Vernissage « D’ici et d’ailleurs » à Houkami Guyzagn – Aboli Kann, artiste-plasticien : « Cette exposition est mon histoire »

Sur les 29 toiles qu’il propose pour son exposition individuelle intitulée « D’ici et d’ailleurs » à la galerie Houkami Guyzagn sise à Abidjan-Cocody, ouverte jeudi 22 mai dernier, 20 sont déjà réservées. Et cette exposition ferme ses portes le 7 juin 2025. Comme pour dire que l’artiste-plasticien Aboli Kann possède une écriture et une démarche artistique qui plaisent et qui interrogent tant par le message véhiculé que par la palette (les couleurs chaudes) de ses toiles qui fait sa spécificité.

Au cours du vernissage de cette rencontre picturale qui permet au petit-fils d’Aboli (Aboli Kann, en baoulé) de marquer son retour sur le devant de la scène, jeudi 22 mai, l’artiste n’a pas manqué de remercier le nombreux public venu prendre part à l’événement. « Dans mon atelier où je suis seul, je sens vos regards. Vos regards se trouvent dans mes mains », a-t-il fait savoir au public. Et d’ajouter : « C’est mon cœur qui est en train de vous parler parce que c’est le sens d’une expression du cœur à cœur. C’est vrai que je suis le peintre, mais vos regards me guident. Ce sont vos regards qui guident ma peinture. Parce que nous puisons dans un patrimoine commun. Peut-être que vous n’avez pas la teinte, mais vos regards sont les miens ».

« Vos regards guident ma peinture »

 Par ailleurs, il fera savoir que l’exposition « D’ici et d’ailleurs » est son histoire. « Ici, c’est mon ancrage, ce sont mes couleurs, c’est ma mémoire, c’est ma dévotion, c’est ce que je suis. Ce sont les couleurs que mes parents m’ont données pour aller vers le monde. Et ailleurs, c’est ce qui me transforme. C’est ce qui me fait évoluer. C’est ce qui me donne la force d’aller de l’avant », a-t-il précisé.

Pour le directeur des Arts plastiques et visuels au ministère de la Culture et de la Francophonie, Henri N’Koumo, « Aboli Kann fait partie de ceux qui trichent en matière de langage; qui donnent l’impression de ne pas savoir parler; qui donnent l’impression de ne pas vouloir parler, mais qui disent des choses excellentes. Comme, par exemple, il dit que nos regards se trouvent dans ses mains. Ça résume la qualité du poète. Même si, il faut le dire, c’est un très grand peintre. Et il est toujours bon pour un artiste d’entrer dans son art, de questionner son propre travail, d’avoir des mots sur son travail, de pouvoir offrir son travail à l’écoute des personnes qui sont là pour voir le travail aussi bien par les yeux que par les mots ».

Pluie d’hommages à Aboli Kann

Parrain de l’exposition, l’avocat Alexandre Kouadio a raconté l’histoire qui le lie à Aboli Kann. « Aboli Kann est un artiste multidimensionnel. Vous apprécierez ses tableaux, les couleurs, les lignes, les formes. Et tout cela constitue Aboli Kann », a-t-il indiqué.

Il y a 15 ans, précisément en 2010, le praticien du droit a eu à acheter un tableau d’Aboli Kann qu’il a gardé précieusement à son bureau et qui a aujourd’hui, selon lui, une valeur sentimentale. « Ce tableau, « La femme au marché », est mon essence. Il est accroché à mon cabinet. Je le garde avec jalousie et, chaque matin, je le regarde », a-t-il révélé. Tout en précisant : « Ce qui m’a frappé dans cette œuvre, ce sont les formes et l’identité qu’on peut trouver dans ces formes. Pour moi, ce tableau a été comme un coup de poing parce que j’ai vu dans cette toile ce que je fais dans ma vie. Je suis avocat. Je parle au nom de mon client. Je parle aux autres qui sont en face de moi. Je peux parler à la femme au marché. Je peux parler aux avocats. Je peux parler au procureur, parler également aux juges, parler aux rois, parler aux pauvres, aux indigents ».

 Le témoignage d’un Avocat, client de l’artiste

 Quant au commissaire général de toutes les expositions d’arts plastiques à Houkami Guyzagn, le critique d’art Mimi Errol, il dira que l’histoire entre Aboli Kann et la galerie Houkami Guyzagn remonte à l’exposition collective « Une mère et un regard » au cours de laquelle « Aboli Kann a su nous guider vers la femme africaine qui porte en son sein la vie. Après, il a fait une exposition personnelle, « Au cœur de la cité », où il parlait de la ville africaine qu’on peut détester, qu’on peut critiquer. Mais lui a vu des couleurs vivantes et beaucoup d’objets qu’on peut appeler Nzassa. Parce que, comme le tisserand, c’est plusieurs fils qui font la nasse. Donc il y a le bon, l’ivraie… Mais, à la fin, il y a quelque chose de cohérent. Ensuite, Niangoran Porquet, le grioticien, lui a donné la possibilité de partager sa scène. C’est-à-dire faire sortir ses tableaux où on voit des niches, des répartitions dans son travail à travers lequel on retrouve plusieurs scènes comme si c’était quelque chose de théâtral, une mise en scène. Et donc Aboli Kann est, on peut dire, autodidacte. Mais s’il le dit, je pense que c’est faux. Parce qu’il a fait l’atelier Camille Kouakou qui est un des maîtres naïfs avec Augustin Kassi. Aboli Kann évoque aussi le grand Niangoran Porquet avec sa griotique. Depuis le temps qu’il est entré dans cette galerie, Aboli Kann est vraiment un artiste avec nous. Il est sincère; il est respectueux de cette espèce de relation que nous avons avec lui, de galerie à artiste. Parce que lui donne la matière première à notre centre et nous lui offrons de la visibilité », a relaté Mimi Errol.

Il est bon de noter que les œuvres d’Aboli Kann, le temps de son exposition personnelle à Houkami Guyzagn, figurent en bonne place dans la salle Mathilde Moreau et à l’espace « La Terre promise ». Aussi une fresque murale de l’artiste est bien visible à la salle Mathilde Moreau.

Marcellin Boguy

 Légende photo : L’artiste-plasticien Aboli Kann debout devant l’une de ses toiles. 

 

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