Succession d’Henri Konan Bédié – Le PDCI dans la confusion jusqu’au 2 février 2024

Les 6000 délégués venus de tous les horizons de la Côte d’Ivoire pour prendre part au congrès extraordinaire du PDCI-RDA, le samedi 16 décembre 2023, au Sofitel Hôtel Ivoire d’Abidjan-Cocody afin d’élire le nouveau président du parti, successeur de feu Henri Konan Bédié, ont constaté le cœur en peine la non-tenue de cet important rendez-vous politique.  La justice ivoirienne a ordonné « la suspension et le report du congrès du PDCI », selon une ordonnance du juge des référés du tribunal d’Abidjan-Plateau datée du vendredi 15 décembre 2023. « Statuant publiquement, contradictoirement, en matière de référé  et en premier ressort ; Au principal, renvoyons les parties à se pourvoir ainsi qu’elles aviseront ;  Dès à présent, vu l’urgence ; Déclarons l’action  de messieurs Blesson Christophe et Ourah Affroumou Mathieu recevable ; Les y disons bien fondés ; Ordonnons la suspension et lee report du congrès du Parti Démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI-RDA) prévue le samedi 16 décembre 2023 au Sofitel Hôtel Ivoire ; Ordonnons l’exécution sur minute et avant enregistrement de la présente décision », a mentionné l’ordonnance du juge.

Le samedi 16 décembre, tôt le matin, un important cordon de policiers a quadrillé le siège du PDCI-RDA appelé « La Maison du Parti » sis à Cocody ainsi que le Sofitel Hôtel Ivoire. Ce sont deux secrétaires de section du PDCI-RDA de la commune de Yopougon (Abidjan),Blesson Christophe et Ourah Affroumou Mathieu, que l’on dit proches du secrétaire exécutif en chef du PDCI-RDA, Maurice Kacou Guikahué, candidat  « curieusement » recalé pour l’élection du nouveau président du parti, qui ont saisi la Justice en dénonçant des irrégularités sur la liste des congressistes qui étaient appelés à choisir entre les candidats retenus Tidjane Thiam et Jean-Marc Yacé, le nouveau président devant diriger le PDCI-RDA .

Un face-à-face entre « gros bras » était en perspective

Face à l’annulation du congrès extraordinaire du samedi 16 décembre et son report sine die, le PDCI-RDA a réagi à travers son porte-parole, Soumaîla Bredoumy, en ces termes : « Le PDCI exprime sa grande indignation et condamne avec la dernière énergie ces pratiques d’un autre temps qui portent atteinte à la démocratie et aux libertés ». Et d’appeler les militants « à ne pas céder à la provocation ».  Un appel qui corrobore la raison fondamentale qui a motivé cette décision de justice. A savoir, les risques avérés de « trouble à l’ordre public » que la tenue du congrès pouvait engendrer. D’autant que, avons-nous appris, les opposants au congrès électif et les partisans de ce congrès avaient engagé des « gros-bras » pour en découdre ce samedi 16 décembre au Sofitel Hôtel Ivoire.

C’est un PDCI-RDA qui a embouché la trompette de la crise comme en 1993-1994 après le décès de Félix Houphouët-Boigny, qui  s’est mis en branle depuis la mort, le 1er août 2023, de son deuxième président, Henri Konan Bédié. Une deuxième grande crise qui risque d’avoir des conséquences irrémédiables sur la cohésion du plus vieux parti de Côte d’Ivoire, comme ce fut le cas en 1994.

 Le PDCI-RDA, d’hier à aujourd’hui …

Hier, le PDCI-RDA  était au pouvoir donc les conséquences de la division qui ont abouti à la naissance du RDR puis au coup d’Etat militaire de 1999 étaient dissipées dans le magma des tenants et aboutissants de la crise sociopolitique nationale de l’époque. Aujourd’hui, présent dans l’opposition depuis plus d’une vingtaine d’années, le PDCI-RDA qui aspire revenir au pouvoir en 2025 pourrait payer cash cette nouvelle division. A savoir perdre lamentablement le scrutin présidentiel, en dépit, croient ses militants, de disposer d’un candidat « messie » en la personne de Tidjane Thiam.

Selon nos sources, les négociations entamées par la direction du parti pour aboutir à une candidature de consensus et qui avaient échoué ont repris timidement, cette fois-ci, avec pour objectif d’apaiser le camp Maurice Kacou Guikahué. Mais la tension demeure vive ainsi que les frustrations. L’enjeu important étant de ramener la paix et le dialogue au sein de la formation politique créée de haute lutte par Félix Houphouët-Boigny et ses compagnons en 1946. Le président intérimaire du parti, Philippe Cowppli-Bony, dont l’intérim prend fin le 2 février 2024 dispose de plus d’un mois pour organiser le congrès extraordinaire du PDCI-RDA et permettre aux militants d’élire le successeur d’Henri Konan Bédié.

« Le président du parti et toute la direction du parti sont déterminés et s’emploient à trouver une solution à la situation. Un bureau politique sera convoqué pour examiner la situation qui prévaut  et avisera », a soutenu le président par intérim dans un communiqué daté du samedi 16 de 2023. Mais en attendant la tenue de ce Bureau politique visant à sauver les meubles au sein d’un parti politique durement éprouvé par 29 ans de pouvoir sans partage de son défunt président Henri Konan Bédié, la crise, avant le saut dans la nouvelle ère, sévit âprement.

Didier Depry 

 

 

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