Affi N’Guessan, président du FPI :  « Refonder notre modèle démocratique est un défi de civilisation »

Dans une récente publication, parue dans la Revue politique des Editions KAMIT, Pascal Affi N’Guessan, ancien Premier ministre de Côte d’Ivoire et président du Front populaire ivoirien (FPI), parti d’opposition mais partenaire du RHDP, parti au pouvoir, a partagé ses réflexions sur les défis de la démocratie en Afrique. Il a souligné l’importance de la refondation du modèle démocratique sur le continent qui, selon lui, nécessite l’engagement des États africains, des partis politiques, des organisations de la société civile et des citoyens.

Le président du FPI a, en effet, souligné que la démocratie est souvent fragile dans de nombreux pays africains. Les coups d’État, l’instrumentalisation de l’argent et le vote ethnique peuvent miner le débat public. Il a cité les exemples récents des coups d’État au Niger et au Gabon pour illustrer ces défis. « L’année dernière, deux nouveaux coups d’État ont été successivement perpétrés sur le continent africain, le 26 juillet au Niger puis le 30 juillet au Gabon, confirmant de manière spectaculaire la faible maturité démocratique de nos États. Au Gabon, le putsch est intervenu dans un contexte de contestation des résultats électoraux et de fortes tensions politiques dans le pays. En revanche au Niger, aucun démocrate africain ne pouvait imaginer la chute de Mohamed Bazoum, au regard de son action et des résultats obtenus, sur le plan sécuritaire notamment. Au Gabon, l’armée a empêché un holdup électoral. Au Niger, l’armée a renversé un président démocratiquement élu et a mis fin à une expérience démocratique saluée unanimement par la communauté internationale », écrit l’ancien Pascal Affi N’Guessan.

Selon lui, l’opinion publique joue un rôle crucial dans la défense de la démocratie. Sans une opinion publique forte et engagée, il est difficile de défendre les principes démocratiques. « Ces derniers épisodes de notre histoire, après plus de 60 années d’indépendance, nous rappellent que les valeurs universelles de la démocratie ne se sont pas encore ancrées dans nos sociétés pour être des valeurs de civilisation. Au Niger, en l’absence d’une opinion publique régionale consciente de l’impérieuse nécessité de défendre ces principes, la CEDEAO a échoué dans sa volonté de rétablir la légalité constitutionnelle et d’imposer la démocratie », regrette-t-il.

Pour le président du FPI, quand les opinions publiques nationales et internationales manifestent une faible capacité de réaction, elles contribuent à l’impunité des dérives démocratiques et encouragent les crimes contre la démocratie. « Tout est perdu comme nous le constatons à l’heure actuelle au Mali, au Burkina Faso, au Niger et en Guinée, si les opinions publiques ne s’emparent pas des Transitions pour leur imposer un contenu et un calendrier, afin de restaurer rapidement, puis de consolider et d’enraciner les principes démocratiques dans le pays. La dictature, notamment militaire, est la voie de la régression politique, économique et sociale », souligne-t-il.

L’ancien Premier ministre sous Laurent Gbagbo a également souligné l’importance de lutter contre la corruption et le tribalisme. Ces deux fléaux se substituent au débat, à la confrontation des projets et des idées et ont en commun de rabaisser l’action publique. A en croire Pascal Affi N’Guessan, ils entravent l’affermissement démocratique, contrarient la bonne gouvernance et bloquent le progrès social.  Et le président du FPI d’appeler à refonder le modèle démocratique qui s’impose plus que jamais comme un défi de civilisation en Afrique. Il précise qu’il ne s’agit pas de rejeter la démocratie pour sa difficulté à imposer ses valeurs, mais de se l’approprier afin de la refonder.

Pascal Affi N’N’Guessan a alors appelé à l’action pour imposer de nouvelles pratiques, ancrer l’idéal démocratique dans les consciences et les réalités des Africains, et construire des États véritablement impartiaux. Il a également souligné le rôle que peut jouer la communauté internationale dans cette lutte. « Refonder notre modèle démocratique, souligne-t-il, c’est créer les conditions pour l’enracinement des valeurs démocratiques, c’est éviter le mimétisme et puiser dans notre héritage socio-politique et culturel les ressources institutionnelles susceptibles d’acclimater les valeurs de la démocratie, de renforcer sa pertinence et son efficacité et de maitriser le phénomène de rejet ».

Pour le leader du FPI , la refondation du modèle démocratique en Afrique est un défi majeur qui nécessite l’engagement non seulement des États africains, mais aussi des partis politiques, des organisations de la société civile et des citoyens eux-mêmes. « C’est à ce prix que la démocratie progressera sur notre continent. Si l’Afrique échoue, notre environnement géographique mais, au-delà, la planète tout entière sera confrontée à l’immigration sauvage, au désordre, aux conflits compte tenu des enjeux de développement économique et social concentrés en Afrique », conclut-il ce chapitre.

L’ancien Premier ministre a aussi parlé de l’influence néfaste de l’argent en politique. Selon lui, l’argent peut polluer le débat public et devenir une obsession pour de nombreux Africains. Cette obsession peut conduire à des actes de corruption, qui ont des conséquences dévastatrices sur la vie des gens, freinent les investissements, augmentent le coût des projets, nuisent à la compétitivité de l’économie, pénalisent la croissance et l’emploi, et entraînent la pauvreté de la population. Enfin, Pascal Affi N’Guessan a aussi souligné l’importance de lutter contre le tribalisme, qu’il considère comme un frein à l’unité nationale. Selon lui, le tribalisme, associé au népotisme, peut miner le sentiment d’appartenance nationale et favoriser des choix basés davantage sur des critères ethniques que sur les compétences ou le mérite.

Robert Krassault

ciurbaine@yahoo.fr

Légende photo : L’ancien Premier ministre Pascal Affi N’Guessan, président du FPI, a livré ses réflexions sur la démocratie en Afrique contenues dans un ouvrage paru dans la revue politique des Editions KAMIT.

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