Noël Dourey (RHDP) : « En politique, on ne pleurniche pas »

Dans une vidéo diffusée récemment sur les réseaux sociaux,  l’artiste-musicien Noël Dourey, membre du Bureau politique du Rassemblement des Houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP), parti au pouvoir en Côte d’Ivoire, et ambassadeur du RHDP, parle de nouveau du président du PDCI-RDA, Tidjane Thiam, ainsi que de l’élection présidentielle d’octobre 2025. Il appelle les Ivoiriens à la paix et à la retenue. Il estime également que le président du PDCI-RDA n’est pas comparable au président de la République, Alassane Ouattara.

  « J’ai lu dans la presse que des chefs de l’Etat jouaient les bons offices pour rapprocher le chef de l’Etat, S.E Alassane Ouattara  et M. Tidjane Thiam.  J’ai lu dans les commentaires des journalistes les arguments qui étaient qu’ils avaient le même profil  et qu’il était bon qu’avec ce profil-là ils puissent donc se parler. Vous savez, en politique, on ne pleurniche pas. On ne dit pas, oui, je veux qu’il me reçoive, je fais tout pour qu’il me reçoive, il ne me reçoit pas donc je tempête etc. Il peut gérer son agenda au sein du PDCI-RDA mais il ne peut pas gérer l’agenda du président de la République.  Donc on encourage toutes les initiatives, tout est bien mais celui qui fait la demande devrait avoir, à mon sens, une attitude plus convenante, plus correcte. Ce n’est pas en disant que les autres ont violé la Constitution qu’on pourrait être reçu. Ce n’est pas ainsi que ça se passe.

Alors, des profils ? Je voudrais en parler. Déjà de grandes écoles, c’est vrai.  Mais souvenons-nous qu’Houphouët-Boigny a été président des Français, même un jour, n’a pas fait les grandes écoles d’outre-mer comme on les appelait à l’époque, pour siéger de manière sereine et sérieuse  au milieu des Français. Donc une grande école qu’on a faite ne garantit pas tout.  Une grande école qu’on aurait faite ne garantit pas tout. Par contre l’exercice, la pratique et l’expertise sont des choses qui peuvent jouer en faveur de l’un ou de l’autre.  C’est ça qu’il faut retenir.  Le président Alassane Ouattara, le faiseur du deuxième miracle ivoirien, a une histoire. En 1989, nous sommes tous contemporains de notre histoire, de cette histoire, la Côte d’Ivoire allait vers la banqueroute ; je dis bien vers la banqueroute, en cessation de paiement. Quand le président Houphouët-Boigny, après avoir essayé des solutions,  est allé le chercher là où il était. Je vais m’arrêter sur Houphouët-Boigny parce que vous savez, nous en  Côte d’Ivoire, je prends le cas de mes parents, ils ont pensé qu’Houphouët-Boigny était immortel, il était comme Dieu.

« Celui qui fait la demande devrait avoir une attitude plus convenante, plus correcte »

Parce qu’’Houphouët-Boigny, durant toute sa vie , a marqué les esprits par des actions fortes mais aussi par le travail de développement.  Il a impulsé la Côte d’Ivoire. Il avait des formules que lui empruntait même le monde entier. La Côte d’Ivoire repose sur l’agriculture. D’autres ont fait le choix  de privilégier le sport. On a vu la Guinée rayonner avec le Syli national, le Bembeya jazz pour la musique. On a vu le Ghana rayonner avec les Black Stars. Mais Houphouët-Boigny a choisi de développer et il s’est appuyé sur l’agriculture. Houphouët-Boigny a arrangé les paysans. Après s’être battu pour leur reconnaissance à travers le syndicat agricole africain. Houphouët-Boigny s’est battu contre l’esclavage. Houphouët-Boigny a fait partir, pendant la colonisation,  des enfants ivoiriens  en France pour leurs études. On a appelé ça « L’aventure 46». Donc pour nos parents, Houphouët-Boigny est un homme infaillible et immortel. Et c’est ce Houphouët-Boigny qui a dit : Je vous envoie quelqu’un. Je fais venir quelqu’un pour sauver notre pays.

Si Houphouët-Boigny lui-même, le génie ; celui que le président De Gaulle appelait « le cerveau politique de premier ordre ». Si Houphouët-Boigny lui-même est allé chercher Alassane Ouattara pour dire : « Viens me sauver! ». Très peu d’Ivoiriens peuvent dire qu’Alassane Ouattara a échoué.  Je ne parle pas des politiciens mais je parle des citoyens ivoiriens ordinaires. Très peu peuvent le dire. Parce que c’est grâce à  son intelligence et la qualité de son travail qu’il est passé  de président du comité interministériel à Premier ministre. Il a été le premier et le seul Premier ministre d’Houphouët-Boigny pendant trois ans. Donc quand on parle de parcours similaires, je dis non.

 « Donc quand on parle de parcours similaires, je dis non »

 Il n’y a pas de parcours similaires. Il y a un qui est venu pour une mission : sauver le pays, redresser le pays. C’est à cause de lui que la Fonction publique naguère laxiste – les gens venaient au travail quand ils voulaient-  il a décidé de sanctionner tous ceux qui ne venaient pas au travail. Il y a même  des ministres qui en ont fait les frais.  Donc on l’appelle pour sauver la Côte d’Ivoire. Mais Thiam qui l’appelle pour sauver  la Côte d’Ivoire ? Qui ? D’abord, il veut être candidat à l’élection présidentielle de 2025 sans parti politique. Parce que la présidence du PDCI-RDA lui est contestée et le mal au PDCI-RDA, permettez-moi de le dire, c’est la communication. Elle ne passe pas.  On dit une chose le matin, on se dédit le soir et le lendemain matin, c’est un autre son de cloche. On ne peut pas faire de la politique en bri (brigandage, dans l’argot ivoirien, ndlr).Ce n’est pas possible. Donc déjà voilà un premier point  qu’on peut soulever comme parcours.

C‘est vrai que les deux sont allés dans des instances internationales. Mais dans l’article de presse que j’ai lu, sous le président français Emmanuel Macron, Thiam a dirigé un groupe d’experts pour réfléchir  sur la problématique de  développement en Asie ou je ne sais quoi. Au FMI, le président Ouattara, en tant que DGA, réfléchissait à l’ensemble du monde pour apporter sa technicité, son expertise. Voilà le deuxième point. Le troisième point. Quels sont les résultats ? Alassane Ouattara n’a pas été blâmé au FMI.  Il s’est mis en retrait pour être conforme aux lois de son pays. D’abord, la résidence et puis les documents qu’il fallait avoir.  Il s’est donc mis en congé pour venir aider son pays. L’autre, ce n’est pas la même chose. Quel a été le bilan de l’autre ?  A Prudential et au Crédit Suisse.   Ce ne sont pas les mêmes parcours.  Ils ont tous les deux fait de grandes études, ça c’est vrai mais ça s’arrête là. C’est pourquoi je dis qu’il faut toujours comparer ce qui est comparable.

« On ne peut pas faire de la politique en bri »

Au RHDP, personne n’a peur de la candidature de monsieur Tidjane Thiam.  Mais nous disons, en tant que citoyen ivoirien (pas en tant que militant) que les lois de notre pays soient respectées. C’est tout ce que nous voulons.  S’il est libéré  de son allégeance française, c’est bien. Mais la loi française dit que même si tu es libéré, tous les actes antérieurs que tu as posés ne sont pas proscrits. Ça veut que si tu as postulé à la présidence du PDCI-RDA en tant que Français, ce n’est rétroactif. On ne dit pas parce que tu as été libéré de ton allégeance alors tout ce que tu as fait avant est effacé. Non.

C’est pourquoi au PDCI-RDA, il y a un groupe de personnes  respectueuses des lois qui dit qu’il faut annuler tous les actes. Il faut même annuler l’élection du président du PDCI-RDA tenue en 2023. Maintenant s’il est Ivoirien, une nouvelle élection est organisée pour être président et rentrer dans le schéma. Parce que j’entends des « papos », que ce soit au PDCI-RDA ou au PPA-CI, inscrivez les noms. Si vous n’inscrivez pas les noms, les élections ne se feront pas. Quand la liste provisoire sera publiée le 17 mars 2025 (elle a été fait aujourd’hui, ndlr), il va s’ouvrir après le contentieux. Tout cela, ce sont des choses que nous suivons tous. Mais sans menace.

« Au RHDP, personne n’a peur de la candidature de monsieur Tidjane Thiam »

Je me souviens qu’en 2010, devant l’insistance des partis politiques et du parti au pouvoir qui demandaient une prorogation de l’enrôlement, il y eu des bagarres. Parce qu’il s’est passé quoi ? Ceux  qui voulaient la prorogation étaient là et ils empêchaient ceux pour qui c’était important d’aller se faire enrôler. Ça a créé de la bagarre. Il ne faut pas insister sur une révision de la liste électorale pour faire passer  les délais selon la loi de l’élection présidentielle. Il ne faut pas faire ça. Et la CEI n’est pas dupe.  Elle fait son travail. Une CEI, pour être crédible, doit se donner les arguments. On a vu en 2000 comment la commission électorale s’est comportée. Elle n’a pas pu consolider les résultats au point où un candidat s’est autoproclamé vainqueur. On a commencé à diffuser les résultats alors qu’il y a un qui était déjà installé. On préparait son investiture et on donnait en même temps les résultats du scrutin.  Moi j’ai pensé, et c’est cela la logique, quand on a fini de donner tous les résultats, qu’on sait qui a gagné et qu’on dit : voilà comment ça va se passer.

Moi j’appelle toujours à la retenue et à la paix. Je suis contre toute forme de violence.  Les gens aujourd’hui brandissent la menace. En 2020, il y a eu mort d’homme. Qu’on a même attribué au RHDP. Les enquêtes ont révélé que ce n’était pas vrai.  Que ce n’était pas le RHDP.  Vous connaissez le président  Ouattara. Il aime la paix. Il a brièvement arrêté les instigateurs au sein du CN. D’autres ont tenté de fuir mais il n’a rien dit. 2025-là SVP épargnez les vies en Côte d’Ivoire en allant dans les menaces, en disant : Il faut qu’on soit candidats. Un parti politique, s’il se prépare pour la prise du pouvoir doit forcément avoir des cadres. On a vu au Sénégal  avec  Ousmane Sonko qui a été empêché,  dans son parti, quelqu’un d’autre est devenu président de la République.  Si l’Afrique a applaudi ça, ce n’est pas la Côte d’Ivoire qui ne peut pas avoir la même démarche ».

Propos retranscrits par Nedson Djinsou

Légende photo : L’artiste-musicien Noël Dourey, membre du Bureau politique du Rassemblement des Houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP), parti au pouvoir en Côte d’Ivoire, et ambassadeur du RHDP,

 

 

 

 

 

 

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