Arts plastiques / Vernissage de l’exposition « Bénédiction ancestrale » à la galerie Houkami Guyzagn  –   Le peintre RNSTO replonge les visiteurs sur la quintessence des réalités sociétales primaires africaines

Le plasticien béninois RNSTO présente 30 toiles à l’occasion de son actuelle et nouvelle exposition baptisée « Bénédiction ancestrale » à la galerie Houkami Guyzagn sise à Abidjan-Cocody.  Le vernissage de cette exposition qui court du 11 au 30 juin 2026 a eu lieu le jeudi 11 juin devant du beau monde composé, entre autres, d’artistes, de collectionneurs, d’amoureux de l’art, d’étudiants et du grand public. Le financier Pacôme Zahabi est le parrain de cette rencontre artistique.

A l’occasion du vernissage de son exposition à Abidjan, l’artiste en activité depuis 4 décennies n’a pas manqué de faire savoir aux invités présents que « ​voir ce bel espace se remplir de vos visages, de vos regards et de votre énergie est la plus belle récompense que je pouvais espérer ».

Pour lui, ​la peinture est souvent une aventure solitaire. « Ce sont des mois de doutes, de remises en question, de temps passé dans l’atelier face à une toile blanche à chercher la bonne couleur, le juste équilibre des teintes. Ces œuvres sont une part intime de mon monde, nées d’une émotion particulière », a-t-il indiqué. Et de poursuivre : « Mais, aujourd’hui, dans cet espace, mon travail d’artiste s’arrête. Ces toiles ne m’appartiennent plus vraiment; elles sont désormais entre vos mains et surtout dans vos yeux. Dès cet instant, je m’efface pour ne pas vous imposer une grille de lecture ou influencer votre sensibilité. L’art ne prend son véritable sens que lorsqu’il rencontre son public. Je vous invite donc à déambuler librement, à vous laisser surprendre, à vous interroger et, je l’espère, à vivre une émotion, votre émotion ».

Invitant le public à s’imprégner de sa thématique et à se délecter de ses toiles, il terminera son propos de fort belle manière : « Quant à vous, cher public amoureux de l’art, merci pour votre présence et votre curiosité. Votre présence ce soir, en nombre et en qualité, donne tout son sens à mon travail. Je vous invite à présent à entrer en dialogue avec ces œuvres. Laissez-vous entraîner par cette bénédiction ancestrale. Partagez un verre, échangez ! Et moi, je serai ravi de discuter avec vous ».

Avant, le commissaire de l’exposition, le critique d’art Mimi Errol, dira être vraiment heureux de retrouver RNSTO. « Parce que c’est quelqu’un qui est dynamique dans sa volonté d’exprimer son art. Et ça m’a vraiment fait plaisir de participer à ce montage… », a-t-il affirmé. Avant de souligner que, dans le travail de RNSTO, il y a un aspect théorique. « On sent la terre, on sent le ciel. Les deux dimensions à la fois. Et dans la couleur, dans la texture, c’est vraiment quelqu’un qui est plongé dans ce qu’on trouve dans notre ancestralité qui est la relation avec la divinité. Il y a des gens qui ont une spiritualité plus ou moins avancée. Et je crois que ça a été vraiment un plaisir de monter cette exposition et de discuter, de voir ce qui se passe. On peut voir dans ses œuvres-là quelque chose de céleste. Avec des têtes levées vers le ciel. Il faut vraiment habiter ses œuvres, essayer de comprendre le sens profond de ce qu’il veut donner pour pouvoir, peut-être, prendre l’ascenseur avec lui pour aller dans des sphères supérieures de la réflexion. Il suffit de pouvoir regarder avec un peu d’acuité ses couleurs, ses formes, le traitement de son travail pour comprendre que l’artiste est accompli. Vraiment, c’est un peintre abouti et il serait très intéressant de pouvoir garder en mémoire ou acquérir ses œuvres-là parce que RNSTO sera là pas aujourd’hui seulement; il sera là demain et il sera là après-demain », est convaincu.

« Ton travail me guérit; chacune de tes pièces me touche »

Il est revenu au parrain de l’exposition, Pacôme Zahabi, de clore la série des allocutions. « Si je suis là, c’est parce que je veux m’échapper de ce métier (le secteur de la finance). Je veux avoir le droit de vivre et je choisis de me mettre dans ces environnements. Parce que c’est dans ces environnements qu’on rencontre les plus belles personnes. Ces environnements où on en appelle à notre sensibilité, on en appelle à notre sincérité, à notre simplicité; où on est forcé de rien, parce qu’aucun de vous ici n’est forcé de quoi que ce soit. Quand quelqu’un acquiert une toile, il n’acquiert pas quelque chose dont il a besoin au sens des besoins vitaux. Une toile ne se mange pas. ​Donc, en le faisant, il touche à une autre dimension, qui, finalement, est la dimension qui nous différencie de la bête, ​même si parfois, par certains comportements humains, on préfère rendre hommage à la bête », a-t-il d’entrée relevé.

Puis de soutenir qu’il aime évidemment les fruits puissants du travail du peintre. « Je le respecte et lui garantis mon soutien, car il manifeste tout ce qui m’attire dans cet écosystème des arts. RNSTO pratique un sacerdoce artistique d’une inclination spirituelle pure, qui repose au moins sur quatre piliers de la création : authenticité, abnégation, humilité et maturité. Je remercie Thierry (Dia, promoteur de la galerie hôte), qui m’avait fait découvrir ce monsieur il y a presque 17 ans, via deux toiles », s’est réjoui Pacôme Zahabi. Qui a reconnu que Thierry Dia lui a présenté ces deux toiles. « Je les ai acquises à la galerie. Ces toiles ont apaisé mon âme et mon esprit dans mes heures torrides d’un travail oppressant et d’une vie privée tumultueuse. Elles étaient les seules accrochées dans mon bureau, au sein d’un des plus grands groupes bancaires et d’assurance d’Afrique de l’Ouest. ​Et je pense que j’étais la personne plus élevée dans la hiérarchie, ce qui, malheureusement, faisait peur à certaines personnes d’approcher ce bureau. Mais ce que ces personnes ne savaient pas, c’est que moi-même, j’avais peur et que, pour rassurer mes peurs et pour me rassurer, j’avais les toiles de quelqu’un que je ne connaissais pas personnellement et qui a su, à travers son travail, toucher mon âme. Et quand j’ai quitté cette société, évidemment, je suis parti avec mes toiles. Et, cette fois-ci, je les ai exposées dans mon temple privé à la maison. Parce que toute personne doit avoir un intérieur qui lui appartient, même dans l’intérieur familial. Au lieu d’aller chercher cette paix et ce repos hors de la maison, il faut pouvoir s’aménager quelque chose. Et j’étais encore avec ces toiles. L’esprit inspirateur de ces toiles avait trouvé un lieu de repos et de dialogue franc avec moi et en moi », a-t-il révélé.

A l’en croire, « au-delà du rapport mercantile entre un artiste et son collectionneur, au-delà aussi du rapport insidieusement dominateur entre le mécène et l’artiste sponsorisé, c’est une histoire d’amitié fraternelle qui était née. Une amitié fraternelle dont j’avoue être le premier bénéficiaire. Non pas pour la valeur vénale de la collection que j’ai bâtie avec lui, mais, je l’affirme, je le proclame, RNSTO, mon doyen : merci.​ Ton travail me guérit. Chacune de tes pièces me touche. J’ai l’avidité de celui aime et qui veut posséder. Mais le respect que je m’impose et le respect que tu imposes font qu’au lieu de posséder ce que tu as, je préfère t’accompagner pour le présenter au monde. Parce que le monde le mérite. Merci à toi, merci à toi, Doyen. Merci RNSTO ».

A l’entame de ce vernissage, il est revenu à la directrice de la galerie, Lordiane Dia, de planter le décor, en présentant l’exposant, son exposition et son travail.  L’exposition « Bénédiction ancestrale » marque les 40 ans d’activité de RNSTO qui invite les Africains à renouer avec leurs racines et à garder vivante la mémoire de leurs peuples. Pendant ces 40 années de pratique, le plasticien a passé son temps à peintre l’Afrique, la spiritualité et la diversité. Il aime à dire : « Je maltraite la toile ». Ses pièces, dans le cadre de sa présente exposition, sont visibles dans la salle Mathilde Moreau et à l’espace La Terre promise de la galerie Houkami Guyzagn.

Marcellin Boguy 

 

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