Paccolo (Gagnoa) – Des postes à péage sur les pistes rurales : Une solution au développement locale ?

La jeunesse du canton Paccolo a reçu le président du Conseil régional, Joachim Djédjé Bagnon, lors d’une journée d’hommage organisée en son honneur à Guiguia, le 15 janvier 2025. Cet événement, marqué par la reconnaissance des efforts du Conseil régional, a également été l’occasion de soumettre des doléances urgentes concernant l’état déplorable des routes du canton. Edgard Goulihi, secrétaire général du canton Paccolo, a prononcé un discours poignant dans lequel il a exprimé les préoccupations de la population locale, notamment les infrastructures routières, qui sont aujourd’hui le désastre qui freine le développement.

« La route, la route, la route », tels furent les mots répétés par Edgard Goulihi pour souligner l’importance cruciale des infrastructures routières pour le développement du canton. Les routes, impraticables surtout pendant les saisons pluvieuses, représentent un obstacle majeur à la mobilité des personnes, au transport des marchandises et à l’écoulement des produits agricoles. Paccolo, étant une zone privilégiée de production agricole, notamment de denrées alimentaires de toutes sortes mais surtout du café, du cacao et de l’hévéa, souffre de cette situation.

L’exemple le plus frappant est le pont sur l’axe Gagnoa-Mahibouo, dont les travaux ont débuté il y a près de trois ans, mais qui est désormais abandonné, laissant les habitants de Paccolo sans alternative viable pour leurs déplacements. De plus, le tronçon Mahibouo-Dodjagnoa comporte des passages si dangereux que les conducteurs doivent faire preuve d’une vigilance extrême, mettant leur vie en péril chaque jour. Enfin, le tronçon Gagnoa-Diabouo, essentiel pour le transport vers Sassandra, est dans un état de délabrement avancé, entravant les échanges commerciaux vitaux pour l’économie locale. « Il y a d’autres tronçons. Je ne vais pas ici les énumérer tous, mais le canton souffre de ses routes », a insisté M. Goulihi.

La proposition des péages comme solution

Dans la recherche de solutions au problème des routes dans le canton Paccolo, la construction de postes à péage, qui a déjà joué un rôle crucial ailleurs et en Côte d’Ivoire, dans la résolution des problèmes liés aux infrastructures routières, pourrait être la solution idoine. Les péages ont en effet une longue histoire et ont été utilisés comme moyen de financement des infrastructures routières depuis des siècles.

En France, par exemple, les péages ont été réformés au XVIIIe siècle pour améliorer l’efficacité du transport et soutenir les échanges commerciaux. Au milieu des années 1990, la Banque mondiale a affirmé que les péages sont un instrument efficace de financement des infrastructures routières. Dans une étude intitulée « Financement privé des infrastructures routières : le système des concessions », publiée en mai 1996 par Michael J. Hamilton, la Banque mondiale a exploré comment les concessions et les péages pourraient mobiliser les fonds nécessaires à la construction, à l’amélioration et à l’entretien des réseaux routiers.

Depuis 2003, Londres (Royaume-Uni) a mis en place un système de péage urbain dans sa zone centrale. Ce péage a permis de réduire le trafic routier de 16 % et d’augmenter l’utilisation des transports en commun. Les émissions de polluants ont également diminué de 20 %. Singapour a introduit un péage urbain dès 1975, qui a permis de réduire la circulation de 45 % et d’améliorer les conditions de mobilité dans la ville. Le péage de pointe mis en place en 1998 a encore réduit le trafic automobile. Dans plusieurs pays africains, les péages ont été utilisés pour financer la construction et l’entretien des routes, améliorant ainsi l’accès aux marchés et facilitant le commerce.

Les péages en Côte d’Ivoire

Les péages ont ainsi permis de générer des revenus réguliers pour financer la construction, l’entretien et la réhabilitation des infrastructures routières. Cela a aidé à maintenir les routes en bon état et à prévenir leur détérioration rapide. Par exemple, les fonds collectés via le pont HKB (Henri Konan Bédié) ont été utilisés pour son entretien continu, assurant ainsi sa durabilité et sa sécurité. Situé entre les communes de Cocody et Marcory, ce pont relie les deux rives via la lagune Ebrié. Les tarifs sont de 500 FCFA pour les véhicules légers, 1 500 FCFA pour les véhicules de classe 2, et 3 000 FCFA pour les véhicules de classe 3.

Les revenus des péages ont aussi permis de réaliser des travaux urgents sur des sections critiques des routes. Par exemple, les ponts à péage d’Attinguié et de Singrobo sur l’autoroute du Nord ont bénéficié de ces fonds pour améliorer la sécurité et la fluidité du trafic, réduisant ainsi le risque d’accidents graves. Sur l’autoroute du Nord, ce pont à péage relie Bouaké à Abidjan. Les tarifs sont de 1 250 FCFA pour les voitures personnelles et véhicules légers, 2 500 FCFA pour les cars de plus de 32 places, et 3 750 FCFA pour les gros camions. Également situé sur l’autoroute du Nord, le pont à péage de Singrobo relie Bouaké à Yamoussoukro. Les tarifs sont similaires à ceux du pont d’Attinguié.

Les péages ont également amélioré l’accès aux marchés en réduisant les temps de trajet et en facilitant le transport des marchandises. Par exemple, le pont à péage de Grand-Bassam, partie de l’autoroute Abidjan-Lagos, a facilité le commerce entre Abidjan et les régions voisines, stimulant ainsi l’économie locale et nationale. Ce pont à péage de Grand-Bassam relie Abidjan à Grand-Bassam. Les tarifs sont de 1 000 FCFA pour les véhicules légers, 1 500 FCFA pour les véhicules intermédiaires, et 2 500 FCFA pour les autocars et poids lourds.

Les fonds collectés via les péages ont été réinvestis dans la construction de nouvelles infrastructures. Par exemple, la construction de nouveaux postes à péage en Côte d’Ivoire, prévue pour 2024, vise à désengorger certaines routes et à améliorer la mobilité dans des zones stratégiques, notamment à Abidjan. Mais l’amélioration des infrastructures routières rend aussi les zones desservies plus attractives pour les investisseurs. Les péages contribuent donc à financer ces améliorations, ce qui attire des investissements supplémentaires et favorise le développement économique.

Les péages comme solution innovante pour le Paccolo

En s’inspirant de ces pratiques réussies comme le pont à péage de Singrobo et le pont à péage d’Attinguié, qui montrent aujourd’hui que les péages peuvent être efficacement utilisés pour financer les infrastructures routières, il serait tout à fait possible d’utiliser les péages sur les pistes rurales pour éviter l’abandon des chantiers, comme celui du pont sur l’axe Gagnoa-Mahibouo, actuellement en arrêt depuis trois ans, et entamer des travaux de grande envergure sur l’axe Gagnoa-Diabouo, en vue d’améliorer la sécurité routière et de faciliter le commerce local. Avec des fonds suffisants, des travaux urgents peuvent être réalisés sur les passages dangereux du tronçon Mahibouo-Dodjagnoa, réduisant ainsi le risque d’accidents graves.

Des routes bien entretenues faciliteraient l’accès aux marchés pour les agriculteurs de Paccolo, réduisant les pertes de produits agricoles et augmentant leurs revenus. L’amélioration des infrastructures routières pourrait alors attirer des investisseurs et favoriser le développement économique local, créant des emplois et améliorant la qualité de vie des habitants.

Mais lorsque le président du Conseil régional du Goh, Joachim Djédjé Bagnon, réagissant au discours du secrétaire général du canton Paccolo, appelle tous les cadres de cette région à l’union autour de sa personne pour apporter leur soutien au président ivoirien Alassane Ouattara qui, selon lui, est « le détenteur exclusif de la seule enveloppe destinée au financement du développement de toute la Côte d’Ivoire », on devrait comprendre que pour qu’un tel rêve se réalise, il faut une caution politique.

Pendant ce temps, l’état des routes du canton Paccolo demeure un défi majeur qui nécessite des solutions innovantes et durables. Et la construction de postes à péages sur les tronçons Gagnoa-Mahibouo et Gagnoa-Diabouo pourrait offrir une solution viable pour améliorer les infrastructures routières et faciliter l’écoulement des produits agricoles. Cette initiative, bien que nécessitant un engagement communautaire et une gestion transparente, pourrait transformer le canton en une zone prospère et accessible, au bénéfice de tous ses habitants.

Robert Krassault

ciurbaine@yahoo.fr

Légende photo : Cette image illustre le calvaire des usagers de la route dans le canton Paccolo en saison des pluies.

 

 

Laissez une réponse

Votre email ne sera pas publié