Politique et sécurité – Attitude néo-coloniale des occidentaux au Niger et en Afrique

Un éditorial du journaliste ivoirien Venance Konan, ancien Directeur général du quotidien gouvernemental de Côte d’Ivoire, « Fraternité Matin », daté du mardi 19 mars 2024, m’a particulièrement séduit par le ton et l’audace  qui le caractérisent. D’autant que les autorités ivoiriennes ont toujours eu une attitude ambiguë relativement aux nouvelles autorités du Niger issues du coup d’Etat qui a renversé l’ancien président Mohamed Bazoum. Le journaliste Venance Konan a embouché la trompette que des millions de Nigériens brandissent contre la France et les autres pays occidentaux dont les Etats-Unis d’Amérique  depuis l’installation au pouvoir du général Tchiani.

A savoir, que ces pays disent être présents au Niger, depuis plusieurs années, pour lutter contre le terrorisme qui menace durablement le Sahel. Pourtant on ne voit pas les résultats positifs de cette lutte qu’ils disent mener. « Pour ce qui est de la lutte contre le terrorisme, ni les Nigériens, ni les Burkinabé, ni les Maliens n’ont vu l’efficacité de la présence des forces des plus grandes armées du monde sur leurs sols. Je ne sais pas si quelqu’un a une fois entendu dire que les

Américains ont tué ou neutralisé tel groupe de terroristes dans un de ces pays. Alors, on peut légitimement se demander si c’est vraiment pour cela que les Américains sont au Niger », écrit le journaliste Venance Konan.  Visiblement la préoccupation des Etats-Unis est ailleurs, elle n’est pas de débarrasser le Niger, des hordes de terroristes. Mais plutôt empêcher le Niger de diversifier ses relations en matière de diplomatie, de sécurité et d’économie. Et le journaliste ivoirien de l’écrire à juste titre : « Les Américains auraient accusé les  Nigériens d’avoir signé des accords avec la Russie et l’Iran, deux grands ennemis des Etats-Unis, avec une attitude condescendante et la menace de représailles. En clair, les Américains se comporteraient au Niger comme en territoire conquis qui leur appartiendrait et ils n’auraient pas supporté que les Nigériens fricotent avec leurs ennemis Russes et Iraniens. Les Nigériens pensaient naïvement que leur territoire ainsi que leurs ressources, notamment leur uranium, leur appartenaient alors que les  Américains pensaient autrement ».

 Ils pensent que l’Afrique leur appartient

 Cette attitude néo-coloniale des Etats-Unis d’Amérique envers le Niger est la même attitude que la France arbore face à Niamey depuis l’indépendance du pays en 1960. En sa qualité d’ancienne puissance colonisatrice, la France se croyait légitimement dans la posture de contrôler le Niger sur tous les plans et pour toujours. Après le coup d’Etat militaire contre le président Mohamed Bazoum, la France se croyait dans le droit de définir la durée de la transition militaire et de faire des injonctions continuelles au général Tchiani et aux autres responsables de transition au Niger. Idem au Mali et au Burkina Faso.  Parce qu’ils ne veulent pas perdre leurs positions en Afrique, les pays occidentaux, ceux qui ont des anciennes colonies comme la France, la Grande Bretagne et l’Allemagne  ainsi que ceux qui n’en ont pas tels que les Etats-Unis, le Canada etc., adoptent une attitude cavalière envers les pays africains. Une attitude faite de menaces, de pressions diplomatiques et économiques si les pays africains n’exécutent pas leur volonté.  On peut l’affirmer sans se méprendre, c’est contre son gré que la France a été obligée de quitter le Niger, le Mali  et le Burkina Faso. Ça sera également contre leur gré que les Etats-Unis seront obligés de quitter le Niger.

D’autant que pour eux, « il est inconcevable que l’Afrique qui leur appartient, les chasse au profit d’autres puissants ».C’est ainsi qu’on pourrait comprendre leur attitude depuis le déclenchement du nouveau printemps dans les relations entre l’ Afrique et les pays occidentaux. A noter que le régime de transition militaire au Niger a dénoncé « avec effet immédiat » l’accord de coopération militaire avec les États-Unis, datant de 2012, après une visite de trois jours de hauts responsables américains à Niamey.  « Le gouvernement du Niger, prenant en compte les aspirations et les intérêts de son peuple, décide en toute responsabilité de dénoncer avec effet immédiat l’accord relatif au statut du personnel militaire des Etats-Unis et des employés civils du département américain de la Défense sur le territoire du Niger », a indiqué le porte-parole du gouvernement nigérien, Amadou Abdramane, dans un communiqué.

La délégation américaine a quitté Niamey, le jeudi 14 mars 2024, après avoir rencontré plusieurs responsables nigériens dont le Premier ministre Ali Mahaman Lamime Zeine. Arrivée, le mardi 12 mars 2024, à Niamey, cette délégation conduite par la secrétaire d’État adjointe aux Affaires africaines Molly Phee, devait initialement y passer deux jours, mais a décidé de prolonger son séjour. Mais, au cours de cette visite de trois jours, Molly Phee n’a pas pu rencontrer le chef du régime militaire, le général Abdourahamane Tiani.

Une contribution de

Moumouni Dibo

Politologue nigérien basé à Niamey 

 

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