Présidentielles 2025  / Malgré l’inéligibilité de Gbagbo  – Le PPA-CI organise une convention, le 10 mai, pour le « match retour »

Le Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI), la formation politique de Laurent Gbagbo, a décidé d’organiser une Convention, le 10 mai 2024, au Sofitel Hôtel Ivoire d’Abidjan-Cocody, pour  désigner formellement l’ancien président de la République de Côte d’Ivoire  comme son candidat à l’élection présidentielle de 2025 et l’investir.  Le PPA-CI soutient que la « priorité » dudit parti est « désormais accordée à l’élection présidentielle et aux autres échéances électorales de 2025 ». Il souhaite également obtenir « la réinscription du nom » de Laurent Gbagbo sur la liste électorale.

L’ancien chef de l’Etat Laurent Gbagbo est devenu inéligible suite à une condamnation en 2018. Il a été condamné à 20 ans de prison pour le « braquage de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) ». Même s’il a obtenu une grâce en 2022 par le président de la République, Alassane Ouattara, M. Gbagbo n’a pas bénéficié d’une loi d’amnistie. Cette condamnation entraîne la déchéance de ses droits civiques et politiques,  donc de sa radiation de liste électorale et de son inéligibilité. Il n’avait pas pu voter aux élections municipales et régionales de 2023. Cependant, malgré son inéligibilité avérée au regard du Code électoral ivoirien, Laurent Gbagbo a accepté d’être le candidat de son parti, le Parti des peuples africains de Côte d’Ivoire (PPA-CI), à l’élection présidentielle de 2025.

Mamadou Touré parle aux militants du PPA-CI

 Le Rassemblement des Houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP), le parti au pouvoir en Côte d’Ivoire, a réagi à la candidature de Laurent Gbagbo à l’éleection présidentielle de 2025. Le ministre Mamadou Touré, porte-parole adjoint du RHDP, a déclaré lors d’un meeting à Korhogo, le 9 mars 2024, que le RHDP n’empêchera pas Laurent Gbagbo de se présenter. Il a toutefois appelé les militants du PPA-CI  à ne pas s’immiscer dans le processus de sélection du candidat RHDP. M. Touré a également critiqué le bilan de M. Gbagbo, le qualifiant de « désastreux ». Il a exprimé son souhait de voir Alassane Ouattara se présenter en 2025, estimant que cela serait bénéfique pour le pays. « Si le président (Alassane Ouattara, ndlr) décide de se présenter, nous le soutiendrons », a-t-il déclaré. « Si, par contre, il désigne quelqu’un d’autre, nous le soutiendrons également, comme cela avait été le cas en 2020 avec feu Amadou Gon Coulibaly ». Comme pour dire que le parti présidentiel est ouvert à la candidature de Gbagbo, mais reste concentré sur sa propre stratégie électorale.

Le ministre et gouverneur du District autonome d’Abidjan, par ailleurs, secrétaire exécutif du RHDP, Cissé Bacongo, a également réagi à la candidature annoncée de Laurent Gbagbo à l’élection présidentielle de 2025. Lors d’une cérémonie commémorant le 11 avril 2011, le secrétaire exécutif du RHDP a rappelé à Laurent Gbagbo, l’incertitude sur sa candidature en raison de sa condamnation qui n’a pas encore été levée. « En ce qui concerne le Président Laurent Gbagbo, il n’a jamais bénéficié de l’amnistie. Sur cette base, il ne peut pas figurer sur la liste électorale », a-t-il affirmé.

Le « match retour » aura-t-il lieu ?

 L’expression « match retour » est souvent utilisée par des militants politiques en Côte d’Ivoire pour désigner une revanche ou une nouvelle confrontation entre deux adversaires après un premier affrontement. Cette expression pourrait faire référence à une nouvelle confrontation électorale entre les principaux acteurs de la crise post-électorale de 2010-2011 que sont Alassane Ouattara et Laurent Gbagbo.

Avec l’annonce de la candidature de Laurent Gbagbo à l’élection présidentielle de 2025 en dépit de son inéligibilité, les observateurs attentifs pourraient interpréter cela comme une volonté de voir advenir coûte que coûte le « match retour » de l’élection présidentielle de 2010. Même si du point de vue de nombre d’observateurs, la situation politique a beaucoup évolué depuis 2010 et que les enjeux ne sont plus les mêmes, il est crucial que tous les acteurs politiques œuvrent pour que la présidentielle de 2025 se déroule dans un climat apaisé et respectueux des lois ainsi que des droits de tous les citoyens.  Il est également important que  les uns et les autres tirent les leçons de la guerre post-électorale de 2010-2011 afin d’éviter une nouvelle escalade de la violence. La priorité doit être donnée au dialogue, à la réconciliation et à la consolidation de la démocratie en Côte d’Ivoire.

Robert Krassault

ciurbaine@yahoo.fr

 

 

 

 

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