« Cabale contre Thiam : un présage de sa victoire présidentielle. Radié hier de la liste électorale, Thiam bientôt Président ». Ce sont les deux titres que Dr Parfait Kouacou, PhD, Ivoirien ayant également la nationalité américaine, enseignant-chercheur à Drexel University (États-Unis) et Vice-président de l’Institut de Recherche de la Diaspora Ivoirienne, a donné à sa tribune ci-dessous portant sur la radiation du président du PDCI-RDA, Tidjane Thiam, de la liste électorale à six mois de l’élection présidentielle d’octobre 2025. A noter que Tidjane Thiam est le candidat de son parti au scrutin présidentiel.
Le 22 avril 2025, en radiant Tidjane Thiam des listes électorales, le tribunal de première instance d’Abidjan n’a pas rendu une simple décision judiciaire , il a signé un acte politique majeur, lourd de conséquences. Officiellement justifiée par une interprétation contestable du droit de la nationalité, cette manœuvre révèle, en réalité, l’une des tentatives d’éviction les plus désespérées de notre histoire récente. À quelques mois de l’élection présidentielle, l’exclusion de l’ancien PDG du Crédit Suisse, candidat investi par le PDCI-RDA, rejoue paradoxalement un scénario désormais inévitable : Thiam sera bel et bien le prochain Président de la République.
Dans un contexte où plusieurs figures majeures de l’opposition — Laurent Gbagbo, Charles Blé Goudé, Guillaume Soro — ont déjà été écartées par diverses manœuvres judiciaires ou administratives, l’affaire Thiam s’inscrit dans une stratégie délibérée de verrouillage du processus électoral. L’objectif est clair : neutraliser toute candidature crédible et garantir une élection sans véritable concurrence.
Une citoyenneté indiscutable, une exclusion politique manifeste
Les faits sont limpides. Né à Abidjan d’un père français naturalisé ivoirien et d’une mère issue de la lignée des Houphouët-Boigny, Tidjane Thiam incarne une citoyenneté ivoirienne pleinement établie. Ancien ministre fidèle à son pays, il a renoncé à sa nationalité française dès janvier 2025, conformément aux exigences électorales. Son parcours international, son intégrité et sa distance vis-à-vis des rivalités locales font de lui une figure de rassemblement et de renouveau. Ce leader représente la fierté Africaine dans la finance mondiale.
Pourtant, la justice ivoirienne, manifestement instrumentalisée, s’est appuyée sur l’article 48 du Code de la nationalité pour le radier de la liste électorale au motif que Thiam, devenu adulte, aurait volontairement acquis une autre nationalité — une lecture pour le moins contestable. En réalité, tous les documents versés au dossier attestent qu’il est né franco-ivoirien, comme de nombreux autres citoyens et n’est pas sujet à cet article 48, du reste tombé en désuétude.
L’examen du cas de Jean-Louis Billon, également membre du PDCI-RDA et dans une situation comparable, renforce cette impression de manipulation : Billon a obtenu son décret de renonciation à la nationalité française, le 7 mars 2025, Thiam le 29 mars. Et pourtant, seul Thiam est visé par le régime d’Abidjan. Cette sélectivité grossière ne laisse aucun doute sur la motivation politique de l’affaire.
Poussée à l’extrême, cette interprétation disqualifierait des milliers d’électeurs de la diaspora ainsi que certains hauts responsables du RHDP, eux-mêmes. L’État ivoirien expose ainsi sa crédibilité nationale et internationale à une érosion inquiétante. Plus grave encore, la Commission électorale indépendante (CEI) avait officiellement clos le contentieux électoral, le 5 avril 2025. La décision de radier Tidjane Thiam, le 22 avril, constitue donc une action manifestement hors délai. Dans un État de droit, un tel acte serait sans effet, considérant que la CEI s’est toujours attachée à l’application rigoureuse du Code électoral et au respect des délais prescrits pour les réclamations et contentieux électoraux. La précipitation du juge témoigne de la nervosité d’un pouvoir qui perd progressivement la confiance publique.
Un coût politique majeur
En tentant d’écarter Tidjane Thiam par des moyens aussi flagrants, le régime actuel s’expose à une perte irréversible de légitimité, alors même que la Côte d’Ivoire dépend largement des financements extérieurs. Comment convaincre les bailleurs internationaux du respect de l’État de droit lorsque la justice apparaît clairement instrumentalisée à des fins politiques ?
Face à cette dérive, l’opposition a fait preuve d’une maturité politique remarquable. L’ancien président Laurent Gbagbo, figure emblématique du combat démocratique, a publiquement apporté son soutien au PDCI-RDA, défendant avec force les principes fondamentaux de la démocratie. Ce geste rappelle qu’en 2010 déjà, c’est encore lui qui avait assumé ses responsabilités en autorisant, par décret présidentiel, la candidature d’Alassane Ouattara, au nom du principe de pluralité.
Confronté aujourd’hui à un front uni de l’opposition, résolument engagé dans la défense de l’intégrité du processus électoral, le régime d’Abidjan se trouve acculé à respecter l’État de droit. Si, en surface, les sourires affichés au sein du Rassemblement des Houphouetistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP) au pouvoir, masquent encore la réalité, l’incapacité du pouvoir à survivre politiquement à l’élimination de Thiam est devenue le cauchemar qui hante désormais les nuits de ses dirigeants. Le véritable tigre ne proclame pas sa tigritude: il avance en silence. Et ce silence est celui qui précède l’assaut.
Une dynamique historique irréversible
L’histoire politique ivoirienne est rassurante pour Thiam : chaque tentative d’exclusion a nourri la montée en puissance de l’opposition et précipité l’alternance. Aujourd’hui, l’affaire Thiam agit comme un puissant catalyseur. Elle place le glaive entre les mains de l’opposition pour abattre un régime ostensiblement autocratique, en réveillant une opposition longtemps morcelée et l’oblige à se rassembler autour d’une cause commune : la défense de la démocratie, de l’État de droit et de l’avenir de la nation.
Face à un pouvoir retranché derrière la force, une contestation fondée sur l’aspiration populaire se lève. Cette asymétrie ouvre un boulevard vers une alternance démocratique. Car on ne s’acharne pas contre un adversaire insignifiant. C’est précisément parce que Tidjane Thiam incarne une menace sérieuse pour les privilèges établi qu’il fait l’objet d’une telle cabale. Mais loin de l’affaiblir, cette exclusion l’a propulsé au rang de symbole d’un renouveau politique, bien au-delà de nos frontières. À travers lui, c’est désormais toute l’opposition unie qui entrevoit une victoire possible. Plus encore que celle de Thiam seul, c’est la victoire du peuple ivoirien et de tous ceux qui croient encore aux valeurs de justice, de liberté et de dignité.
Parfait Kouacou, PhD
Professeur à Drexel University (États-Unis)
Vice-président de l’Institut de Recherche de la Diaspora Ivoirienne
Légende photo : Parfait Kouacou, PhD, Professeur à Drexel University (États-Unis) et Vice-président de l’Institut de Recherche de la Diaspora Ivoirienne.


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