Sanctions économiques et diverses contre la Russie – Les pays africains vont-ils suivre les pays occidentaux ?

Les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Union européenne ont annoncé, en février 2024, de nouvelles sanctions à l’encontre de la Russie, deux ans après la guerre en Ukraine. Ces mesures sont également à la mort en détention de l’opposant russe Alexei Navalny. Les sanctions sont des peines imposées par un pays à un autre pour l’empêcher d’agir de manière agressive ou d’enfreindre le droit international. Elles font partie des mesures les plus sévères que les nations puissent prendre, à moins d’entrer en guerre.

 Quelles sont les dernières sanctions imposées à la Russie ?

En annonçant 500 nouvelles sanctions économiques etc. contre la Russie, le président américain Joe Biden a déclaré qu’elles viseraient la machine de guerre russe. Des restrictions à l’exportation seront imposées à près de 100 entreprises ou individus.Le président américain a déclaré que les mesures viseraient également les personnes liées à l’emprisonnement de M. Navalny, décédé dans un camp pénitentiaire de l’Arctique. Le Royaume-Uni a gelé les avoirs de six responsables de la prison et leur a interdit de se rendre au Royaume-Uni.

Le Royaume-Uni a également imposé de nouvelles interdictions sur les exportations russes de métaux, de diamants et d’énergie. L’UE a annoncé des sanctions à l’encontre de 200 organisations et personnes qui, selon elle, aident la Russie à acquérir des armes ou enlèvent des enfants ukrainiens à leurs familles. Parmi ces sanctions figurent des entreprises et des personnes impliquées dans l’envoi d’armements nord-coréens à la Russie.

 Quelles sont les autres sanctions imposées à la Russie ?

Depuis la guerre Ukraine déclenchée en février 2022, les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Union européenne ainsi que des pays comme l’Australie, le Canada et le Japon, ont imposé plus de 16 500 sanctions à la Russie.Leur principale cible a été l’argent de la Russie. Des réserves de devises étrangères d’une valeur de 350 milliards de dollars, soit environ la moitié de ses réserves totales, ont été gelées. Environ 70 % des actifs des banques russes ont également été gelés, selon l’UE, et certaines ont été exclues de Swift, un service de messagerie à grande vitesse destiné aux institutions financières. Les pays occidentaux ont également  interdit les exportations de technologies que la Russie pourrait utiliser pour fabriquer des armes, interdit les importations d’or et de diamants en provenance de Russie, interdit les vols en provenance de Russie, sanctionné les oligarques – les riches hommes d’affaires liés au Kremlin – et saisi leurs yachts. L’industrie pétrolière russe a été une autre cible importante.

Les États-Unis et le Royaume-Uni ont interdit le pétrole et le gaz naturel russes. L’UE a interdit les importations de pétrole brut par voie maritime. Le G7 – une organisation regroupant les sept plus grandes économies « avancées » du monde – a imposé un prix maximum de 60 dollars le baril pour le pétrole brut russe, afin d’essayer de réduire ses revenus. Des centaines de grandes entreprises dont McDonald’s, Coca-Cola, Starbucks et Heineken, ont cessé de vendre et de fabriquer des produits en Russie. Toutefois, certaines entreprises continuent de faire des affaires en Russie. PepsiCo, par exemple, a été accusé de continuer à vendre des produits alimentaires en Russie. La radio britannique  BBC a découvert que la société américaine de cosmétiques Avon fabriquait des produits dans une usine près de Moscou.

Comment la Russie a-t-elle échappé aux sanctions ?

 Le président Vladimir Poutine a déclaré que les sanctions européennes n’avaient pas fait de mal à la Fédération de Russie. « Nous avons la croissance et eux, une baisse », a-t-il affirmé au cours d’une adresse à la nation russe. Selon l’Atlantic Council, un groupe de réflexion américain, la Russie est parvenue à vendre du pétrole à l’étranger à un prix supérieur au plafond fixé par le G7. Il affirme qu’une « flotte fantôme » d’environ 1000 pétroliers est utilisée pour l’acheminer.

Selon l’Agence internationale de l’énergie, la Russie exporte toujours 8,3 millions de barils de pétrole par jour, après avoir augmenté ses livraisons à l’Inde et à la Chine. Selon des chercheurs du King’s College de Londres, la Russie est également en mesure d’importer de nombreux produits occidentaux sanctionnés en les achetant par l’intermédiaire de pays tels que la Géorgie, le Belarus et le Kazakhstan.

La Chine a été un fournisseur essentiel de produits de haute technologie alternatifs à ceux produits en Occident, déclare le Dr Maria Snegovaya du groupe de réflexion américain, le Center for Strategic and International Studies (Centre d’études stratégiques et internationales).  « La Chine lui vend des puces et d’autres composants dont elle a besoin pour maintenir sa production militaire », explique-t-elle. « La Russie ne serait pas en mesure de le faire sans l’aide de la Chine »

 Quel est l’impact des sanctions sur l’économie russe ?

En 2022, première année de la guerre en Ukraine, l’économie russe s’est contractée de 2,1 %, selon le Fonds monétaire international. Toutefois, le Fonds estime que l’économie russe a progressé de 2,2 % en 2023 et prévoit une croissance de 1,1 % en 2024. Néanmoins, le Trésor américain affirme que les sanctions nuisent à la Russie, car elles ont réduit de 5 % la croissance économique qu’elle aurait pu connaître au cours des deux dernières années. Mais le Dr Snegovaya suggère ce qui suit : « Les sanctions n’ont pas rendu cette guerre suffisamment coûteuse pour la Russie, ce qui signifie qu’elle peut la poursuivre pendant un certain temps encore ».

Pour dire vrai, l’impact des sanctions économiques et autres des pays occidentaux sur la Russie est relatif et peu profond. L’économie russe qui demeure, somme toute, solide ne s’est pas écroulée en dépit des sanctions. Ayant constaté cela, les pays occidentaux s’activent à impliquer les pays africains dans les sanctions contre la Russie. En clair, les pays européens ainsi que les Etats-Unis d’Amérique et le Canada veulent que les pays africains rompent tout lien économique et autre avec la Russie au nom des sanctions que l’occident applique à la Russie.

Les pays africains doivent-ils obéir aux exigences des pays occidentaux en matière de sanctions contre la Fédération de Russie ? Evidemment non. D’autant qu’agir ainsi ne sera pas profitable aux pays africains qui ont besoin de diversifier leurs relations multilatérales pour leur développement. Les pays africains ne doivent pas prendre parti pour un camp contre un autre, doivent prôner le dialogue et avoir divers partenaires.

Une contribution de

Moumouni Dibo

Politologue nigérien basé à Niamey

 Légende photo : Roman Abramovich, ancien copropriétaire de l’équipe de football Chelsea FC, est l’un des oligarques russes sanctionnés par les pays occidentaux.

 

 

Laissez une réponse

Votre email ne sera pas publié