La direction générale de la galerie Houkami Guyzagn sise à Abidjan-Cocody a organisé, dans la matinée du samedi 19 juillet 2025, la 7ème édition de son apéro art nouveau. C’est autour du thème « L’art et la spiritualité » que les panélistes ont débattu, chacun apportant sa vision sur ledit sujet. D’entrée, le modérateur Mimi Errol, critique d’art, a planté le décor, faisant savoir que le sujet, vieux comme le monde, est toujours d’actualité et suscite chaque fois des débats houleux et est cause de controverses. Pour lui, « Art et spiritualité » est un sujet qui a toujours été développé par les Européens et chez nous en Afrique. « Il est bon d’enrichir le sujet pour notre vision. Pour voir comment l’art peut être un élément majeur pour la spiritualité. Comment on saisit ces aspects et voir comment la spiritualité impacte l’art », a-t-il disposé.
Le plasticien Youssouf Bath retient que l’art et la spiritualité sont intimement liés. « L’art m’apporte beaucoup de choses. Surtout lorsque j’ai des problèmes, j’entre en moi et Dieu fait son œuvre. Cette force est donnée par Dieu. On ne peut rien faire dans l’art sans se référer à la puissance de Dieu. En peinture par exemple, ce qui est invisible, on essaie de le reproduire sur la toile ».
A l’en croire, « quand on entre dans l’art africain, le sculpteur qui se rend en brousse est d’abord inspiré. Il ne coupe pas n’importe quel arbre. Il y a une forme spirituelle qui entre en lui et il voit des formes. C’est Dieu qui met ces formes en lui qu’il ne fait que reproduire dans la réalité. L’art et la spiritualité vont ensemble, vont de pair. Les créateurs que nous sommes donnons cette force-là et l’amenons à reproduire des formes. Chaque fois que je réalise une œuvre d’art, je le fais sous inspiration divine et de la musique. Sans musique, il m’est impossible de produire ».
L’art et la spiritualité sont intimement liés
Le sculpteur Mamadou Ballo assure que l’art, c’est comme une religion. « Un artiste, c’est comme un pasteur. L’art et la spiritualité vont de pair. Ils sont indissociables. On essaie de rendre visible ce qui est invisible. Il existe donc une relation entre le visible et l’invisible. Quand on travaille, il y a un invisible qui intervient », estime l’artiste.
Quant au poète, écrivain et dramaturge Alain Tailly, il reconnaît que le fait qu’une œuvre réponde à des canons ne signifie pas qu’elle ne soit habitée par la spiritualité. « Il y a toutefois des degrés de spiritualité. La spiritualité n’est pas liée à la croyance. Le législateur parle d’œuvre de l’esprit qui veut dire que c’est l’esprit qui domine dans la création artistique. L’art et la spiritualité sont donc consubstantiels. Mais il existe des degrés notamment d’expression de cette spiritualité. Chaque artiste procède de cette spiritualité », admet-il. Et de préciser que toute œuvre est spirituelle. « Ça dépend des degrés de vibration. Mais ça dépend aussi de l’état de conscience et de connaissance de l’artiste qui produit ladite œuvre ».
Alain Tailly a également fait savoir : « Je suis conscient que les choses me sont données. Car il existe ce que l’esprit te donne à produire. Les artistes sont, dans la réalité, des passeurs. Ils ne sont alors pas propriétaires et auteurs absolus de ce qu’ils produisent ».
L’architecte et peintre Ernest Dükü, lui, indique qu’art et spiritualité sont deux mots qui ramènent à la même réalité. Et de relever que l’artiste chanteur gabonais Pierre Akendengué résume cette idée quand il avance que « l’art est l’avocat de la création humaine ». Un humain, dit-il, est une vie spirituelle. « L’art est d’abord un acte de spiritualité. Si l’art ne s’inscrit pas dans la spiritualité, il ne porte pas le rêve de l’humain. Car l’humain s’exprime à travers l’art. L’art est donc spirituel », est-il convaincu.
Parler d’art, soutient le plasticien Soro Pehouet, c’est parler de spiritualité. « Parce qu’à la base, tout créateur est en lien avec l’invisible. Pour projeter une idée, une pensée, il faut être disposé à créer. Il existe une source. Il faut alors aller chercher cette inspiration. La technicité reste à l’état basique. Mais il existe une autre porte. Savoir qu’au-dessus de nous, il y a quelque chose de plus grand. Dans l’invisible, il y a tout. Il y a ce qu’on pense et ce qu’on ne pense pas. La notion de création contient un caractère spirituel », poursuit-il.
L’esprit ne peut s’exprimer sans un corps
L’actrice, poétesse, sculptrice, peintre, dramaturge, romancière, chorégraphe, écrivaine et réalisatrice camerounaise Wêrê Wêrê Liking, fondatrice du Village Ki-Yi, ne dit pas autre chose quand elle affirme que l’art a plusieurs niveaux. « Avant d’aboutir à une œuvre d’art, il y a plusieurs étapes et choses qui interviennent. L’esprit ne peut pas s’exprimer sans un corps. C’est pourquoi l’esprit a créé la matière pour s’exprimer, se donner des formes. C’est donc l’esprit qui s’exprime à travers notre corps. C’est le langage de notre partie spirituelle qui s’exprime et c’est là que commence l’art. Il y a aussi la technique avec ceux qui ont appris- mais il y en a qui n’ont pas appris- et il y a des règles. L’artiste restitue ce qu’il voit. Maintenant, il y a toutes les compétences qu’on se donne soi-même pour arriver à réaliser nos œuvres. La création artistique dans son ensemble, c’est l’expression de la spiritualité. Pour moi, c’est l’esprit qui veut s’exprimer et qui le fait à travers la forme d’expression. J’estime également que les artistes sont des médiums, un lien, un canal, un passage à travers lequel la spiritualité s’exprime », argumente la prêtresse.
L’art ne peut pas se défaire de la spiritualité
Le plasticien Aboli Kan est persuadé que quand on parle d’art et de création, on parle déjà de spiritualité. Parce que « l’art a toujours servi de support à la spiritualité. L’artiste doit se mettre au diapason pour que l’art serve de support à la spiritualité. L’art est une quête personnelle de comment retrouver l’Homme. Tout est vibration. Mais c’est à différents niveaux. Quand l’artiste crée, il vit une forme, une sorte de transe. Quand tu peins, à un certain moment, tu perds tes esprits. Tu n’es plus dans un monde matériel. L’art ne peut pas se défaire de la spiritualité. Nous sommes des êtres spirituels qui vivons une expérience terrestre. L’art est donc spirituel. C’est pour cela que l’artiste doit aborder son art dans une sorte de quête de et pour lui-même ».
Le jeune architecte d’intérieur Kouassi Osseny est certain que si on supprime le cerveau, il n’y a plus de pensée, il n’y a plus d’esprit. Et qu’il y a de l’énergie dans la musique. Tout en lâchant que la spiritualité est liée aux religions. Aussi pense-t-il, se référant à son métier, qu’ « il y a des œuvres pour décorer et il y a des œuvres pour penser. Et les œuvres pour penser obéissent à une démarche scientifique. Et derrière ça, il y a toute une écriture qu’on fait avant de produire l’œuvre. Or, lorsque quelqu’un produit une œuvre et qu’on lui pose des questions qu’il n’arrive pas à répondre, finalement, c’est la personne qui va chercher des réponses pour écrire. Et ça peut déformer. Donc je me dis que l’art est plastique; l’art n’a pas de mouvement. On peut tout dire sur l’art. Mais l’art est réfléchi. L’art respecte des canons et on peut le transmettre pour répondre à des problèmes de société ». Il relève aussi qu’un croyant, c’est le scientifique qui n’a pas encore eu la réponse à ses préoccupations. « Donc, du coup, il se limite à l’aspect poétique de la chose ».
Dans sa posture de critique d’art, Dr. Célestin Yao affirme que toute création n’est pas artistique. Et que tout n’est pas art. « Toute la production humaine ne relève pas forcément de l’art. Dans le concept même de la production artistique, on ne parle pas d’œuvre à partir du moment où il y a la matérialité. Avant le concept même, il y a parfois quelque chose derrière le concept. La dimension psychique est importante ».
Le plasticien Marcel N’Guessan Essoh a tenu à rappeler que l’art et la spiritualité n’étaient pas toujours liés. « La préoccupation des peintres était au départ la nature qu’ils représentaient. Mais ça a évolué dans le temps. Et la spiritualité s’y est ajoutée. Aussi ce n’est pas tout le monde qui est spirituel. Beaucoup ne croient même pas à l’existence d’un être supérieur. Ces derniers avancent avec leur instinct. Je suis, quant à moi, catholique pratiquant et convaincu. Les choses ayant après beaucoup évolué, aujourd’hui, on va jusqu’à dire que la vie sans l’esprit, l’Homme n’est rien. En somme, l’Homme est forcément spirituel », a-t-il appris.
Enfin, Pr. Sompohi Baya, expert dans l’étude des masques, n’a pas manqué de révéler qu’il existe un élément qui véhicule le message de la spiritualité. « L’art, c’est ce que nous voyons. C’est le véhicule de la spiritualité », reconnaît-il. Au total, l’art et la spiritualité sont deux domaines qui ont toujours été intimement liés. Et l’art est vu comme expression de la spiritualité, la représentation du sacré, l’expression de la foi, la recherche de la transcendance. La spiritualité est très présente dans l’art contemporain. L’art et la spiritualité se nourrissant mutuellement, les artistes ont toujours utilisé leur créativité pour exprimer leur spiritualité et explorer des thèmes sacrés. L’art contemporain continue d’explorer ces thèmes, invitant le spectateur à réfléchir sur sa propre spiritualité et expérience humaine.
Marcellin Boguy
Légende photo : Artistes, journalistes et promoteurs ont posé après les échanges.


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