« Présidentielle en Côte d’Ivoire : les sécurocrates d’Alassane Ouattara en ordre de bataille ». Tel est l’intitulé du portrait ci-dessous de présentation des personnalités civiles et militaires engagées auprès du président de la République de Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara dit ADO, pour la sécurisation de l’élection présidentielle du 25 octobre 2025. Cet article bien documenté a été publié par l’hebdomadaire panafricain « Jeune Afrique » sur son site d’informations.
Alors que l’élection d’octobre approche à grands pas, et dans le but d’éviter à tout prix de nouvelles violences, le chef de l’État a mis en place avec ses hauts gradés et ministres un plan de sécurisation du scrutin. Voici ceux qui orchestrent cette stratégie de l’ombre.
À l’approche de la présidentielle d’octobre, le chef de l’État ivoirien Alassane Ouattara, qui n’a pas encore annoncé s’il comptait briguer un quatrième mandat, mobilise ses hommes depuis plusieurs mois afin de garantir un scrutin calme et apaisé. En décembre 2024, il avait exigé que le plan de sécurisation du scrutin soit prêt à partir de janvier dernier. L’objectif est d’éviter à tout prix que les troubles post-électoraux ne se reproduisent, alors que la radiation de certains des principaux opposants, Laurent Gbagbo, Tidjane Thiam, Guillaume Soro et Charles Blé Goudé, laisse craindre de nouvelles montées de tension. En 2020, les violences avaient fait 85 morts et 484 blessés en trois mois, selon un bilan officiel. Au sein du Conseil national de sécurité (CNS) qu’Alassane Ouattara préside, ses fidèles parmi les fidèles se réunissent régulièrement afin d’élaborer la stratégie sécuritaire du pays au palais présidentiel d’Abidjan-Plateau.
- Fidèle Sarassoro
Cet ancien fonctionnaire des Nations unies en Afrique centrale est le directeur de cabinet de la présidence, mais aussi le secrétaire exécutif du Conseil national de sécurité (CNS), la superstructure qui pense et coordonne la stratégie nationale de défense. Fidèle Sarassoro a intégré le cabinet présidentiel en 2015 grâce à Amadou Gon Coulibaly, alors secrétaire général de la présidence. Depuis, il a gravi les échelons pour devenir l’un des plus proches collaborateurs d’Alassane Ouattara, qui lui confie les missions délicates. Pour préparer son tête-à-tête du 16 juillet 2025 au palais de l’Élysée avec son homologue Emmanuel Macron, ADO l’avait envoyé en amont à Paris et lui avait transmis tous les dossiers à l’ordre du jour de cet entretien.
- Téné Birahima Ouattara
Frère cadet d’Alassane Ouattara, Téné Birahima Ouattara, ministre d’État, ministre de la Défense depuis 2021, est de ceux qui ont façonné l’actuel environnement sécuritaire du pays. Déjà en sa qualité de ministre chargé des Affaires présidentielles, il avait un droit de regard sur ces questions cruciales. Il a instauré un mode de gouvernance participative au sein des grands commandements, permettant ainsi aux généraux et aux officiers de lui formuler des propositions pour améliorer le fonctionnement des procédures et pour faire respecter la discipline. Téné Birahima Ouattara communique également directement avec les troupes et les militaires du rang. Au retour de l’ancien président Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire en juin 2021, des soldats avaient tenté de faire une descente sur sa résidence mais le ministre, qui en avait été informé, s’était entretenu avec les concernés afin de les en dissuader.
- Diomandé Vagondo
Diplômé de l’École normale supérieure (ENS) et de l’École des forces armées, le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité connaît Alassane Ouattara depuis les années 90, lorsque ce dernier était encore Premier ministre. Pompier militaire de formation (il a dirigé le Groupement des sapeurs-pompiers militaires), le général Diomandé Vagondo fut d’ailleurs son aide de camp du 16 février 1991 jusqu’à la mort de Félix Houphouët-Boigny, en décembre 1993. À son arrivée au pouvoir en 2011, ADO l’a nommé commandant du Groupement de sécurité présidentiel (GSPR) puis, deux ans plus tard, en a fait son chef d’état-major particulier. Devenu ministre en septembre 2019, il fut en première ligne de la gestion de l’épidémie de Covid-19 ou encore de la sécurisation de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) en 2024.
- Lassina Doumbia
Général de corps d’armée, Lassina Doumbia est devenu chef d’état-major général des armées en décembre 2018, à la suite du départ à la retraite de son prédécesseur, le général Sékou Touré. Il fut chef d’état-major adjoint et commandant des forces spéciales de l’armée ivoirienne créées avec le soutien de la France, des États-Unis et du Maroc. Très apprécié par les troupes, cet ancien préfet militaire de Toulepleu (il avait été nommé par Laurent Gbagbo durant la rébellion) est parvenu à restaurer la discipline au sein de l’armée. Malgré les nombreuses réformes visant à les rationaliser et à les professionnaliser, les effectifs des forces de défense restent stables, avec des recrutements périodiques.
- Youssouf Kouyaté
Youssouf Kouyaté est le plus ancien des patrons du système sécuritaire d’Alassane Ouattara. Ce général, nommé fin décembre 2016, a pris ses fonctions en janvier de l’année suivante. Depuis, Youssouf Kouyaté s’est efforcé de redorer le blason des policiers ivoiriens. Il a professionnalisé l’institution et a mis en place de nouvelles unités pour créer plus de proximité avec les Ivoiriens. Par ailleurs, la police ne recourt plus à la force autrefois jugée trop brutale pour mener ses opérations de maintien de l’ordre.
- Alexandre Apalo Touré
Après avoir succédé au général Nicolas Kouakou en décembre 2018, le général Alexandre Apalo Touré est le troisième commandant supérieur de la gendarmerie, depuis qu’Alassane Ouattara, dont il est l’un des fidèles, est au pouvoir. Soldat de rang avant d’intégrer la gendarmerie au début de la décennie 1980, et d’en gravir tous les échelons, il est aujourd’hui à la tête de plus de 20 000 hommes dans tout le pays. Il s’est notamment illustré en octobre 2020, pendant les violences électorales qui ont fait plusieurs dizaines de morts, en se rendant sur le terrain pour convaincre les Ivoiriens de ne pas céder à la violence. Alassane Ouattara l’a prolongé plusieurs fois dans ses fonctions, en dépit du fait qu’il puisse faire valoir ses droits à la retraite.
- Aly Badara Bassanté
Le général Aly Badara Bassanté est le commandant des unités spécialisées de la gendarmerie nationale. À ce titre, il dirige toutes les forces d’élite et d’intervention de la gendarmerie du pays, laquelle bénéficie d’une force navale, également placée sous son commandement. En 2022, le CNS a autorisé la création de ces forces spéciales, qui se sont déployées dans toutes les grandes villes afin de contrer la menace terroriste. Cet expert international en matière de lutte contre le terrorisme multiplie les séjours à l’étranger pour participer à des échanges avec ses homologues.
- Ibrahim Gon Coulibaly
Cet officier général de la gendarmerie est, depuis septembre 2019, le commandant du GSPR et, à ce titre, il a sous ses ordres plus d’un millier d’hommes, issus de toutes les forces armées (gendarmes, militaires et policiers). Ibrahim Gon Coulibaly est un homme discret et peu disert, jamais loin du président. Il est l’un des frères cadets d’Amadou Gon Coulibaly, le défunt Premier ministre. Il a connu l’exil au Mali pendant la crise politico-militaire, au cours des années 2000.
- Vassiriki Traoré
Vassiriki Traoré est le coordinateur national du renseignement (CNR), basé à la présidence. Auparavant, il a dirigé la Direction des services extérieurs (DSE), un poste auquel il avait été nommé lorsqu’Amadou Coulibaly dit « Am’s » a été nommé ministre de la Communication, des Médias et de la Francophonie, dans le gouvernement de Patrick Achi. Une réforme a ensuite été menée pour mutualiser les efforts de tous les services laquelle a abouti à la création du CNR. Avant son arrivée à la présidence, Vassiriki Traoré faisait carrière dans l’administration en tant que préfet de la ville septentrionale de Ferkessédougou, le chef-lieu de la région du Tchologo, le fief natal des Ouattara. Il doit son ascension dans l’appareil sécuritaire du pays à Téné Birahima Ouattara, dont il est très proche.
- Bakary Diarrassouba
Le général de gendarmerie Bakary Diarrassouba fut pendant longtemps l’aide de camp d’Alassane Ouattara, dont il est aujourd’hui le chef d’état-major particulier. Ce natif de Tiémé (nord-ouest de la Côte d’Ivoire) a, entre autres, sous sa responsabilité le contrôle des survols, par des avions privés, du pays.
- Chérif Ousmane
Ce natif de la ville de Danané, dans l’extrême-ouest du pays, est depuis décembre 2023 le chef d’état-major de l’armée de terre, dont la base principale est à Akouédo, à l’est d’Abidjan. Il fut une figure reconnue de l’ex-rébellion de septembre 2002 portée par l’ancien Premier ministre aujourd’hui en exil, Guillaume Soro. Ce militaire a été recruté au cours des années 1990 au sein de la Force d’intervention rapide para-commando (Firpac), à l’origine du coup d’État contre Henri Konan Bédié en décembre 1999 et aujourd’hui dissoute. Cet ancien « comzone » (surnom donné aux chefs militaires de l’ancienne rébellion des Forces nouvelles) fait lui aussi partie des fidèles du chef de l’État, auprès de qui il a servi comme commandant en second du GSPR à partir de 2011, après la « bataille d’Abidjan » qui s’est déroulée lors de la grave crise postélectorale.
- Tibé Bi Lopua Toussaint
Le colonel Tibé Bi Lopua Toussaint a succédé au général Lassina Doumbia à la tête des forces spéciales de l’armée, sur recommandation de ce dernier. Depuis leur création au début de la décennie 2010, les forces spéciales sont très vite montées en puissance, passant d’une centaine d’hommes à un millier. En première ligne dans la lutte contre le terrorisme, elles patrouillent dans les grandes villes du pays mais n’interviennent pas dans les opérations classiques. La géographie de leur déploiement sur la zone d’opération spéciale militaire, autour des grands axes frontaliers du pays, reste secrète.
Source : Jeune Afrique
NB : La titraille et le chapeau sont du site indépendant d’informations générales « Le Monde Actuel ».
Légende photo : Le président de la République de Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara, veut offrir aux Ivoiriens et tous ceux vivant dans le pays, une élection présidentielle sans violence en 2025, totalement différente de celle de 2020.


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