L’artiste-chanteur et musicien Noël Dourey, cadre du Rassemblement des Houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) et membre du Bureau politique du parti au pouvoir en Côte d’Ivoire, se prononce sur l’actualité politique, notamment le meeting de l’ancien chef d’Etat, Laurent Gbagbo, président du PPA-CI, qui s’est tenu à Yopougon, le samedi 16 août 2025 ainsi que la décision du PDCI-RDA de boycotter les futures élections législatives. Dans une récente vidéo de plus de 12 minutes diffusée sur les réseaux sociaux, sans langue de bois, il a dit ses vérités. Ci-dessous l’intégralité de ses propos.
« J’aimerais avant tout vous souhaiter une très belle fête de l’Assomption, une belle célébration qui a vu la Vierge Marie monter au ciel pour sa gloire. En tout cas que la Vierge Marie continue d’intercéder pour notre pays, la Côte d’Ivoire. Je voudrais commenter les différentes sorties du PPA-CI, je ne dirais pas du PDCI-RDA parce que le PDCI-RDA s’est retrouvé pieds et mains liés dans le PPA-CI qui n’a qu’un seul mot à la bouche : « On va installer Gbagbo ». C’était à la marche dans le petit réduit-là c’est-à-dire qu’ils marchent entre les maisons. Les Thiamistes et le PDCI-RDA étaient là, mais on n’en a même pas fait cas. Ils sont venus comme de simples badauds, des suiveurs. Ils n’ont pas été entendus. Et tous marchaient pour Laurent Gbagbo.
Ça c’est le premier constat. Mais c’est un constat triste. Triste parce que la CAP-CI avec Simone Gbagbo, Charles Blé Goudé et bien d’autres avait pratiquement déroulé le tapis rouge au PDCI-RDA. Mais comme c’est un parti qui part aujourd’hui à vau-l’eau donc ils n’ont plus de repères. Et avec Tidjane Thiam, je sais que le PDCI-RDA va disparaître sauf si les militants eux-mêmes prennent leurs responsabilités pour dire : « Holà, c’est fini ! ».
« Le PDCI-RDA, un parti qui part aujourd’hui à vau-l’eau »
Voilà un parti politique qui a dirigé la Côte d’Ivoire pendant environ 40 ans et qui se trouve aujourd’hui à boycotter les élections législatives. J’avoue que j’ai mal parce que l’Assemblée nationale (l’hémicycle) représente un endroit où on examine les lois, on vote les lois et où on prend les grandes décisions. C’est un lieu où on interroge les ministres, les différents corps de métier afin que les populations qui mettent les députés là où il faut, aient des nouvelles, de bonnes nouvelles. Malheureusement, le PDCI-RDA a décidé après une réunion, de ne pas présenter de candidats aux législatives. C’est son droit. Mais c’est le choix de monsieur Thiam, ce n’est pas le choix de la majorité du PDCI-RDA parce qu’on les rencontre et ils disent, eux, pas question de boycotter les élections.
Mais comment voulez-vous que des parties entières de la Côte d’Ivoire soient écartées ; premièrement, du processus démocratique mais deuxièmement, ne fassent pas entendre leurs voix, leurs préoccupations ? C’est difficile et j’avoue que c’est totalement malheureux, le culte de la personnalité. Thiam vient s’imposer au PDCI-RDA et avec des idées qui ne sont même pas importantes, des idées rétrogrades. C’est au PDCI-RDA de voir cette situation.
« Thiam vient s’imposer au PDCI-RDA avec des idées rétrogrades »
L’autre aspect de mon analyse, c’est le meeting du président Laurent Gbagbo. Le président Gbagbo a compris les vrais enjeux importants pour notre pays c’est-à-dire la stabilité, la paix et le développement. C’est vrai qu’il est dans son rôle de tribun, d’harangueur de foule mais il ne peut pas donner de mot d’ordre. De casse, de chienlit. Il ne peut pas, en tout cas, dire des choses qui vont à l’encontre des intérêts de notre pays. Pour deux raisons. La première raison, c’est qu’il est ancien chef d’Etat donc, il comprend les difficultés qu’on peut avoir à maîtriser des foules surtout quand on leur passe un message de défiance. Jusque-là, en tout cas, il ne l’a pas fait. Au contraire, il a ramené ses partisans à l’ordre en leur disant qu’il ne veut pas des propos du genre « on va installer Gbagbo, le petit mossi doit partir ». C’est un désaveu pour les faucons de son parti. En tout cas, il est en train de monter patte blanche.
Ce que certaines personnes comprennent difficilement mais qu’elles doivent accepter, c’est que Laurent Gbagbo a fait sa vie. Il dit : « Si je ne jette pas ma dernière force dans la bataille, la Côte d’Ivoire de demain, vous n’y serai pas ». Et c’est vrai. Ça veut dire que lui, ex-député, ancien chef d’Etat, il a donné ce qu’il avait à donner. Mais aujourd’hui, qu’est-ce qu’il peut faire pour ramener les gens dans le jeu démocratique ? C’est difficile. Donc, c’est un désespéré qui parle à d’autres qui ne prennent pas conscience qu’ils ont leur propre avenir à construire. Et c’est un message clair qu’il a lancé. Que retenir de tout ça ? Que l’opposition fonctionne, la démocratie est en marche. Et ça, c’est au mérite du président Alassane Ouattara. Qui fait respecter la Côte d’Ivoire hors de nos frontières mais qui donne aux Ivoiriens, la force de pouvoir s’exprimer.
« Le président Gbagbo a désavoué les faucons de son parti, il est en train de monter patte blanche »
Même quand le président Gbagbo dit que c’est Emmanuel Macron qui a donné sa caution pour la candidature en vue du second mandat de la 3e République, je préfère ne pas m’attarder dessus parce que nous avons vu en 2001 (Noêl Dourey publie une caricature de Gbagbo remettant 2 milliards de FCFA à Chirac pour financer la campagne du président français à la présidentielle de 2001, ndlr). Ce que je voudrais dire et qui me paraît important, c’est le respect des minorités. C’est ainsi qu’une démocratie fonctionne. Le RHDP, parti majoritaire, respecte les minorités qui peuvent parler et dire ce qu’elles veulent. Mais elles ne vont pas au-delà.
Je suis heureux que le président Gbagbo n’ait pas insisté sur son inscription sur la liste électorale. Aujourd’hui, il parle de deux, trois, quatre mandats et je suis fier qu’il ait dit : « Tu as bien travaillé ». Même s’il ajoute : « C’est pas ça qui m’intéresse ».Mais, nous, c’est ce qui nous intéresse. Nous, les Ivoiriens, c’est cela qui nous intéresse. De toutes les façons, tout le monde sait que ce n’est pas un quatrième mandat. Tous les Ivoiriens le savent. Le président Ouattara est à féliciter pour tout ce qu’il fait pour donner à la Côte d’Ivoire, un autre visage. Un visage de démocratie participative vivante. Donc c’est ça qu’il faut également retenir ».
Propos retranscrits par Nedson Djinsou
Légende photo : L’artiste-chanteur et musicien Noël Dourey, cadre du Rassemblement des Houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), ambassadeur du RHDP.


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