassalé. Henri Konan Bédié, qui était au pouvoir, avait dépêché un hélicoptère pour vous transporter à l’hôpital, à la PISAM, à Abidjan. Tu étais avec ton épouse légitime, Mme Simone Ehivet Gbagbo. Vous avez été soignés et vous êtes guéris. Mais vous n’avez pas condamné le coup d’Etat militaire de 1999. Vous n’avez pas fait le retour d’ascenseur. Vous avez plutôt, surtout toi tu as plutôt cherché à aller du côté de Libreville (Gabon), chose que tu ne déments jamais. Tu es descendu en avion à Bouaké, ce que tu ne déments pas. Et tu es venu par la route. Tu as été accueilli à Yopougon-Gesco. Tu aurais pu au moins dire : « Celui-là il m’a sauvé de la mort, je ne peux pas faire ça ». Non, tu n’en a rien à cirer. Je dis ça pour que ceux qui sont avec toi et qui ont les larges sourires mais qui ne vont jamais t’accompagner dans la rue comprennent au moins qui est leur partenaire.
Maintenant je vais m’adresser à monsieur Thiam. Est-ce que vous connaissez bien la Maison du PDCI-RDA ? C’est-à-dire les murs qui entourent le siège du PDCI-RDA. C’est vrai que vous avez un bureau mais est-ce que vous connaissez la Maison ? Si vous ne connaissez pas, je vais vous le dire. Il y a un mur qui jouxte un grand maquis-restaurant. J’ai escaladé ce mur en pleine crise en 2010. Des jeunes gens m’ont aidé à escaladé ce mur. Une voiture m’attendait et j’ai pu m’enfuir. Parce que des miliciens qui logeaient à la Cité Rouge (une cité universitaire d’Abidjan) étaient à mes trousses. Ils tentaient d’investir la cour de la Maison du PDCI-RDA pour me tuer. Des miliciens de Gbagbo. Ces miliciens criaient : « On veut voir et prendre celui qui a mis la pancarte : Les artistes soutiennent le RHDP ». Ce sont des jeunes gens venus d’Abobo à bord de mini-cars gbakas qui ont fait fuir ces miliciens de Gbagbo. Si tu connais bien l’histoire du PDCI-RDA, président Thiam ; je ne sais même pas si je dois t’appeler président.
« Jeunes de Côte d’Ivoire, ne vous laissez pas distraire ! »
Tu dois comprendre qu’au siège du PDCI-RDA qui était aussi celui du RHDP, deux jeunes gens ont été tués. Le RHDP, c’était l’UDPCI, le MFA, le PDCI-RDA et le RDR. Ces quatre partis politiques se sont accordé qu’en cas de deuxième tour à l’élection présidentielle de 2010, celui qui est mieux placé aura le soutien de tous les autres. Pour honorer le président Henri Konan Bédié, celui qui était venu en tête pour le second tour a choisi de faire de la Maison du PDCI-RDA, son siège. Le siège du RHDP. Le FPI était l’adversaire du RHDP. Ils sont venus tuer, brûler deux jeunes gens de Cocody au siège du RHDP. C’est vrai que la politique, ce sont des compromissions, des mauvaises fois respectives, la boulimie du pouvoir. Mais ça n’ôte tout de même pas la conscience. Ça ne nous rend pas insensible, avec un cœur de pierre. La politique, c’est le souvenir. On doit se souvenir qu’à un moment donné de notre existence, voilà ce que nous avons vécu. Ne pas l’évoquer, monsieur Thiam, est une faute. Aujourd’hui en France, votre ancien pays, on parle des enfants qui ont été déportés dans les chambres à gaz et la France se souvient. Vous, il faut que vous arriviez à vous souvenir. Souvenez-vous de ce qui s’est passé au PDCI-RDA ! Pour que les enfants que vous appelez à sortir puissent se dire : « Voilà ceux qui ont subi la loi des miliciens de Gbagbo, on les honore. Nous, si nous nous engageons, on est convaincu qu’on va nous honorer». Si ce n’est pas ça, aucun jeune militant du PDCI-RDA ne te suivra. Ce n’est pas possible.
Moi, je vois les jeunes tous les jours. Et pas uniquement les jeunes du PDCI-RDA. Je les vois partout. Il m’arrive parfois d’intervenir pour certains qui ont des concours à passer. Aujourd’hui avec le président Alassane Ouattara, les jeunes ont la chance de leur vie. Il y a l’Agence Emploi Jeune qui leur donne des perspectives, il y a l’école de la deuxième chance qui leur donne des perspectives. Il y a l’ouverture à tous les concours qui leur donne des perspectives. La joie qu’ils ont aujourd’hui, c’est de ne pas être prisonniers de la « sorbonne » (agora populaire sous Gbagbo, ndlr). La joie qu’ils éprouvent aujourd’hui, c’est celle de pouvoir fonder des familles. De pouvoir vivre dignement, avec dignité et fierté.
« Le PDCI-RDA et le PPA-CI ne doivent être pris en otages par des personnes aux egos surdimensionnés »
Jeunes de Côte d’Ivoire, ne vous laissez pas distraire ! Ils ont signé, ce sont eux qui ont signé, pas vous. Si jamais ils veulent sortir, mettez-les devant, ils vont ouvrir les marches. Vos parents ont trop pleuré. Pour certains, les larmes de leurs corps sont finies. Ils n’ont plus de larmes pour pleurer. Vos proches, vos fiancées ont trop pleuré. Evitez de les faire encore pleurer. N’écoutez pas ces kpaflotteurs (menteurs, vendeurs d’illusions ndlr) ! La vie, pour vous, est devant. Et le meilleur reste à venir pour vous. Le ministre d’Etat, SEM. Téné Birahima Ouattara, m’a rassuré, les élections en Côte d’Ivoire vont très bien se passer. Nous aurons des élections propres. Des élections apaisées. J’encourage et je félicite ceux qui font acte de candidature. Ni le PDCI-RDA, ni le PPA-CI ne doivent être pris en otages par des personnes aux egos surdimensionnés »
Propos recueillis par Ferdinand N’Guessan
Légende photo : L’artiste-chanteur Noël Dourey, membre du Bureau Politique du RHDP, ambassadeur du RHDP.


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